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30 août 2010

Fiche artiste de Clouds


Clouds

A de rares exceptions près, les groupes australiens ont une certaine propension à être maudits. Parmi eux, Clouds est celui qui s’est le plus rapproché d’un succès possible. Culte en son pays, malheureusement, la formation de Sydney n’a jamais eu la reconnaissance qu’elle méritait au-delà du continent. Pourtant sa musique, enjouée, lumineuse et très pop, avait tout pour faire un carton. D’autant qu’elle correspondait à l’émergence de la scène alternative australienne.
Seulement des pépins n’ont jamais cessé de s’accumuler et certaines décisions malheureuses les ont condamnés à rester dans le statut culte, sans jamais aller au delà. Pire, après un album en 1996, « Futura », critiqué et nettement moins bon, le groupe se sépare dans l’indifférence générale.
Et dire qu’à leur début, Clouds portaient tous les espoirs en eux. Grâce notamment à leur prestation lors de la tournée des Falling Joys qui permet au groupe de signer sur Red Eye records. Les deux premiers singles « Clouds EP » en 1990 et « Loot EP » en 1991, ont été très bien accueillis par la presse, comme par le public, faisant la démonstration d’harmonies vocales extraordinaires et de guitares tourbillonnantes. L’album sort dans la foulée, en octobre, et se classe à la 14° place des charts, toujours aussi merveilleux et dans un style décalé, évoquant Lush, My Bloody Valentine, Belly, Throwing Muses. Le groupe participe alors à la scène de Sydney, avec Falling Joys, Ratcat ou The Humingbirds.
Jodi Phillis et Patricia Young, les deux chanteuses à la tête du groupe, deviennent alors les égéries d’une pop décomplexée. Mais par contre, elles changeront sans cesse de musiciens pour les accompagner. Démarrant avec Stuart Eadie et Robert Phelan, avec notamment un premier concert en ouverture des Go-Betweens (autre groupe maudit australien), Dave Easton vient remplacer Robert en 1991, avant que ce ne soit le tour de Stuart de quitter le groupe après pas mal de tensions lors des concerts, remplacé par Andrew Byrne.
Le label leur demande d’attendre un an avant d’enregistrer un autre album mais les filles n’en ont cure et sortent tout de même un mini-album, « Octopus », en 1992, tandis que grâce à Polydor, qui rachète Red Eye, le premier album est diffusé en Angleterre. D’ailleurs le groupe, avec encore un nouveau batteur, ira là-bas pour le promouvoir sur scène.
Pour le troisième album, le groupe envoie une série de démos, que le label retourne, les jugeant insuffisantes, hormis le titre « Domino », qu’ils veulent voir en single. En réponse, Clouds retravaille toutes les chansons, y compris « Domino », dont la voix sera tellement remixée et déformée, qu’elle en sera méconnaissable ! D’où la méprise qui veut qu’on ait l’impression d’entendre un chanteur masculin ! Suite à ce sabotage, c’est donc un autre titre, « Bowers of Bliss », qui sortira comme single pour accompagner l’album « Thunderhead ».
L’année suivante, les galères et les accrocs avec les labels empirent. Alors que le groupe prépare une tournée aux Etats-Unis, le label refuse de faire paraître leur album là-bas à temps pour leur arrivée. Si bien que les membres du groupe passe leur temps à l’hôtel à San Francisco en attendant la sortie de leur album sur place. Ils en profitent pour signer un deal avec le label Elektra. Seulement, on leur demande de réécrire leur single car leurs textes sont trop « explicites » pour passer à la radio. Les choses semblent s’arranger lorsque le label fusionne avec East West sous la contrainte de Warner Bros et que la quasi-totalité du catalogue est purement et simplement jetée à la poubelle !
Découragé, le groupe retourne en Australie, et Easton abandonne. Polydor leur impose de chercher un nouveau guitariste, qui sera Ben Nightingale. Des démos pour un nouvel album sera envoyé au label qui à nouveau les renvoiera, jugées insuffisantes. Malgré ces péripéties, « Futura » sortira en 1996 mais les ventes seront tellement décevantes que Jodi Phillis et Patricia Young décideront de jeter l’éponge. Définitivement.

Le single "Hieronymus" est visible en vidéo.

Clouds : Penny Century


Penny Century de Clouds

Sortie : 1991
Produit par Tim Whitten
Label : Red Eyes


Suivant de près une série de singles remarqués par la presse, ce premier album fait de Clouds le symbole du renouveau australien. Bien sûr, comme la plupart des premiers albums, « Penny Century » possède des idées qui demanderont à être développées plus tard. Il n’empêche que pour l’instant, avec son ton frénétique et sa fraîcheur bon enfant, Clouds se place illico parmi les espoirs de l’indie pop australienne. Une indie-pop plutôt musclée cependant.
Mené avec un train d’enfer par deux nanas qui possèdent un sacré caractère (c’est le moins qu’on puisse dire), Clouds fera ce que peu de groupes indépendants australiens dans les années 80 avaient osé faire : faire du bruit.
Le schéma couplet calme Vs refrain plus furieux est connu depuis les Pixies et Clouds s’en inspire évidemment, à la différence que la féminité apporte un plus, un charme évident et beaucoup d’élégance. Guitares claires, son à peine noisy, batterie foldingue et voix emplies de pureté et de malice, dans un savoureux mélange des genres. On pense souvent aux Breeders ou aux Throwing Muses, là aussi menés par des femmes, comme sur « Immorta », « Souleater », le très punk « Visionnary », l’hyper cool « Show Me » ou la saturé « Anthem » et son clavier tout mignon tout plein, qui fait penser aux carillons pour bébé.
Souvent courtes, efficaces, aux guitares tranchantes et au ton chaleureux, les chansons de Clouds n’en font jamais trop, n’usent jamais plus d’instruments que basse-guitare-batterie, restent ouvertes
Les mid-tempo (« Maybe », le renversant et léger « Foxes Wedding » où le chant des filles fait des miracles, ou encore « Fantastic Tears » qui se perd dans le céleste) sont superbes et on devine alors plus l’influence de groupes comme Lush, du moins les débuts de Lush, et on se doute alors que le groupe a du beaucoup écouter tout ce qui venait du label 4AD. « Too Cool », où les filles peuvent alors se permettre d’être plus langoureuses, noyées qu’elles sont sous les saturations tranquilles, est un véritable sommet, difficilement surpassable.
Mais ce que possède surtout ce premier opus, c’est un single extraordinaire, le jouissif « Hieronymus », parfait, dans son jeu, dans son éclat, dans sa candeur pop et son esprit vivifiant. Tout s’emballe et nous avec ! On se damnerait pour un jeu pareil de guitares, à la fois d’une souplesse lumineuse et de force de frappe éblouissante, pour des lignes mélodiques sucrées et vives, et bien sûr pour ces deux voix mirifiques !

28 août 2010

Clouds : Thunderhead


Thunderhead de Clouds

Sortie : 1993
Produit par Paul McKercher
Label : Rhino / Elektra


Il se dégage beaucoup de force et d’énergie de cet album. Les caisses sont frappés durement, les guitares sont puissantes, les refrains lumineux et plein de vie. C’est frais, vivifiant, chaleureux et coloré : cela rappelle les albums de Brit-Pop de Echobelly ou Catatonia.
« Red Serenade » ou encore « Baby » sont joués à cent à l’heure. C’est un vrai tourbillon.
Certes le ton reste souvent léger mais cela est communicatif. Sur cet album, les guitares occupent le devant de la scène, pour signer des chansons aux mélodies évidentes, portées par les voix des deux australiennes : Jodi Phillis et Patricia Young.
Tout est ficelé et suffisamment bien écrit, pour que dans une veine classique on ne s’ennuie pas une seule seconde. Avec le jubilatoire « Kathy », le riff gratté et râpant est absolument génial, avant que la basse n’occupe tout le devant de la scène, pour servir d’écrin aux chants angéliques et pourtant pernicieux des deux filles, parfois perturbés par des saccades de guitares agitées. Sur « Universal », une fois encore c’est la basse très en avant qui confère le petit plus au morceau. Plus lounge, plus bossa-nova, « Expecting » évoque les ambiances de plage et le surf en Australie. Quant au très bon « Motherson » ou « Bower Bliss » et ses distorsions dérangées, ils participent à faire de « Thunderhead » un album de bonne facture.
Mais c’est avec des morceaux plus lents et plus rêveurs que Clouds esbaudit particulièrement, atteignant presque la perfection. Le rythme n’hésite pas à suspendre le temps, pour sublimer les interventions des guitares et rendrent les voix encore plus divines, plus gracieuses. Leur souffle fait frissonner, intensifiant chaque crescendo, conférant une puissance évocatrice incroyable aux déclamations. « Close my eyes » impressionne ainsi beaucoup plus que sa simplicité apparente ne le suggère, se transformant en beauté shoegaze inouïe, qui monte en intensité jusqu’à un climax magnifique. La dérive peut conduire à des chansons si merveilleuses qu’elles en deviennent irréelles, comme sur l’extraordinaire « Ghost of love returned », incontestablement la perle de cet opus, démonstration sidérante de langueur shoegaze, aux guitares lunaires et aux voix douces et féeriques, avant les saturations. Tout simplement bluffant.
Ces titres charment d’entrée de jeu, sans une once de complexité et en misant sur des refrains impeccables. Les guitares se mélangent pour composer des ambiances délicieusement dynamiques, dans lesquelles éclairent superbement les voix douces et fruitées de Jodi Phillis et Patricia Young.
Elles osent toute les extravagantes possibles, signant des harmonies vocales emballantes, parfois vindicatives (« The Rocket », tout en force), voire mirifiques (« Alchemy’s Dead »), quitte à jouer avec, en mixant les enregistrements au ralenti et très bas, ce qui donne l’illusion d’entendre une voix masculine sur la parodique « Domino ».
Beaucoup plus de maîtrise sur « Thunderhead », beaucoup plus de funs et d’amusement également, en tout cas un vrai plaisir.