Affichage des articles dont le libellé est February. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est February. Afficher tous les articles

10 mars 2010

Fiche artiste de February


February

February aura contribué à la scène shoegaze de Minneapolis (avec Colfax Abbey ou Shapeshifter) sur la foi d’un seul mais merveilleux album, « Tomorrow is today », gorgé de guitares rêveuses et empreint de rythmes artificiels, écrin destiné à la voix charmeuse de Amy Turany.
Le groupe se forme dès 1994 autour du guitariste Damian Neubauer, le bassiste Steve Saari, le batteur Todd Rubbler, et bien sûr Amy Turany. Il arrive très vite, à force de concerts dans les bars, à regrouper autour de lui une base de fans, essentiellement des étudiants et des « buveurs de bière qui n’ont juste 20 ans », comme le dira une journaliste du Bilboard, qui n’arrête pas d’écrire aux membres, notamment par e-mails. C’était tout juste les balbutiements de l’essor d’Internet dans le monde du rock. Mais cela permit à la première cassette de se vendre immédiatement à près de 800 exemplaires en à peine quelques semaines. Illico, sans label, le groupe ressort à nouveau sa démo, qui se vend cette fois-ci à près de 3000 exemplaires.
Le label de Chicago, Carrot Top, leur propose un contrat pour la diffusion d’un seul album, le premier, magnifique, dont les titres passeront aussi bien sur les radios étudiantes que sur les radios commerciales (notamment KEGE FM, radio basée sur Minneapolis).
Malheureusement le contrat ne sera pas renouvelé et February en restera là. Dommage.

Discographie :

- Even the night can't tell from a star

- Tomorrow is today

February : Even the night can't tell you from a star


Even the night can't tell you from a star de February

Sortie : 1996
Produit par Richard Werbowenko


Comment rendre une musique irréelle ? Comment détacher des chansons d’une prise directe avec un schéma classique et organique ? Comment réussir le tour de magie de faire disparaître l’impression de musiciens ?
Le travail de February, encore brouillon sur ce premier maxi, mais envoûtant, consistera à supprimer les repères et les codes en matière de pop-rock pour aboutir à la troublante sensation d’avoir à faire à un univers délié, volubile et quelque part fantasmagorique. Le rythme se révélera très langoureux ou répété en boucle, à la manière de l’electro, tandis que les guitares perdront de leur clarté au profit de longues traversées saturées, rêveuses et merveilleuses (le superbe « Afterglow »), plus de riffs clairs visant à développer une succession de couplet et à soutenir des refrains, mais au contraire des nappes flottantes et brouillant le message dans une sorte de volupté artificielle. C’est le tempo hypnotique et proche du monde des DJs qui s’occupera de créer une certaine langueur qui traverse tout l’album. Langueur évidemment renforcée par la voix suave, douce et ensorcelante de Amy Turany, qui éclate avec une classe incroyable tous les morceaux, qu’ils soient entraînant (« That Girl » et sa baisse de rythme géniale sur la fin) ou plus lancinant (le ralenti et angélique « Comfy » qui se charge progressivement de saturations).
Le décalage avec le simplicité terrestre et les mœurs habituelles se fait tel qu’on a le sentiment d’entendre là un shoegaze particulièrement rêveur, qui se laisserait totalement aller, à tel point d’ailleurs qu’on arrive sur une musique totalement envoûtante, calme, reposée, comme sur le titre éponyme concluant ce maxi, où la basse se fait plus douces, les guitares tombent en pluie d’or, le chant est somnolant, les montées de fièvres rapides et écourtées brutalement, avant de céder la place à un piano léthargique et de la friture sur les bandes audio, qui s’éternisent.
Cette irréalité aboutit à un sommet, une vraie perle, « Angel Bomb », trésor de ce maxi, où la voix de Amy Turany fait des ravages, le rythme envoûte et le xylophone confère une dose de magie irrésistible, et qui naturellement se termine sur un passage doucereux et onirique.

27 avril 2008

February : Tomorrow is Today



Tomorrow is Today de February

Coup de coeur !

Sortie : 1997
Produit par Richard Werbowenko et February
Label : Carrot Top


Il y a tout d’abord la voix. Amy Turani ose ce qu’aucune chanteuse de shoegaze n’avait osé faire : séduire. Langoureuse, envoûtante, elle se fait sexy et troublante. Cette fille ferait tout accepter tant elle dégage du charisme : force, finesse, mystère, beauté et pureté, tout y est contenu.
Ses roucoulements moites et vigoureux transportent le fonceur « Hit Me », ses miaulements de chat au pelage noir de jais traversent le dub à la couleur dark « Caught », ses souffles suaves caressent sur le délicat « Soundtracks » (et sa discrète flûte).
Avec cet album on sent l’envie d’apporter un plus au shoegaze, qui à l’époque était presque oublié de tous, pour poser les bases d’un mélange avec bien d’autres styles. On notera l’usage des boites à rythmes, le tempo nonchalant, presque trip-hop sur « Slinky », les saturations éparses, froids et robotiques, les instruments jazz (trombones, trompettes, saxophones), l’urgence noisy pop sur « Riproar », les colorations electro ajoutées au piano sur l’artificiel « Slan », voire les expérimentations ambient (« Pulse »).
Bien que divers, les titres partagent tous les mêmes particularités évasives et légèrement cafardeuses. Il subsiste malgré tout une cohésion et un cachet rattaché au groupe. Une sorte de poison noir. D'une ambiance sensuelle à une autre plus inquiétante, on y passe très rapidement, sans s'en rendre compte, de par les utilisations mixées de guitares d’acier et de rythme artificiel.
L’inquiétant « Easy » avec sa voix déformée et ses crachats de saturations ferait presque froid dans le dos. Le monde moderne, urbain, technologique dépeint par February fascine. Il se cale parfaitement à son époque, ses invasions informatiques, les réseaux Internet qui se déploient, la mélancolie qui gangrène chaque progression citadine, où la frontière entre féminité et technologie se brouille et se confond. De là naît un profond sentiment de tristesse et de contemplation. Ces turpitudes prennent d’autant plus de résonance que le groupe flirte avec la beauté : sur « Trace », les guitares cristallines dessinent des mélodies à se damner.
Sur les derniers morceaux, à la qualité ébouriffante, Amy Turani se fera tour à tour torturée, aguicheuse, sombre, angélique : éminemment délicate. Les morceaux ne seront que des traversés de guitares distordues (« Swoon »), des nappes de grâce avec guitare sèche et bruit de brise magique (le sublime « Rue Muffetard », en référence au célèbre quartier de Paris) ou bien des moments éperdues où les guitares cristallines, le piano et les violons se font l’écrin idéal à un chant venu des cieux (l’indépassable « Peacock », une des chansons les plus bouleversantes jamais composées).
Au fur et à mesure, la force de la voix d’Amy Turani disparaîtra pour se transformer en pure déclamation féerique et magnifique. Comme quoi on y revient à cette voix. Elle finit par achever l’album sur des notes totalement évasives.