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11 juin 2008

Fiche artiste de Slowdive

Slowdive

A l'époque, le NME recevait des centaines de lettres de lecteurs : tous réclamaient la mort des membres de Slowdive ! Qualifiés d'insupportables léthargiques, ils ont été la risée de tout le monde et n'ont fait qu’attiser le rejet autour d'eux, voire la haine pur et simple. 


Aujourd'hui, certains des albums Slowdive sont considérés à juste titre comme des oeuvres fondamentales du shoegaze. De plus, énormément de groupes actuels (nu-gaze, c'est à la mode, ambient, post-rock) se revendiquent de leurs influences. Neil Hastead et Rachel Goswell sont devenus par la force des choses immensément respectés par leurs pairs et par le public, de par leurs albums solos respectifs ou leur projet Mojave 3, grand groupe de folk-country mélancolique. Et pourtant, autrefois, avec Slowdive, chacune de leurs sorties fut manquée, les critiques tirant à boulet rouge sur eux, leurs albums ne se vendant pas. 

Slowdive a toujours été le groupe le plus sous-estimé et le plus mal compris. Fort heureusement leur récente reformation permet de les réhabiliter.

6 juin 2008

Slowdive : Blue Day

Blue Day de Slowdive

Date : 1992
Produit par Chris Hufford
Label : Creation

Pour patienter avant la sortie du deuxième album, Creation a la bonne idée de regrouper sur cette compilation les premiers singles du groupe, alors qu'ils n'étaient encore que des adolescents. Ce qui est frappant avec ces premières chansons de Slowdive, c’est leur maturité étonnante. Les membres ont beau être extrêmement jeunes au moment de leurs écritures, c’est comme s’ils étaient vieux, du haut de leurs expériences, pleins de sagesse et légèrement désabusés. Neil Halstead chante doucement, de façon si posée, que tout ce qu’il susurre apparaît dramatique et solennel. Et autour de lui, il n’y a plus de couplet ou de refrain, mais que des nappes de guitares, des coulées et des nuages filandreux, appuyés par une batterie imperturbable et des tambourins flegmatiques (« Morningrise »).
Slowdive a depuis longtemps quitté les petitesses du monde du rock, ils en sont loin et préfèrent s’adonner à l’abandon. Le groupe construit un mur du son tout simplement confondant de densité, à base de réverb et de saturations, des effets sonores qui se recouvrent les unes aux autres, tandis que la basse et la batterie maintiennent une gravité d’ensemble (« She calls »). 
Les membres de Slowdive, pourtant gamins, restent imperturbables sous le feu de leurs distorsions (l’imposant et magnifique « Slowdive »), où les guitares résonnent dans ce brouhaha lyrique pour un constat nourri de regret. Neil Halstead et Rachel Goswell chantent tous deux de façon à ce que leurs voix angéliques se mélangent, lentement et suavement. 
Les derniers morceaux tirent encore plus vers l’abstraction. Encore plus lentes, ils utilisent les guitares comme des nappes sonores féériques, éthérées et cotonneuses (« Albatross » ou « Golden Hair »), qui préfigurent ce que le groupe fera avec son premier album. Mais il est stupéfiant de constater, qu’en réalité, de nombreux groupes bien des années plus tard vont sonner comme ces premiers singles, reposées et aériens, à l’influence insoupçonnée.

3 juin 2007

Slowdive : Just for a day


Just for a day de Slowdive
Sortie : 1991
Produit par Chris Hufford
Label : Creation Records


Alliant une extrême douceur dans le ton, voire une certaine nonchalance romantique, avec une exubérance sonore virant à la surcharge d'effets, la musique de Slowdive est sublime de langueur. D'autant que les structures étirées, presque volontairement neurasthéniques, sèment le trouble et embrouillent les pistes, pour ne conserver que finesse, luxe et magie.
Encore plus audacieux, plus radicaux et sans doute plus perturbés que ses contemporains, Slowdive réussit à créer une musique unique et jamais égalée depuis. Comme beaucoup, le groupe s'inscrivait dans un courant musical appelé shoegaze, mais le porta vite aux nues pour faire de son œuvre la plus incroyable et belle déposition jamais faite de beauté absolue, s’écartant des chansons traditionnelles, pour proposer des miracles. Apprêté, avec ses violons, ses distorsions, sa batterie lente et répétitive, sa guitare sèche, « Spanish Air » est un modèle du genre. Quant au chant, doucereux, ambigu et virginal, il permet des dialogues extraordinaires entre Neil Halstead et Rachel Goswell, parfois dédoublées sur plusieurs tons (« Ballad of sister sue »). 
Les guitares ont la part belle et l'hyper-saturation est de mise pour créer un véritable mur du son dont il est très difficile de s'extraire sans être marqué à jamais. Mais faire du bruit ne signifie pas toujours jouer vite ou avec fracas. Chez Slowdive, justement, ce qui prime relève plutôt de l’armature, chargée, poussant au confinement et très majestueux. L'ensemble est finement travaillé et au service de chansons impeccables, au charme intemporel où la grâce se dispute au divin (la basse mythique de « Catch the breeze » ou de « Brighter »). Hautement mélodique, très lente et vaporeuse, la poésie est au rendez-vous, conférant aux titres un éther doux et suave, saveur garantie par des voix caractéristiques, très éthérées et presque angéliques, celle de Neil Halstead et de la divine Rachel Goswell (« Celia’s dream », fantasmagorique et traversée d’éclats d’un autre monde, ou « Waves »). A l'extrême opposé de la violence instrumentale environnante, elles tirent vers des sommets d'élégance trouble et fragile. Il arrive même que l’abstraction soit telle qu’il n’y ait plus de batterie (« The Sadman »), ni de chant (« Erik’s song »). Les structures classiques couplet-refrain sont abandonnées, pour mieux entraîner l'auditeur vers un tourbillon et le perdre dans le chamboulement émotionnel que provoque cette vague remuante. On reste souvent ébloui par tant de vigueur lié à un raffinement infini.

Même si l’écoute est parfois éprouvante, s’abandonnant vers l’abstraction progressivement et s’évanouissant complètement sur la fin, on a sans cesse l'impression de côtoyer la féerie.

Slowdive : Souvlaki


Souvlaki de Slowdive
Mythique !

Sortie : 1993
Produit par Slowdive et Ed Buller
Label : SBK / Creation Records


Album de chevet, album d’île déserte, album pour faire l’amour, album pour portrait chinois, album d’une vie et de toutes ses réincarnations s’ils existaient, Souvlaki demeure dès la première seconde une évidence, une réponse et une mise en bande-son de tout ce qu’on est, ce qu’on peut ressentir.
Allégorie parfaite d’un certain désir d’abandon, de déliquescence de toutes les entraves, ce recueil, véritable poème élégiaque, aussi léger et profond qu’un haïku, dessine délicatement les contours vagues et flous d’un nuage de mélancolie.
Slowdive réussit à nous toucher droit au cœur, grâce à sa modestie et sa sincérité. Avec de deuxième opus, le groupe soigne ses compositions et maîtrise à la perfection ses ambiances, son univers.
D'ailleurs, ça débute par le mirifique « Alison », un mille-feuille d’instruments, dont aucun ne prend le dessus sur l’autre, aboutissant à un ensemble cotonneux, d'où émergent des voix de chérubins, faisant tanguer le sens des réalités.
Ce qui saisit et perturbe autant, c'est la lenteur que prend le groupe à se dévoiler. Même les assauts les plus lyriques (« Machine Gun » et sa guitare sèche perdue), les paroxysmes instrumentaux, à grand coup de saturations, prennent le temps de s’appesantir sur la chanson, et ce uniquement après un long moment d'accalmie, où les mélodies se dévoilent timidement (« Souvlaki Space Station»), de peur de se fragiliser. Cette dérive ralentie cajole et berce doucement.
Bien vite, un minimalisme se fait de mise, à tel point que l'on se perd, qu'on se retrouve déboussolé, au milieu d'un paysage rachitique, où ne subsiste que de la neige, à perte de vue, ou bien des nuages de brumes vaporeuses, qui enveloppent et caressent, tout comme peuvent le faire les nappes de guitares et de claviers, ou bien les voix, tendres et tombantes comme une pluie d’or, lorsqu’il s’agit de la divine Rachel Goswell.
On ne peut pas s'immiscer dans cet univers à tout venant : il faut une disposition d'esprit, car le groupe est peu pressé d'en finir, n'hésitant pas à traîner en longueur pour dire trois fois rien, juste l’essentiel en fait. Mais pour peu que l'on soit téméraire, et que l'on force les écoutes répétées, on se laisse à chaque fois pénétrer par une déstabilisante mélancolie, parfois poignante lorsqu'elle atteint des climax ("40 Days"), à grand renfort de montée en puissance des guitares.
Mais le plus souvent, c'est l'ascèse qui gagne, et il faut se laisser couler au rythme de la batterie et des samples électroniques ("Sing", signé Brian Eno qui collaborera sur l’album, et son ambiance aquatique), descendu à un tempo tel qu'il flirte avec l'arrêt. C'est au cours de ces apaisements que toute la beauté du groupe peut se révéler, comme lors de cette fulgurante démonstration de douceur et de naturel qu’est « Here she comes ». Lorsque le ton se durcit par contre et que les voix éthérées et si sublimes se recouvrent d’aria électriques (« When the sun hit »), on atteint là des purs moments d'évasion.
Feutrée, cotonneuse, l'atmosphère que dégage l'album et qui envahit tout l'espace, celui de la pièce, comme de notre corps, se cristallise, s'étire le plus possible, en un minimalisme parfois haletant ("Melon Yellow"). La simplicité finit par rejoindre et fusionner avec la pureté pour aboutir à la plus belle démonstration de grâce et de contemplation. Slowdive regarde et se laisse aller. Non pas par paresse ou par pleurnicherie, mais clairement parce qu’il est parfois agréable de s’éloigner du chemin, pour aller contempler la Beauté et ne pas voir si elle se cache ailleurs, que là où on veut habituellement nous la montrer, notamment par l’absence quasi-totale de guitares lead. Le temps pris pour dévoiler ses ambiances, à la fois neutre et affligée, serre la gorge.
L'émotion est telle qu'elle subjugue, empoigne le cœur, et donne l'impression qu'on ne se remettra jamais de ce choc. Tout apparaît d'une telle beauté, d'une telle profondeur, d'une telle tristesse, que c'est tout notre être qui remonte à la surface, soudain libéré de ses poids, et qui voyage, là, éperdue et un peu bête, jusqu'à des hauteurs insoupçonné, naviguant dans le ciel, aux côtés d'anges, qui nous tiennent par la main, pour nous guider vers des contrées magiques.
On ne revient d'ailleurs jamais d'un tel voyage. Celui-ci est trop intriguant, trop lointain pour qu'on n'en ressorte tout à fait le même. Et le dernier message, transperçant d'honnêteté désespérant, celui lancé à travers les arpèges délicats de "Dagger", auquel répond la voix sublimement grave et légère de Neil Hastead, se fait l'écho d'un touchant romantisme soyeux, sublimé par un chœur magique, jusqu'à une candeur assumée et flirtant avec une tristesse propre à faire venir les larmes aux yeux.
Cette plainte met à nu ce qu’il se cache derrière le mur du son du shoegaze, une fois qu’on a déshabillé le groupe de ses costumes de guitares, un infini chagrin inconsolable…