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4 juillet 2009

Fiche artiste de Should



Should

Le label Words on Music est aussi méconnu que son catalogue (restreint cependant) est prestigieux : Coastal, The Meeting Places, Fiel Garvie, Lorna, For Against etc… Il s’est spécialisé dans l’indie pop et le shoegaze.
Une des premières signatures fut le groupe Should, dont il sortit le premier album en 1997, « Feed like fishes », même si celui-ci avait déjà sorti quelques singles auparavant.
En effet, formé dès 1988 par les deux frères Eric et Marc Ostermeier, le groupe originaire d’Austin (Texas), joue d’abord dans une veine pop, à l’aide de clavier, et sort quelques cassettes, sous le nom de Shift : d’abord un éponyme en 1989, puis « Intact » l’année d’après, « Gripping a Cup » et « Big Closed Eye », tout deux en 1992. L’arrivée de la chanteuse Tanya Maud va changer la donne et réorienter le style vers un mélange entre le shoegaze de Lilys et le slowcore de Opal. Shift signe alors sur le label texan « ND » et publie un mini-album de sept titres.
Après un single en 1997, toujours sur ND, Words on Music leur propose de sortir un premier album. Le groupe change de nom pour Should mais consèrve sa ligne-up d’origine. « Feed Like Fishes » reçoit un bon accueil dans la presse, et un autre single suit, intitulé « Five Forty Five » en 2000.
Mais Marc Ostermeier préfère se consacrer davantage à son autre projet, Motion Picture, se qui réduit les activités et les publications de Should. Fort heureusement, Word on Music a eu la bonne idée de rééditer les premiers maxis, agrémentés de quelques inédits circa 1995-96.

Should : A Folding Sieve


A Folding Sieve de Should

Sortie : 1995
Produit par Marc Ostermeier
Label : ND / Words on Music


Les débuts du groupe, à l’époque où il s’appelait encore Shift, sont très étranges et plutôt nébuleux. On ne peut pas vraiment dire qu’il soit fécond en signaux.
Globalement la production est pesante, transformant les guitares en grésillement permanent, comme des drones recouvrant et ronronnant. A titre d’exemple, « Feels like morning » (qui porte bien son nom) est particulièrement lourd et paresseux. Quant à « Resonate », on y retrouve une ambiance industrielle. Ce qui n’empêche pas de sublimes voix douces de se faire entendre, comme sur le magnifique et monolithique « Clean », qui devient de plus en plus terrible à mesure qu’il avance, ou sur le planant « Pulling ».
La première chanson, elle, est encore plus difficile d’accès. « Rolling » s’ouvre sur un piano qui semble surgir de loin, avant qu’un drôle de clavier ne fasse irruption pour pondre quelques notes éparses mais envoûtantes. Extrêmement lent et surtout minimaliste, ce morceau instaure une atmosphère à la fois délicate (en témoigne le chant vaporeux mais plaintif) et troublante.
Par la suite, sur « Breathe Salt », Should dévoile les prémices de son talent à conjuguer ses voix féminines et masculines d’une incroyable suavité au service de couvertures de drones et de saturations, pataudes, stables et pourtant enivrantes.
En 2002, Words on Music décide de rééditer l’album en doublant le nombre de chansons, ce qui permet de découvrir par exemple l’étonnant « Soothed », dont la beauté et la lourdeur rappelle ce que pourra faire plus tard Justin Throadwak avec Jesu, ou encore « Singe », laconique et rêveur. A noter que ces bonus comprennent deux reprises étonnantes : tout d’abord « Own Two Feet » des trop méconnus néo-zélandais Jean-Paul Sartre Experience, puis ensuite, et surtout, l’extraordinaire « Merge » du groupe culte 18th Done, morceau superbe, nonchalant, saturé mais plein de grâce.

23 juin 2009

Should : Feed like fishes



Feed like fishes de Should

Sortie : 1997
Produit par Mark Ostermeier
Label : World in Music


On a souvent méprisé l’indolence, qu’on a catégorisée comme de la bassesse, un refus ostensible de s’impliquer. Symptôme de la mélancolie, elle était donc considérée comme le signe d’une maladie. Et le pire bien sûr comme une paresse vouée à éviter tout effort et toute implication dans la société. Bref une tendance compulsive de personnes refusant le monde adulte et la part de devoir qui incombent à ceux qui y entrent.
La musique shoegaze de Should, s’il fallait la résumer de façon réductrice, est indolente. Le mot convient parfaitement.
Alors qu’elle pourrait être une adorable ballade, soutenue par un duo de vocalises masculines/féminines de toute beauté, « Sarah Missing » est minée, plombée, par un drone persistant. On retrouve partout de la mollesse, que ce soit dans le rythme de « Aside », dans la langueur des guitares de « Lullen », aussi lentes que dans une berceuse, dans la voix douce et tranquille de « It still would », morceau extraordinaire de volupté, malgré l’apprêté de la production.
Les larsens agressifs ont laissé place à des multitudes couches duveteuses, onctueuses et au velouté agréable. La persistance des saturations accompagnée de ces petites délicatesses que seules les oreilles attentives et disposées seront capables d’apprécier, confère un charme inestimable à des passages évasifs comme « Its pull is slight » ou l’incroyable reprise shoegaze de « Spangle » des Wedding Present.
Et c’est derrière des grésillements constants (comme si la piste était saturée par de la friture) que l’on débusque les mélodies. Car des mélodies, il y en a : elles sont apathiques, modestes, mais bien là. Car l’indolence, en réalité, du moins pour Should, n’est pas une esquive. Mais une protection.
L’indolence se vit sur cet album comme un moyen de se ménager toute peine ; il faut prendre la formule au sens strict. Should refuse d’être attristé. Le groupe va alors élaborer un cocon dans lequel se recroqueviller et se blinder. Les saturations persistantes, loin d’être agressives ou violentes, permettent au contraire de créer une barrière. Barrière qui aura pour rôle d’immuniser les auteurs de la rudesse du monde. Le vrai.