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12 novembre 2008

Fiche artiste de Aenone

Aenone

Quoi de mieux que le lycée pour échanger les disques de ses groupes favoris ? C’est en découvrant Sonic Youth ou My Bloody Valentine que bon nombre de jeunes ont eu envie de monter leur propre groupe.
Aenone démarre de cette manière en 1988 à New-York, dans le quartier de Nyack plus précisément, alors que Kreg Stern et Kim Collister étaient encore au lycée. Aenone est en réalité la première mouture du groupe Nyack, puisqu'on y retrouve quasiment tous les membres, première mouture éphémère, puisque n'ayant signé qu'un seul EP.
« Nous étions très fortement influencé par la scène shoegaze anglaise », racontera Kreg et le groupe devient alors un des premiers à faire rentrer le genre aux Etat-Unis. Après avoir cassé leur tirelire pour s’offrir un clavier, un Mac et un séquenceur, ils bricolent à la maison leurs premières démos. Déçus par le son lamentable qu’ils obtenaient, ils ont passés une petite annonce dans le Village Voice pour recruter un bassiste et un batteur. Bill Stair et Steve Crowley y répondent et rapidement ils décrochent leur premier concert au défunt Underworld, mythique petite salle de New-York, près de Broadway. Au sein du public, figuraient les habituels poivrots du bar, dont les membres de Lotion, qui accrochèrent à la musique virevoltante proposée par Aenone. Ils les soutiennent et se chargent d’envoyer leurs démos à Shymmidisk, le label de Kramer.
Les membres de Aenone enregistrent un EP de quatre titres sous sa houlette au sein même de son studio. S’enchaînent alors une série de concerts, avec entre autres Velocity Girl ou Medicine, et ils finissent par capter l’attention de l'Angleterre. « Notre manager a réussi à transmettre nos chansons à un représentant du label Echo, suite à un de nos concerts au CBGB’s ». Se rendant à Londres pour enregistrer avec Alan Moulder, ils sont obligés de laisser sur place leur batteur, qui préfère se consacrer à d’autres projets. Ils feront appel à Steve Ferrara pour le remplacer, ce qui les incitera à changer de nom. C’est en référence au quartier d’enfance de Kreg que Nyack sera choisi.

Aenone : Saints and Razors


Saints and Razors de Aenone

Sortie : 1993
Produit par Kramer

Label : Kokopop / Shimmydisc

Il est parfois étonnant de constater à quel point on peut faire du bruit, augmenter à fond le volume des amplis, jouer des saturations, et continuer malgré tout à se lover dans une douceur réconfortante.
A ce jeu, le jeune groupe new-yorkais se débrouille très bien.
Refusant de laisser ses guitares sur son clair, Aenone s’appuie sur une batterie simple mais précise qui lance un rythme mid-tempo et des riffs toujours brouillons mais ne s’écartant jamais d’une certaine marge mélodique. Un titre comme « Celestia » se révèle efficace sans varier sa formule, surchargeant un refrain clair et envoûtant par des guitares noisy. L’intro de « Gaze » est plus glacé, reposant sur la basse (constante sur toute la durée de la chanson), et ouvre un monde plus rêveur et enchanteur, que des saturations vont ensuite recouvrir. Le chant doux, léger et vaporeux, presque emprunté, va se laisser traîner pour dépeindre une mollesse adolescente saisissante de justesse. Sans conteste, le meilleur morceau de cet EP sympathique.
Le titre éponyme, en ouverture, se veut plus direct, plus accrocheur, plus virevoltant : dans ce tourbillon, seul finalement le chant reste monocorde dans la douceur. Quant à "Going Nowhere", cette gentille ballade convie à la fête tambourin, chant innocent et basse sautillante, compagnons d'un groove à base de distorsions.
Même si pour l’instant, le groupe répète ses gammes, leur personnalité peine à émerger. On se retrouve donc avec un ensemble de morceaux très agréables mais ayant du mal à proposer une nouveauté ou une remise en question du genre. Aenone a cependant le mérite de figurer parmi les premiers, et ce dès le tout début des années 90.