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23 août 2009

Fiche artiste de Spectacle

Spectacle

On sait bien peu de choses sur ce groupe, hormi qu'il vient de la ville de Detroit (tout comme Majesty Crush) et qu'il n'a sorti qu'un seul mini-album, "Developing in a world without sound", sur l'obscur label Constellation, basé à Royal Oak, dans le Michigan.
Après cela, leur manager, Blake Miller, s'en est allé à Los Angeles en emportant le nom avec lui. Il y rencontre alors quelques uns des principaux acteurs de la scène alternative de là-bas : les frères Brent et Darren Rademaker (des groupes Futher puis The Tyde et Beachwood Spark), Aaron Sperske (ex batteur de Lilys) ou encore Brad Laner (Medicine), avec qui il décide de collaborer. On retrouve donc trace de Spectacle lors de la sortie de l'abum "Glow in the dark soul" en 1998, album inspiré du mouvement jangle pop des années 80. D'ailleurs on y notera l'apparition de Annette Zilinkas, du groupe culte The Bangles.
Mais plus grand chose à voir avec le shoegazing énigmatique du groupe des débuts.

22 août 2009

Spectacle : Developing in a world without sound



Developing in a world without sound

Sortie : 1993
Produit par Spectacle
Label : Constellation

Spectacle est sans aucun doute le groupe le plus mystérieux de la scène shoegaze des Etats-Unis.
Adepte d’une musique avare en signaux, Spectacle se laisse volontiers dériver dans des volutes délicieuses. S’étourdissant dans ses propres circonvolutions merveilleuses, c’est à peine si le groupe souhaite revenir à des choses plus terre-à-terre. Le contraste entre ce monde chatoyant et celui de la réalité, bien morne et pathétique, n’encourage guère à quitter le giron de la préciosité vaporeuse.
Les chants ne ressemblent guère qu’à des échos perdus et noyés sous des nappes enchanteresses de guitares et de bruits de claviers qui tombent comme une rivière de diamants, jusqu’à ce que l’ivresse gagne tant le jeu ne veut plus s’arrêter (« Plum »). L’ivresse fait tourner les têtes, c’est bien connu, il est donc normal que l’on retrouve alors plus de mordant. « Sprinkle » sera le morceau le plus agressif : voix déformée qui scande un appel, distorsions à tous les étages, rythme lourd à la batterie, il faut parfois se faire violence. Le groupe se hisse dans les nuages mais le revendique comme une ode à l’hédonisme.
« Developing a world without sound » n’est qu’un mini-album, qui ne comporte que six titres, mais c’est un mini-album en forme de crescendo, le final étant le superbe « Plum » et ses notes scintillantes. La première partie, elle, se concentre sur des morceaux plus doucereux, voire voluptueux parfois.
L’album s’ouvre avec « Lovelier », court titre, mais qui impose d’entrée une ambiance très raffinée, avec sa guitare sèche, sa voix de chérubin qui vole dans les nuages, et son riff de guitare qui dessine des ornements musicaux en forme de dentelles. Il introduit à merveille l’énigmatique et intriguant « Sophie » (incroyable comme un seul nom suffit à faire rêver). Démarrant sur un bruit de fond inquiétant, une nappe de clavier qui rappelle les échos des églises, la chanson laisse rentrer une roulade de caisse avant que des myriades de guitares ne fassent leurs apparitions. On se laisse alors délicieusement couler dans cette ambiance féerique et saturée, lorsque soudain un chant aussi féminin que irréel déclame des paroles incompréhensibles qu’on dirait l’apanage de gracieuses sylphides, nymphes, néréides ou autres créatures angéliques. A peine le temps de se remettre du choc, que la chanson s’arrête brusquement, nous laissant alors hagard.
Mais reste LE morceau du groupe, le plus fantastique et le plus impressionnant : « Winthered » où tous le style du groupe y est résumé. Merveille, raffinement, délicatesse, le tout rassemblé en un seul morceau pour le porter, comme le groupe en a l’habitude, vers des sommets de mystère. C’est tellement beau que l’on croirait la chose irréel ou issu d’un monde qui n’est pas le notre. Il s’agit de deux petits riffs de guitares qui se parlent, dialoguent et roucoulent ensemble, de manière lente et douce, le tout ponctué d’une basse chaude. Puis les saturations rappliquent pour conférer à l’ensemble une dimension supplémentaire. C’est dans ce cadre déjà très riche qu’interviennent les voix, royales et sucrées. De temps à autre, des répits sont accordés, au cours desquelles une guitare sèche vient donner de la légèreté à l’ensemble.
Mais cette surcharge, cette surabondance de luxure, donne un style inimitable au groupe, qui se fait alors le chantre d’une musique précieuse, car refusant de s’abandonner aux facilités. Spectacle, déçu certainement par la fatuité de ce monde, décide alors d’en créer un nouveau.