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23 mars 2008

Fiche artiste de Les Autres


Les Autres

Dans un paysage rock français affligeant de banalité et de versions lénifiées, le groupe Les Autres renverse bien des choses pré-établis. Préférant privilégier les sons bruitistes plutôt qu’un accompagnement édulcoré qui sied tant lorsqu’on souhaite se faire entendre du grand public, le groupe rennais se risqua à l’anonymat le plus complet.
Les Autres était composé de quatre membres, à savoir au chant et à la guitare, Olivier Doreille, à la basse Morgan Daguenet (dont le projet solo est Bertuf), à la guitare Jimmy Arfosea (s'occupant activement aujourd'hui de son projet electronica Lolek et de la réédition d'anciens morceaux de Les Autres sur son netlabel "Ovvk") et enfin David Ferrière (plus connu sous le nom de David Galeo).
Pendant quelques années, de 1991 à 1994 exactement, la formation a eu le temps de produire deux singles, "Belle est ta journée" et "Hoppy", un LP, tous sur le label Cornflakes Zoo, qui organisa pour eux quelques concerts avec d’autres signatures (Peter Parker Experience, Olympia, Newell, Des Garçons Ordinaires). On retiendra également leur contribution à un split single, le fameux Split Single Club Volume 1, en compagnie de Mosaic Eyes et de Antiseptic Beauty, deux autres groupes shoegaze.
Bien que leur style soit propre au shoegaze anglais (on se souvient notamment de leur participation au festival Fire à Rennes, avec Moonshake, Adorable ou Th’ Faith Healers), en fin de compte, il faut plus chercher des influences du côté de groupes comme Superchunk, Codeine ou Seam, une sorte de rock plus sombre et plus lent.
Même si le groupe breton n’est jamais apparu sur les radars (une collaboration manquée à l'occasion des "Kill the Girl Sessions" de 1993 avec le label anglais Fluff a peut-être avorté tout espoir d'une reconnaissance étrangère), il a néanmoins participé activement à la scène rock locale. Les Autres est ainsi apparu à la tête de nombreux festivals, comme les Transmusicales ou la Compagnie du Pôle Ouest à Quimper (avec Welcome to Julian). Il a aussi eu la chance de faire la première partie des Wedding Present ou de Laïka à Bordeaux.
Après leur séparation, il ne restera plus que le souvenir d’une musique alliant tension, tristesse et énergie paresseuse.

Biographie établie avec l'apport précieux de Jimmy Arfosea

21 mars 2008

Les Autres : Hoppy EP


Hoppy EP de Les Autres

Sortie : 1992
Produit par Les Autres
Label : Cornflakes Zoo


En choisissant délibérément de ne pas utiliser des codes clairs et facilement identifiables par le public français, habitué aux mêmes ritournelles pop depuis des années, Les Autres se ruèrent sur un son crade et bruitiste. Les gens négligèrent la sortie des singles du groupe. Pourquoi faire tant d’effort ? C’est saturé, c’est bruyant, c’est en anglais, après tout, Les Autres ressemblent à une incongruité, pire ils n’ont rien compris au rock français, pourront rétorquer certains. Mais ceux-là même passent à côté de niveau du songwriting de ces quatre rennais. Jusqu’à oublier complètement toutes les productions du groupe.
Et c’est ce qui arriva malgré des chansons de qualités surprenantes. Avec des guitares dures et portées par des textes tellement désabusés qu’ils en deviennent presque virulent (« Pourquoi la fin ? »), celles-ci saisissent et chamboulent. Le son de basse ronflant et tourbillonnant du merveilleux « Kill the girl I love » fait vibrer les oreilles. Le ton sera fort. Les guitares ne cèdent d’ailleurs rien, voire même accentuent leur emprise au fur et à mesure. Et pendant ce temps, la batterie impose sa cadence soutenue. Sous ce brouhaha, se cache un chant laconique et enchanteur, qui va même imposer un moment de pure grâce à coup de vocalises détendues, avant qu’un déferlement ne vienne recouvrir ce déballage de douceur abattue.
Même reposant essentiellement sur un adorable comptine, la douceur capitule et se laisse écraser par les abats de guitares graves ("Hoppy"), dont les acharnements dans les tonalités basses aboutissent à l'épanouissement des sentiments égarés : le desespoir, le cynisme, le romantisme.
Sorti avec une pochette merveilleuse en noir et blanc, sertie de figurés au crayon, cet EP, existant uniquement en vinyl, mérite plus que le peu d’attention qu’on lui accorde aujourd’hui. Il représente l’alternative à tout ce qui se faisait à l’époque. Et se fait en plus l’éloge de la tristesse.

7 janvier 2008

Les Autres : Le Retour à la Lune


Le Retour à la Lune de Les Autres

Sortie : 1994
Produit par Les Autres
Label : Les Oranges Molles
/ Cornflake Zoo

Cet album est marqué par un certain spleen.
Un abattement pesant qui met du plomb dans tous les morceaux.
Même le titre d’ouverture (« Chapels Bay »), ballade à la guitare sèche, présente l’empreinte de la tristesse avec sa mélodie effilochée et sa voix douce mais affligée.
Quand bien même les guitares s’énerveraient (l’excellent « Outside My Ken » et son refrain nerveux), le chant d'Olivier reste toujours modéré et monocorde. Les guitares (celles de Jimmy et Olivier) sont bien souvent lourdes, parfois se font très lentes, pour glisser vers une torpeur où juste quelques éclairs surviennent, voire quelques slides. La basse de Morgan est présente, rappelant constamment la gravité de l’ambiance instaurée. Jamais le chant ne dépasse d’un ton, restant toujours en deçà d’un seuil dont le franchissement indiquerait une émotivité engagée, ce qui n’est pas le cas pour ces rennais. A quoi bon revendiquer quoi que ce soit lorsqu’on sait que la bataille est perdue d’avance ?
Les Autres ne font que dresser un constat. Un constat d’échec, certes, mais un constat. Basse sourde, tempo martelant et guitares saturée, pour un style très proche finalement de Codeine ou des débuts d’Idaho, à l’instar de « Phoney Smile ». Et pourtant le chant demeure léger et caressant, typique du shoegaze, alors qu’autour de lui le monde s’effondre sur ses bases, inexorablement, en tempête saturée ou en déferlement sourd. A peine a-t-on le temps de respirer et de constater les dégâts au cours de suspensions tragiques, agrémentées de quelques arpèges, que celles-ci sont recouvertes par un mur du son gluant (« Bus Stop » ou « Letter boxes’ symmetry »). Chaque mélodie, douce et lente, qui pourrait prendre de l’ampleur et virer dans les hautes sphères dans une autre vie, se voit rappeler à l’ordre. Tirée vers le bas, ralentie comme si elle était mazoutée, elle dérive vers une poésie morne (« Hoppy »). Voire même un état propice à la somnolence.
Le Retour à la Lune n’est pas une lamentation. Le son est beaucoup trop lourd et à aucun moment ne se complait dans les regrets. Mais cette attitude en retrait ne représente en aucun engagement non plus. Juste un abandon.
L’aveu que trop de choses nous dépassent et que même si on est capable de générer de la violence, de l’injustice ou des inégalités, on n’y peut rien non plus car la nature est ainsi faite. Il ne reste donc plus qu’à se protéger, se calfeutrer, se lover dans un détachement. Une sorte de violence et de rage dont on connaît que trop bien l’inutilité. Pourquoi finalement s’égosiller la voix pour passer au dessus des saturations alors que l’on sait très bien qu’il n’est pas la peine d’en rajouter ? Le chant peut rester doux, plus proche du véritable ressenti des auteurs, plus proche de leur état d’esprit, plutôt que se travestir à plagier un message revendicateur. Pour atteindre une grâce sans pareille, comme sur « Who Knows », où la voix angélique de Valérie (de l’éphémère groupe rennais In Sense, mais dont la plupart des membres ont fondé ensuite Mils) fait des merveilles, et où apparaît discrètement une petite flûte.
Les Autres ne cherchent à convaincre personne. Juste à partager un état d’âme.