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23 octobre 2011

Fiche artiste de Blindside

Blindside


Groupe culte et superbe, qui n'aura guère duré mais qui aura au moins fait la gloire du label Summershine Records. Il s'est formé en 1991 à Melbourne comme la plupart des groupes shoegaze de l'époque. 
Le groupe comprend Hamish Cowan (guitare et chant), Nick Batterham (guitare et chant), Chris Smith (basse), Matt Sigley (clavier) et Nick Peeters (batterie), à peine 18 ans de moyenne d'âge au moment de leur formation.
En 1993, Nick Batterham, principal songwriter, s'en va rejoindre The Earthmen, du même label, et s'en est la fin du groupe. Il ménera ensuite une carrière solo, assez remarquée, mais somme toute discrète, avant de rejoindre son compère de toujours, Hamish Cowan, au sein du groupe Cordrazine, qu'il avait monté à la suite de Blindside, perpétrant un peu de la légende de cette scène de Melbourne.

10 juillet 2011

Blindside : Endless EP


Endless EP de Blindside

Sortie : 1992
Produit par Nick Batterham
Label : Summershine

Ce qui rend Blindside si attachant, c’est leur volonté de vivoter dans un monde merveilleux qui les dépasse allègrement. On sent dans leur musique chevrotante, une grande fragilité, et ce malgré le mur du son imposant qu’ils ont su constituer. C’est que avec leurs guitares électriques et sans autre moyen (pas de claviers, pas de violons, pas de mirifiques artifices), le groupe de Nick Batterhan essaye malgré tout de construire un édifice majestueux, gorgé de lyrisme, d’importance et de majesté. Et c’est avec autant de maladresse effrénée que de volonté farouche que cette musique touche au céleste, approche une gravité sans égale, très précieuse et apprêtée. Trébuchant, sans être tout à fait sûr d’eux, les musiciens se lancent malgré tout vers les sommets, et Nick Batterhan gonfle la voix, la charge de théâtralité, de douceur et de suavité, sans se prémunir d’un manque de justesse absolument irrésistible. Les saturations partent dans tous les sens, comme les coups de batteries, on sent une tension intégrée à chacune des chansons, comme si cet amoncèlement de saturations annonçait quelque chose d’imminent, quelque chose d’extrêmement fondamental et se parait alors d’un romantisme surréaliste. Un romantisme bafouillant, encore mal dégrossi et emporté par l’élan, un élan juvénile, naïf mais excisé de toute malveillance.
Blindside devient alors un groupe précieux pour qui on ne peut s’empêcher d’éprouver beaucoup de tendresse. Ce tout premier EP (et sa pochette sublime), encore fougueux et tâtonnant, annonce en tout cas un désir de s’immerger dans un univers qui n’existe pas, en forçant le ton, en n’hésitant pas à en faire trop, en faisant preuve de gaucheries et en se lançant dans un mur du son incroyablement discordant avec les propos solennels et séraphiques.

25 mars 2011

Blindside : Hopes Rise





Hopes Rise de Blindside



Coup de coeur !


Sortie : 1993
Produit par Simon Grounds
Label : Summershine

On dénote souvent dans le shoegaze un certain romantisme. L'emphase appuyée, cette tendance à laisser dériver vers le mielleux le chant, renforce l'exagération. Le lyrisme est de mise, tout comme un état dérivatif, se manifestant par les guitares saturées. Au lieu de signer des courbes claires et disctintes de mélodies évidentes à suivre, le brouillage continu imprime un tonnerre stagnant. Un voile qui efface les pistes. L'esprit s'égare, se laisse aller, voire secoué, et s'envole.
Par exemple, Blindside joue particulièrement sur cette cristalisation. Sur le lent "Past", des distorsions vont se perdre au milieu d'une basse lunaire, suspendant le temps, avant que ne surgissent un défouloir saturé, puis une reprise d'un chant ampoulé et très suave. Les explosions électriques ne font que souligner l'intensité forcée des vocalises. Le ton est donné : on insistera sur les émotions. Le crescendo vombrissant de "Comforts" qui quitte les guitares sèches pour une déferlente de saturation fait que tout parait décuplé, démultiplié, presque théâtral. On laisse de côté le raisonnable, la retenue, la fidélité, pour mettre en avant ostensiblement les sentiments les plus vifs et les plus nobles. Un romantisme qui va donc occulter une certaine partie de la réalité. Pour ne plus que se concentrer sur une idée parfaite de la beauté. Rien n'affecte l'extrême raffinement de "Hopes Rose", morceau extrême qui fait office de démonstration. Tout y est sublimé, de la délicatesse avec l'intro à la guitare sèche, à la luxure avec les soubresauts toniques des guitares saturées, en passant par avec ce chant qui étire tout les "aaaaaah" et appuie dessus jusqu'à la caricature magnifique, ou bien la langueur, avec les violons. C'est ce voeu de romantisme qui pousse les musiciens de Blindside à jouer sur les zones de grandeurs.
L'album possède même une certaine tristesse. La ballade folk "Once before last time", avec violons de sortie, est absolument un crève-coeur, et le chant de lendemain de rupture ne fait rien pour arranger, surtout lorsqu'il est rejoint par une voix féminine de toute beauté. Lorsque c'est l'harmonica qui intervient, on sent les larmes monter.
D'ailleurs, à bien s'y reprendre, on sent poindre une certaine angoisse.
Il suffit d'écouter à nouveau le chant sur "Hopes Rise" pour y déceler des tremolos qui ne trompent pas. Et après tout, le génial "Idle Eyes", la cassure de rythme, les distorsions qui semblent devenir folles, les hoquetements des saturations, indiquent une certaine urgence. On a cette étonnante impression que la fin est pour demain et qu'il faut se dépêcher : c'est une chanson anxiogène. Et on suffoquerait presque à entendre le riff du génial et addictif "Barely a Glimmer", plombé, noir comme l'encre, recouvert de saturations et accompagné d'un piano gothique.
Le fait que ces chansons soient placés en ouverture de l'album et qu'on vire au fur et à mesure vers plus de calme et plus de langueur, n'est certainement pas innocent. Le constat inquiétant est imposé d'entrée pour mieux s'en détacher progressivement. Mine de rien cet album (l'unique pour ce groupe australien mais quel album !) glisse vers un esprit plus élégiaque. Car jouant moins sur la charge des guitares saturées, on laisse plus de place à la finesse. En témoigne le superbe et magnifique "Ether", son intro calme au piano puis sa mélodie entêtante au clavier, sa guitare sèche, et son chant soufflé, aprêté et tout en rondeur. Cette apparence est primordiale car c'est par cette musique bouillanante et très baroque, que le groupe épouse au mieux son élan poétique et quelque peu chimérique. Bien-sûr rien de tout ça n'a de lien avec le réel : la musique de Blindside est bien trop splendide pour pouvoir être rabaissé, et c'est bien son but d'ailleurs. Il n'empêche que le groupe le sait bien.


Cet opus impeccable impose une certaine violence dans le ton, avant de progressivement la quitter pour un aveu de tristesse assumée et d'élévation spirituelle. L'exagération continue, dépassant les limites de la pudeur, devient alors non pas le signe de la pédance, mais bien au contraire l'aveu d'une envie irrépressible de fuite. Une fuite vers le factice.