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14 mars 2016

Fiche artiste de Schroeder

Schroeder

Tirant son nom du célèbre personnage des Peanuts (celui qui joue du piano tandis que Lucy amourache de lui), ce groupe est né à Newark, une petite ville relégué de sa grosse voisine New-York.
Comme jaloux, Larry DiMaio, Micheal Bolan, Nick DiMaria et Brian Erskine, ont désiré s'inspirer de l'émulation qui régnait là-bas, tout en gardant un encrage avec leurs influences. Cela a d'abord donné lieu à un drôle de mix, entre Stones Roses et psychédélisme des années 60 (The Monkees ou The Associations). En 1991, malgré un premier album, ils doivent se contenter de faire les MJC devant un faible parterre d'étudiant.
Mais plus tard, le groupe injecte des influences anglaises (Ride, Chapterhouse) pour aboutir à un superbe deuxième album, probablement une des plus belles trouvailles du shoegaze américain, qui aura le mérite d'être numéro un des charts étudiants.
Hélas, la mode est à autre chose, et les membres hésitent entre s'établir à New-York ou rester à Newark. Malgré un dernier album et quelques concerts, le groupe finit par se séparer en 1995.

14 mars 2014

Schroeder : Moonboy

Moonboy de Schroeder

Sortie : 1994
Produit par Charlie Hill
Label : Zowie Records


Larry DiMaio était un dingue de l’Angleterre, fasciné par ce qu’il se passait là-bas, les boites de nuit, les raves, la dream-pop sous ecstasy. Bien qu’originaire d’un quartier pauvre, situé à quelques kilomètres de New-York, où les labels cherchaient le nouveau Nirvana, et n’ayant jamais réussi vraiment à percer, il était convaincu de pouvoir faire bouger les foules et de les faire rêver. Avec le titre « Heavenly », certainement son meilleur morceau, avec ses rythmes accélérés, ses ‘aaaaah’ langoureux, son ton un poil précieux, il livre là un shoegaze féerique passé au mixer, avec un refrain magnifique, plein de force et de vie. Larry chante avec ferveur, conviction, comme s’il exhortait les gens à danser jusqu’au bout de la nuit. 
Avec lui, tout peut aller vite, très vite. Le rythme est surmultiplié. Il subsiste pourtant une sorte de magie incroyable : cette espèce de frénésie dans les guitares s’allie parfaitement avec le ton féerique qui évoque Ride, The Veldt ou les Stones Roses (« Too Beautiful » ou « Jewel » et ses saturations en forme de décollage d’avion). Il n’y a aucun temps morts sur ces morceaux et les instruments forment alors un tout, un vrai mur du son dévastateur. On sent l’ivresse nous gagner. D’ailleurs, Schroeder l’a bien compris puisque le groupe joue sur cet enivrement. Les guitares s’additionnent sans retenue pour sonner comme dans un tourbillon. Appuyée par une basse qui joue un rôle fondamental dans le maintien de la cohérence, malgré les déferlantes saturées qui arrivent successivement sans s’arrêter une seule seconde, le rythme sonne et donne le tournis ("Sweeter than you"). Ça fuse, ça boome, ça fracasse tout, pourtant, tout ceci pour aboutir, comme sur « Metdown » à une musique onirique à souhait.
Le groupe met tout ce qu’il a dans les tripes pour au final aboutir à des nappes délicates de saturations, aux voies douces, doublées et à l’esprit dream-pop, dont il se réclamait (« Head » ou bien le grandiose « Vitamine Purple »). Le guitariste Nick DiMaria rappelle : « Bien que Larry et Ersk (leur génial batteur) étaient convaincus qu’on allait devenir des phénomènes, je pense que Michael (le bassiste) et moi on aimait juste faire du bruit. Larry cependant visait toujours juste, notre musique savait se faire irréelle. C’était ce qui nous rendait attractifs. »[i] Car au-delà de créer une ambiance digne de Madchester, l’homme cherche à se libérer et à exprimer ses propres ressentis.
Et là, on touche à autre chose, une musique décalée, peu en phase avec ses contemporains américains (et on le leur fera bien savoir). Cette fougue n’est pas si innocente, elle cache en réalité des failles et des fragilités, qui transparaissent lorsque le tempo ralentit pour une longue ballade aux voix soufflées (superbes « Blue » ou "Head"). Ou sur des plages oniriques ("Waste of time"). Nick reconnait que le groupe était en réalité affecté : « J’imagine que nos concerts devaient être très différents des shows punk ou des festivals hippies auxquels les gens se rendaient. On n’a jamais réussi à s’intégrer dans un des camps qui prévalait à l’époque. On jouait des chansons maniérés mais de manière très bruyante et avec suffisamment de colère durant nos live pour que le public y réponde. Cette colère devait probablement venir de différentes casseroles qu’on se traînait tous en dehors du groupe. Je me souviens aussi que Larry était très très chaud entre chaque chanson durant nos performances. »[ii] Cette ambivalence entre l’aigreur rentrée, le désir de s’évader dans le rythme effréné et ce goût pour l’onirisme, va aboutir à des titres de la trempe du divin « Mod Revolve ». Un morceau au début calme et atmosphérique, avant de devenir plus rayonnant avec les claviers et enfin plus ardent avec les saturations. Ou encore le long "Blue", émouvant et grandiloquent. Fantastique.


[i] Nick DiMaria cité par Hangnail Phillips, 1 septembre 2013, [en ligne] http://hangnailphillips.com/?p=389
[ii] Idem