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18 mars 2010

Fiche artiste de Penelope Trip



Penelope Trip


La formation originaire de Gijon a été extrêmement importante dans la scène indie pop espagnole qui a commencé à naître au début des années 90. Ce qu’on appelé le « xixon sound » ne vient pas tant du fait d’une similitude dans le style que dans une envie de proposer quelque chose de nouveau.
Effectivement, dépité de la médiocrité dans laquelle végétait la musique espagnole, cinq étudiants décident de fonder un groupe. Il s’agit de Tito Pintado (chant), Pedro Vigil (guitare), Juan Carlos Fernandez (guitare), David Guardado (basse) et Covadonga De Silva (batterie). Le nom du groupe est inspiré de la chanson de Felt, « Penelope Tree ». Des premières démos leur permettent de signer sur le label Munster Records et de sortir un premier EP, « Hammerhead », en 1991.
Stupéfaction dans la presse spécialisée : voilà que les guitares sont extrêmement saturées, la voix en retrait (Tito chantait en anglais mais dans un anglais plus qu’approximatif, ceci expliquant cela) et les influences nullement nationales mais anglo-saxones (The Pixies, My Bloody Valentine, Moonshake, The Pastels ou encore Young Marble Giant) !
Parallèlement, de nombreuses autres formations voient le jour à Gijon et proposent à leur tour leur vision de la pop indépendante : Australian Blonde, Dr Explosion…, à la tête duquel Penelope Trip s’installera le temps de deux albums.

17 mars 2010

Penelope Trip : Politomania



Politomania de Penelope Trip

Sortie : 1992
Produit par Pedro Vigil
Label : Munster Records

Bon, soyons clair une fois pour toute : le shoegaze, c’est avant tout une affaire de gamins attardés. Après tout qui oserait ainsi tout brancher sur son saturé au mépris du bon sens ? Faire péter les amplis alors qu’on fait de la pop, il n’y a vraiment que les cramés du cerveau pour faire ça, et probablement que les espagnols le sont au moins un peu.
Penelope Trip, en flirtant aussi bien avec My Bloody Valentine (« Sugar Colt », un poil furieux dira-t-on), The Primitives (pour ce tempo rapide sur « Overdriver ») qu’avec les Pixies (la basse de « Helly » et la voix trafiquée, le couplet saturé et le refrain tout en « ouhouhouh » savoureux), fait preuve sur ce premier album d’une régression quasiment totale, et habille alors toutes ses chansons d’une tenue rapiécée de saturations grésillantes et de distorsions incorrigibles. Comme toute musique qu’on laisserait faire par des adultes en mal de foutoir et de bordel, ça frise parfois la bizarrerie (les instrumentaux abscons que sont « Demo » et « Inside the taxi »), comme parfois le surprenant (« Tigremoon », entre pop et indus).
Cela reste malgré tout passionnant, car en cherchant bien, en faisant abstraction des diverses sautes d’humeur, des saccages en règle alors qu’on semblait tenir là une chanson potable, et autres incongruités capricieuses, on décèle des moments de génie. Je dis bien moments de génie et pas autre chose. Le contraire serait renier le caractère absolument inouï de titres comme « Psycho » ou « Ingrid Superstar » (entre la voix douce, négligée, et les guitares saturées façon eighties, tout y est), dont la saveur irradie et communie une bonne humeur irrésistible.

17 janvier 2008

Penelope Trip : Usted morirá en su nave espacial

Usted morirá en su nave espacial de Penelope Trip

Sortie : 1994
Produit par Paco Martínez
Label : Munster Records

Si on connaissait ces espagnols complètement frappés et quelques fois difficiles à suivre, force est de constater que sur ce deuxième opus, ils ont réussi à conjuguer tourbillon et mélodie. Les chansons deviennent dès lors réjouissantes, une sorte de manège, un flot prenant auquel on ne peut s’empêcher d’adhérer. On sent qu’il s’agit d’une réelle volonté de la part du groupe que de se rendre plus abordable. Si les membres restent des gosses, peu désireux de se contrôler, on note un effort sur les voix, adorables, plus légères, et les distorsions de guitares, plus contenues.
On a le droit alors à de superbes chansons, légères, envahies de distorsions, mais au poids absent et au goût sucré : « Nadiuska » et ses nappes qui évoquent My Bloody Valentine, « Autopsia » et ses guitares sèches toutes latines, ou le final « Plasticine », ralenti et minimaliste, qui se termine sur de mignonnes distorsions et une flûte adorable, sont autant d’exemples. A d’autres moments, on perçoit avec amusement toute l’influence de l’indie pop américaine, comme sur « Crescendo » qui évoque Yo La Tengo ou Beat Happening.

Mais espiègles comme pas deux, les galopins de Penelope Trip n’hésitent pas à transformer leur morceaux, parfois uniquement pour le plaisir de se pavaner dans leurs passages de pures tempêtes de riffs au son garage et typiquement indie. Le chant se fait, selon l’humeur, envolé et déjanté, ou bien plus subtil, suave, doux, cajoleur presque. Evidemment la malice prend vite le dessus, comme sur « Galaxina », mené tambour battant, « Lucifer complex » au rythme effréné et haché, débuté comme une mignonnette petite ballade à la guitare sèche et terminé sur un carnage de riffs à l’intensité sinusoïdale, ou encore « Superprofit », à l’héritage indus, hardcore et noise. La plupart des titres restent de courtes durées.

Parfois tout ceci se calme, on observe davantage de langueur, preuve que quelque part, les membres de Penelope Trip se sont peut-être un peu assagis. « TWP » est un miracle de torpeur, quant à « Dual » et ses cuivres discrets noyés sous les saturations, il prouve que le groupe espagnol possède des talents d’écriture certains. On en ressort quelque peu épaté car on se dit que les membres ont quelque part pas mal grandi, ils font preuve de maturité, d’une volonté de contrôler leurs pulsions. « Espirú » en est l’exemple parfait.
Au final, on peut écouter à loisir, sans répétition, sans ennuis, un très bon album parmi le shoegaze espagnol, scène vivante et énergique, dont Penelope Trip sont les représentants les plus foldingues.