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4 mai 2007

Fiche artiste de Moose



Moose

On ne peut pas vraiment dire que ce groupe anglais ait eu beaucoup de chances.
Avant-gardiste, déjanté, un brin décalé, la bande à Kevin Mc Killop et Russel Yates, a souffert de ne rien faire comme les autres. Considéré comme une formation culte, leur oeuvre de pop fantasque, légèrement mélancolique, mérite amplement d'être redécouverte, ne serait-ce que pour découvrir un monde très personnel.

Extrait vidéo : Suzanne

Moose : Sonny and Sam



Sonny and Sam de Moose

Sortie : 1991

Produit par Guy Fixen

Label : Hut

La légende veut que le terme "shoegazer" (littéralement : "ceux qui regardent leur chaussure) fut employé la première fois par un journaliste pour se moquer de Russel Yates, qui passait son temps en concert à lire ses partitions sckotchées sur la scène !

C'est dire le mépris avec lequel on a regardé les premiers pas de ce groupe, balbutiant et encore frigide, se limitant dans les innovations et cachant leur timidité derrière beaucoup de bruits. Mais le son de Moose à ses débuts est surtout lié à un manque de moyen : les possibles arrangements tirant à étirer les propos vers l'abstraction seront remplacé par des saturations.

Ainsi, Sonny and Sam, qui est une compilation faite des trois premiers EPs du groupe, autorisée par le label Hut pour se faire de l'argent, reflète bien l'évolution d'une certaine conformité vers une liberté de plus en plus désirée.

C'est Emma du groupe Lush qui s'entiche du groupe, et leur permet de faire des concerts et de signer sur le label Hut, mais malgré quelques singles, la notoriété n'est pas à son comble, à l'inverse d'autres groupes, comme Ride ou The Verve, déjà sur les couvertures du NME, sans sortir la moindre chanson. Ils feront des concerts devant un milliers de personne, sans jamais dépasser ce nombre, confirmant leur statut de formation culte.

"Suzanne", leur premier single, deviendra vite la référence, morceau rempli de feedback, assez peu représentatif pourtant de ce que fera le groupe par la suite ! Car malgré un style assez conforme au départ ("Jack" ou "Ballad of Adam and Eve"), et une utilisation des guitares surexposée, Moose n'hésite pas à prendre des risques, ou du moins à faire valoir son désir de ne rien faire comme les autres.

Les titres sont tout de même assez molasson, voire paresseux, mais toujours tournés vers une part de rêve qui se cherche et se mérite, comme sur le magnifique "Do you remember ?", morceaux vaporeux étalé sur plus de huit minutes, et zébré de distortions lointaines.

S'échappant petit à petit des convenances, en faisant bien attention de ne pas remporter le moindre succès, Moose deviendra une des formations les plus estimés de la pop anglaise.

28 avril 2007

Moose : Honey Bee


Honey Bee de Moose

Indispensable !

Sortie : 1993
Produit par Lincoln Fong

Label : Play It Again Sam

Quitte à s’inventer un monde, quitte à s’éloigner des modes, quitte à perdre, autant le faire avec panache. Moose abandonne complètement les saturations, bonjour les guitares sèches, c’est quelques raies de soleil qui viennent réchauffer les plaies encore ouvertes de ces musiciens si meurtris. Cet album ne bénéficie pas des mêmes moyens de production que les précédents, pourtant le groupe n’a jamais aussi bien joué. On les sent libérés et assumant à plein leur mélancolie pour la rendre si anachronique et si touchante.
On trouve de tout sur cet album complètement maniéré : de la folie, une envie de sortir hors des sentiers battus, de la douceur, de la nonchalance, une certaine forme de magnificence, et surtout un talent incroyable. Beaucoup plus vivant que le précédent, on se laisse emporter par ces délicates bourrasques comme sur le single « I wanted to see you to see if I wanted you », son rythme dansant, sa guitare sèche et ses violons, ou par ces nappes magiques qui recouvrent « Around the warm bend ». Le chant est pourtant toujours aussi mielleux, tout dans le souffle et la préciosité. Les chœurs suaves dialoguent et glissent sur les accords.
De bout en bout de ce deuxième album, on a souvent l'impression d'être hors du temps. Les mélodies, nombreuses, superbes et raffinées, sonnent comme si elles sortaient d'un monde nouveau, onirique et irréel. Un monde où tout serait permis, où le merveilleux aurait sa place et où le rêve serait affaire quotidienne. Les guitares sèches et les percussions ultra-rapides sur « Uptown Invisible » dénotent complètement avec l’extrême délicatesse du chant, une flûte fait une délicate intervention sur la ballade « Mondo Came », gagné progressivement par le spleen, sur le festival « Meringue », ce sont des tambourins, une basse en avant ou un xylophone sur l’étourdissant ; ailleurs c'est violon et piano, comme sur le lent et triste « Joe Courtney ». Les arrangements sont autant discrets que splendides. Ça fourmille d'idées et d'inventions. 
Chez Moose, la musique est un refuge, un havre féerique où il est bon d'y fuir. Une odyssée sous forme de mini-ballet musical. La voix grave, reposée et éthérée de Russel Yates nous enchante tout du long et apporte la légèreté nécessaire à un transport aérien. Ce n'est pas une sensation qui nous submerge mais bien plusieurs. On est autant gagné par une sensation d’apesanteur que par une tristesse infinie qui serre le cœur. Les petits slides qui descendent la gamme, en mode mineur, les petites caresses, la petite flûte sur « You don’t listen » hypnotise, avant que l’introduction ne s’ouvre sur une deuxième partie éclatante de beauté, avec guitares spatiales, guitare sèche, et un chant berçant, doublé de chœur féminin, avant d’oser même un entrain plus souriant de temps à autres, mais d’insister bien-sûr sur une extrême délicatesse.
C’est troublant car un peu couleur sépia, désuet pour l’époque, mais c’est tellement subtil, qu’on se prend à adhérer complètement à cette finesse d’orfèvre. Russell Yates est si détaché, Kevin McKillop n’a jamais été si proche de la pop-song parfaite et les frères Song, à la section rythmique, jouent avec un appoint. C’en est presque un déchirement car on sait à tel point, ce genre d’album, c’est se suicider commercialement, mais c’est aussi la gage d’offrir ne serait-ce qu’une fois une pop délicate et guindée, qu’il faut la conserver et la choyer.
 Et puis il y a l’indépassable « Dress You The Same », son sifflement, sa basse, sa guitare lunaire, ses slides ésotériques, sa voix affrétée, qui renverse tout et laisse place à une volupté splendide. C'est carrément une montée au ciel qu'on effectue. « Hold On » conclut l'album comme un atterrissage en douceur, mais on se demande bien si on a les pieds sur terre à nouveau. Et on se dit que Moose a signé là une musique absolument unique, totalement libre, pour l’éternité.

Moose : ...XYZ


...XYZ de Moose

Sortie : 1992
Produit par Mitch Healer

Label : Hut

Souvent cité comme référence, car ayant reçu de bonnes critiques de la part de la presse anglaise comme NME, …XYZ de Moose, sorti en 1992, est une ode à la flânerie et à la contemplation. Kevin Mc Killop, songwriter révélé, indique ici qu'il souhaite mélanger des genres, ralentir le tempo et étaler son spleen de façon originale et presque fantasque. Les titres, chantés d'une voix grave, aspirée et suave, sont de purs moments étirés et étendus de rêverie. « Sometimes loving is the hardest thing » démarre à la guitare sèche, avant de longues plaintes de guitares et des violons. Puis elle se termine par un orage, un mur du son et des distorsions. On voyage.
On reconnait même des influences sixties ou folk très marqué, une hérésie pour du shoegaze. Ainsi sur « Don’t bring me down », on a toujours les saturations classique, mais avec un rythme country, et des riffs façon western, des voix douces, légèrement teintées de tristesse. Et « Every’s talking » une ballade plaintive, à base de tambourins, de caisses frottées à la baguette balais, de guitares claires, de distorsions, chanté façon crooner américain. Cet album est en fait un objet totalement incongru. Moose s’abstrait de toute influence de son époque et délivre une musique, poétique mais très mélancolique, assurément hors du temps. Une vraie bulle totalement étanche. Pour preuve, « I’ll see you in my dreams », si étonnant, car on dirait une valse lente, avec ses violons, son influence italienne et son romantisme fleur bleu. On dirait une bande-son d’un film des années 50.
Pour arriver à ce charme légèrement suranné, Moose a complexifié ses arrangements et ne se contentent plus de longues plages de saturation. Les jeux à la batterie et à la basse se sont nettement améliorés. Moose ne se refuse rien et s'offre une orchestration de haute volée. Les violons, cordes, harmonica, guitares sèches, remplissent une palette grandiose et bucolique. Moose joue les filles de l’air, devient plus léger, plus sévère aussi dans sa musique, on perçoit quelques flâneries, des sifflements de contentement, des rebonds à la guitare, tout en conservant ce cher cynisme dans les textes. « The wishling song » démarre ainsi en sifflotant avant de muer en une ambiance plus sombre, plus trouble, puis de reprendre sur un ton plutôt entrainant, et d’enchaîner ainsi les entre-deux. Moose indique vouloir toujours jouer sur les ambivalences. « Little Bird » et ses violons, « Polly » et son harmonica, ou « Soon is never soon enough » et son piano de saloon, sont des chansons superbes d’entrain et d’insouciance en apparence, mais elles ont bien du mal à cacher leur désarroi.
Les paroles alternent entre sentiment de bonheur intense et noirceur sentimentale, jouant sur le malentendu. Que dire des paroles terrifiantes de « Friends » : ‘’now, i’m alone, nobody’s home. I’m talking to myself’’, débitées par une voix de droopy, sur un rythme pataud ? Un crève-cœur. Une tristesse renforcé par les légers chœurs en arrière-plan, le solo à la guitare sèche façon folk, et toujours les saturations au loin.
Les arpèges de ce premier album sont contagieux et nous emportent au loin, à l’image du morceau éponyme de conclusion, qui est d’ailleurs totalement un folk-country, avant de se terminer dans une grande torpeur, avec des réminiscences de mélodies, pourtant enchanteresses mais vaguement désenchantées en elles-mêmes.