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23 septembre 2011

Fiche artiste de Earwig


Earwig

Les amateurs de rock indé obscur connaissent très bien (et aprécient d'ailleurs) Insides pour avoir été un des tout premiers groupes post-rock, avec Laïka ou Pram. Le duo de Brighton, Kirsty Yates et Julian Sergei, proposèrent une electro ouatée et évanescente, sur leur album "Euphoria", avant de plus ou moins disparaître des écrans radar ou de faire des sorties solo, aussi discrètes qu'envoutantes.
Avant ce projet expérimental, le couple avait fondé Earwig pour proposer un shoegaze industriel assez sexy, profond et novateur. Cette fronde intellectuelle s'est menée au travers une succession de singles cultes, aux pochettes magnifiques et très racées, "Hardly", "Subtract" et "Might", entre 1990 et 1991, sur le petit label La-Di-Da Productions. Un an plus tard ce label eu la bonne idée de sortir un recueil.
Le seul et unique album de Earwig est une petite merveille. Il rompt avec le shoegaze de départ, aiguisé et mordant, pour n'en garder que la grâce, n'hésite plus à ralentir le rythme, à faire dans le minimalisme, et accède alors à une sorte de plénitude inouïe. A l'image de sa pochette (où la mystérieuse Kirsty se prète au jeu de la pose), probablement une des plus belles et des plus romantiques de l'époque, "Under my skin I'm laughing", sorti en 1992, est un petit morceau de nuage arraché du matelas divin. En un an à peine, le duo aura accompli un saut dans l'évolution de son style tandis que certains groupes dans toute leur carrière, n'en auront même pas accompli le dixième.

17 septembre 2011

Earwig : Past


Past de Earwig

Coup de coeur !

Sortie : 1992
Produit par Dimitri Voulis et Sergei Tardo
Label : La-Di-Da Productions

Rigueur industrielle, guitares tranchantes, basse en métal, saturations en écho : l’écrin qui abrite la voix grave et discrètement aérienne de Kirsty Yates est assez terrible. Il est sidérant d’écouter un tel tourbillon de bruits et de fracas cybernétique. De plus, les coups donnés s’appliquent de manière sèche, sans rondeur, de manière concise, presque froide, contrebalançant la sensualité de Kirsty Yates, avec son chant.
« Past » est le recueil des premiers EP du duo pour le label culte La-di-da, sorti à la suite de son merveilleux et élégiaque album : on y surprend pourtant une musique particulièrement rêche et bruyante. Pour qui connait le style apaisé et minutieux par la suite, le rythme accéléré et les guitares saturées peuvent dérouter. On est assez loin de ce que Sergei Tardo, Dimitri Voulis et Kirsty Yates pratiqueront par la suite sur leur album. De ce vacarme de fabrique, de chaines de machine-outil, d’aciérie, on jugera une qualité extrême, un sens de la mélodie rapide, post-punk quasiment, avec un accent pressé, mordant, sonique. Malgré tout beaucoup de gens ignorent tout des débuts de ce groupe à part.
Véritables décharges fulminantes, ces courtes chansons sont autant l’occasion de faire cracher les guitares que la voix, pleine de fiel, mais aussi sensuelle. Que dire du génial et complètement addictif « Her stupid face » ? Tout y est ! Le tempo ne baisse jamais, on a l’impression de vivre dans l’urgence, le charme agit dès les premiers assauts de riffs qui ne cesseront jamais de revenir constamment à la charge, et se poursuit avec le chant époustouflant de Kirsty Yates. Un véritable trésor caché en terme de shoegaze !
Lorsque la basse roucoule (quelle basse ! mais bon sang, quelle basse !) et que l’ambiance se veut moins exposée, avec des coupures de rythme ou des riffs répétées (le superbe « Driving you mad » ou l’extraordinaire « Everything’s just fine »), la musique d’Earwig devient encore plus fascinante, complexité tentaculaire, écrasement métallique et déferlement travaillé. « Both of us screaming » réussit le mélange parfait entre crescendo et nonchalance indus, la chanson va s’enrichir petit à petit d’éléments pour un maelstrom magnifique. Le rythme sait rester haché, très rock, le chant sait rester grave, détaché tout en demeurant sexy, les riffs savent distiller juste ce qu’il faut de décharges. Ce titre, cyber-pop parfaite, témoigne d’une volonté de la part d’Earwig de se détacher de la production habituelle.
Les derniers morceaux, qui correspondent au troisième EP, annoncent un changement et préparent aux élans vaporeux de l’album à venir. Le ton est moins pressant, des claviers commencent à apparaître et l’accent sera davantage mis sur la boite à rythme, devenus minimaliste. Kirsty Yates prendra cette fois-ci le temps. Ses phrases s’embelliront d’un léger souffle et d’un hoquet à peine discernable. Sur « Out of my hands, over my head », lent et très beau, une guitare sèche et un piano finiront par être entièrement recouvert par un nuage de saturation.
Trop méconnues, ces premières chansons, shoegaze industriel, dont le seul équivalent serait éventuellement Curve, sortent du lot, associent une certaine rectitude avec de la souplesse, et se révèlent alors très contagieuses. L’hypnotisme se fera à partir de ce tempo entièrement artificiel écrasé par un mix très dense. L’ensemble bouscule pour s’enfoncer dans les oreilles comme un fraiseur électrique.