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3 juillet 2010

Fiche artiste de Sugar Plant


Sugar Plant

Contrairement à la pop japonaise, plutôt édulcorée et foutraque, Sugar Plant, avec sa musique lente, alanguie et rêveuse lorgne en réalité du côté du slowcore et du shoegaze. Duo formé en 1993 par la chanteuse Chinatsu Shoyama et le guitariste Shin'ichi Ogawa (des batteurs et des clavieristes viendront s’ajouter en fonction des besoins d’enregistrement) alors qu’ils étaient encore à l’université, Sugar Plant aura finalement beaucoup d’affinité avec les Etats-Unis, d’une part dans le son (de l’ADN de Galaxie 500 et de Windy & Carl ont été retrouvé), d’autres part avec de nombreux concerts, en compagnie de Jessamine, Magnetic Field, Yo La Tengo, Silver Apples.


31 mai 2009

Sugar Plant : After After Hours



After After Hours de Sugar Plant

Coup de coeur !
Sortie : 1996
Produit par Adam Lasus
Label : Pony Canyon/World Domination


Le monde, le vrai, le moderne, va vite, très vite. Absorbé par ce rythme infernal, on est ballotté du début à la fin, sans répit, d’un quai de métro à un passage piéton en passant par une rue de Tokyo complètement bondé ou un hall de banque. L’objectif des pas est toujours le même : c’est la routine qui impose la cadence. Il n’y a pas de but mais une rentabilité maximale. Parce que c’est comme ça. Parce qu’on l’exige. Et puis de toute façon la Terre tourne sans nous.
Mais on possède le pouvoir d’aller à contre-courant. De ralentir tout ça.
Faites l’expérience vous-même.
Tenez, par exemple, prenez un lecteur MP3, mettez le casque sur les oreilles et passez-vous la musique léthargique de Sugar Plant, l’effet est incroyable.
Tout prend une autre mesure ! C’est comme si les gens autour de nous s’afféraient à des vitesses supraluminiques, tandis que nous étions enfermés dans une bulle spatio-temporelle où tout serait ralenti. Enveloppé et protégé, on se love et on se calfeutre, car le dehors est trop violent. Plutôt que de cautionner, on vient trouver refuge dans le doux monde de Sugar Plant. En cela on a souvent dit que le groupe ressemblait à Galaxie 500, la grâce de Slowdive en plus.
Quoi de mieux dès lors que de se laisser emporter par la grâce suprême des délicats « I hate morning » ou « Here Rain Comes », au clavier très années 70, dissipant une ambiance lounge.
C’est bien simple à l’écoute du divin « Synapse » et ce chant si savoureux, si mélodieux, on sent que notre cœur se serre, qu’on se cramponne à ce qui reste de fondamental, le quotidien n’a plus d’importance, ces gens qui courent, ces voitures qui klaxonnent, ces écrans de pub qui clignotent et toute cette frénésie qui secoue ce Japon high-tech, ces chimères deviennent si insipides face à la réalité de cette musique.
Mais est-ce vraiment le cas ? Ou est-ce cette torpeur ambiante, comme sur « Drifting » ou « #4 », qui met en relief la fadeur des choses ? Peu importe, car l’essentiel est ailleurs, il est en nous : ces marées qui montent et déferlent pour contaminer l’ensemble de notre corps d’une douce chaleur apaisante. Un ravage d’émotions qui prend le pas sur tout.
Le très long « Behind the door », pourtant d’une paresse incroyable, distille une intensité sans pareille, il suffit juste d’un tout petit arpège tout mignon, de quelques « dadada » soufflée par Chinatsu, avant qu’une langoureuse guitare saturée ne vienne s’immiscer dans ce slow, pour l’achever dans une ondée de distorsions.
Il n’y a pas de dommages provoqués par cette musique, il n’y a aucune agressivité, bien au contraire, il n’y a pas de révolution, juste des berceuses, c’est juste que Sugar Plant met en exergue le fait que la beauté est là, mais qu’il faut du temps pour la conquérir.

30 mai 2009

Sugar Plant : Trance Mellow



Trance Mellow de Sugar Plant


Sortie : 1997
Produit par Shin'ichi Ogawa
Label : Pony Canyon/World Domination


Il fallait oser mais Sugar Plant n’a pas hésité. Allant encore plus loin dans la langueur jusqu’à atteindre la quintessence de leur style sur ce mini-album, le duo japonais s’offre même le luxe imparable de signer une chanson au piano de plus de vingt minutes ! Vingt minutes ne contenant presque rien d’autre qu’une montée de gamme sur cinq notes, suivi de sa descente, le tout réitéré inlassablement, étirant le moment sans s’arrêter et donnant l’impression de toucher l’infini. « Meadow » est une expérience véritablement entêtante, allant même jusqu’à créer un vertige.
Appréciant développer des climats extrêmement doux et apaisant, à base de trois fois rien, une batterie émoussée, quelques accords à la guitare grattée sporadiquement, une voix légère et angélique, celle de Chinatsu, Sugar Plant signe un recueil de berceuses.
Impossible de ne pas céder à la torpeur lorsqu’on écoute de tels morceaux, comme le profond et pourtant déliquescent « Trance Mellow », son orgue, ses arpèges de guitares joués à la vitesse d’une tortue, ses paroles susurrées qui laissent tant songeur…
Les claviers de « I was you » terminent une chanson, construite sur pas plus que deux accords, mais d’une irrésistible tendresse, tandis que les percussions, la guitare sèche, les échos féeriques et les samples de harpes confèrent un cachet presque magique à « Impure ». Le chant se fait constamment cajoleur, aérien mais tout de même très chaud, comme si Chinatsu souhaitait nous rassurer, nous caresser.
Des berceuses répétitives, simplistes mais d’une pureté à couper le souffle, qui s’égrènent et s’étalent pendant de longues, longues minutes, de manière à hypnotiser l’auditeur, qui n’a plus alors qu’à se laisser aller, fermer les paupières et s’évader dans des pays imaginaires.


Sugar Plant : Happy


Happy de Sugar Plant

Sortie : 1997
Produit par Shini'ichi Ogawa
Label : Wonder Release/World Domination


Tiens, un titre pour une fois optimiste pour un nouveau mini-album de Sugar Plant, c’est suffisamment rare pour le souligner. En effet, le duo japonais accepte enfin de laisser entrer un peu plus de lumière dans leur composition.
Et le résultat est encore plus sublime : les chansons gagnent en rondeur, en chaleur et en pureté. Beaucoup plus rythmées, comme le morceau éponyme « Happy », elles conservent tout de même cette épure qui fait tant le charme de Sugar Plant. L’instrumentalisation sera plus en avant mais la douceur sera toujours au rendez-vous. Tout respire la maturité et la plénitude.
Le superbe « Rise » poursuit l’opus avec son clavier vintage gorgé de magnificence et son groove tranquille, féerique et mélancolique. « Rainy Day » distille quant à lui une ambiance plus feutrée, plus proche du lounge ou du jazz-ambient, qui gagne au fur et à mesure en intensité. Il se fait en tout cas l’écrin idéal à la douce voix de Chinatsu.
Pour preuve de cette nouvelle lumière qui teinte les compositions de Sugar Plant, la guitare sèche et les violons sublimes de « Butterfly », qui démarre de manière brumeuse avant de s’ouvrir progressivement, à la manière des ailes d’un papillon.
C’est une musique à écouter lorsqu’on se sent mal. Une musique pour lendemain de rupture. Il cajole et console. On sèche ses larmes et on se laisse happer par cette lumière qui resplendit. Comme une cure de douceur.
Tout devient alors si évident : la beauté est là, devant nous, sous notre nez, et on avait failli passer à côté. La beauté, on ne la trouvera pas dans le monde, trop violent, trop agressif, trop urbain, on la dénichera alors dans la musique de Sugar Plant, celle-là même capable de nous faire vibrer tout en nous relaxant, et la seule du reste à le faire…