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20 avril 2008

Fiche artiste de Lucie Vacarme


Lucie Vacarme

Point de départ d’une certaine frange du rock français, Lucie Vacarme montra que l’on pouvait mêler sens mélodique avec une certaine radicalité musicale. Et faire tout cela sans se gargariser d’intellectualisme, mais tout en restant de grands enfants. Car finalement c’est tout ce qu’étaient Patrice (basse), qui fit parti également des Dirty Hands, Valery (batterie), celui qui s’occupait des pochettes, et qui fut aussi à l’origine de La Fossette de Dominique A, Michel (guitare) et David (guitare et chant). On retrouvera Michel Cloup au sein de Diabologum.

21 février 2008

Lucie Vacarme : Milky Way

Milky Way de Lucie Vacarme

Sortie : 1992
Produit par Michel Cloup
Label : Lithium

On peut vouloir faire les crétins sur scène, s'abrutir à laisser couler les distorsions, rien n'empêche d'avoir malgré tout un sens artistique et de posséder une grande aisance. Cet album en est la preuve. Les guitares bouillonnent comme jamais, crachent et exultent, ça part dans tous les sens, c’est un concours de celui qui fera le plus de bruits, mais pourtant il se dégage une incroyable maîtrise technique. 
Étonnant d'ailleurs que cet album ait été à ce point oublié. Alors bien-sûr, on rétorquera "mais si ! bien-sûr, je connais ! il y a Michel Cloup qui joue dans ce groupe, et tout de même Michel Cloup, ce n'est pas rien, Experience, Diabologum, c'est culte !". Certes, mais qui se souvient qu'auparavant, avec Lucie Vacarme, il a participé à un des plus grands albums shoegaze français ? Peu de monde. 
Comme si le shoegaze en France, ça n'avait jamais existé. Dans la tête de la plupart des gens, le shoegaze, un genre aussi futile et enfantin, ne peut pas avoir accouché de synthèses expérimentales et intellectuelles par la suite. Et pourtant...
Et pourtant avec Lucie Vacarme, Michel Cloup et les siens s'amusent comme des petits fous. Des titres comme "Superstar" ou "Kelly Kiss" (avec Kim Gordon de Sonic Youth en guest star) sont survitaminés, frais, rapides et effrénés, rien de plus. Les guitares sont déformées, distordues comme tremblotantes ou mal enregistrées, elles peuvent excéder dans le déchaînement de violence, parfois de manière sporadique, parfois de manière continue. Avant que de temps à autre, ça ne ralentisse, pour qu'on puisse distinguer le voix, douce, fatiguée et négligée. C'est une chance d'avoir un tel album et c'est une honte que personne ne s'en rende compte !
Alors que les délires étaient parfois difficiles à suivre sur leur premier maxi, ici, on sent davantage de portance et de poussée vers les mélodies. C'est plus chaleureux, plus lumineux, plus fluide, sans pourtant qu'il y ait moins de bruits, bien au contraire. D'ailleurs, les guitares peuvent vrombir  devenir grasses, évoquant les débuts des Smashing Pumpkins, à l'époque du méconnu (et superbe) Gish, comme sur "Souffle incandescent", superbe.
On sent que les musiciens ont pris en maturité, capables de signer quelques uns des plus beaux morceaux shoegaze, qu'ils veulent avant tout partager leur plaisir et leur passion, plutôt que de se cantonner dans des élucubrations stériles. La production, avenante, bouillante et surprenante, peut aboutir à des résultats, tels que "Rien n'a d'importance", très distordu, un peu punk, mais évoquant fortement My Bloody Valentine, ou encore  "Du caramel roux", morceau génial où l'intro lente évoque par contre presque du Slint et le post-hardcore à venir.
Malgré tout, le sens de l'expérimental subsiste toujours. Avec un peu plus de discernement peut-être qu'à leur tout début, les membres toulousains démontrent que la saturation shoegaze n'est pas qu'un plaisir futile, il est aussi une volonté de se démarquer. Preuve en est avec "Massacrer le temps", ballade plutôt bizarre, massacrée, saturée, au texte surréaliste et au chant passablement faux. Ou encore ce morceau fleuve de près de douze minutes ("Longue vie"), compliqué et presque exténuant.
Alors on pourra toujours reprocher à ces jeunes-là d'avoir voulu faire du bruit pour se prendre la tête, de n'avoir pas faciliter l'écoute ou de s'être inscrit en contre-pied des chanteurs à texte, spécialité si française, mais, franchement, lorsqu'on tombe sur un morceau aussi divin que "Immobile", que demander de plus ? Une intro tout en tension, presque insoutenable de plaisir, puis une surcharge instrumentale, un apport des guitares sèches et des tambourins, c'est un pur régal ! On dirait du Boo Radleys, c'est dire !

14 novembre 2007

Lucie Vacarme : Metalvox EP


Metalvox EP de Lucie Vacarme

Sortie : 1991
Produit par Lucie Vacarme
Label : Lithium


Lorsqu'on est étudiants et que l'on reprend le "Freak Scene" de Dinosaur Jr (à l'époque totalement underground), on ne peut pas dire qu'on met tous les atouts de son côté pour percer. Déjà donc, le but de ces toulousains ne se situaient clairement pas dans la recherche de reconnaissance. Désireux de pousser le rock dans ses derniers retranchements, il s'employa alors à pratiquer une musique archi-criarde, saturée et brouillonne, à la limite de l'audible, notamment en concert. Comme il fallait bien commencer quelque part et qu'à l'époque son groupe était à la recherche d'une identité propre, les comparses estudiantins allaient plutôt fouiner du côté des bruitistes, de Sonic Youth à My Bloody Valentine, en passant par Mercury Rev. Le résultat ne fait donc pas dans la dentelle. Et malgré le soutien de Lenoir, Lucie Vacarme resta dans l'ombre et le reste encore maintenant, même si le guitariste Michel Cloup (avec Diabologum ou Experience) jouit d'une autre aura désormais. En effet pas énormément de jeunes écoutaient ce genre de musique, si loin des morceaux frelatés servis en soupe tiède à la radio.
Il fallait oser, pour le coup, écrire un titre comme "Encore Stéphanie", massacre sans ménagement, avec ses longs slides crispants, son riff entêtant et ses accélérations, sous lesquels se dégagent, chantée d'une voix douce, voire inaudible, des paroles en français, dont on ne comprend finalement pas un mot, tant tout est enseveli sous un nuage de distorsions tordues et tarabiscotées. On le jurerait pourtant : il s'agit bien de pop !
Cette radicalité en matière de recyclage des influences est une des particularités de Lucie Vacarme. Ainsi le vif "Freak Scene" sera chanté non pas d'une voix nasillarde, mais plutôt fatiguée et nonchalante, à la manière des groupes shoegaze. Le groupe se place d'emblée et sans le savoir parmi les défricheurs français. Les travaux sur le son, le collage des mélodies, le détournement, la perversité (en témoigne "Metalvox", ses solos distordus, ses guitares lourdes, sa rythmique instrumentale et surtout ses dérapages) serviront de mouture pour Diabologum, le futur projet de Michel Cloup.
En attendant de devenir un artiste conceptuel reconnu, le guitariste n'était alors qu'un étudiant amoureux de ses idoles et désireux de ne rien faire comme personne. Il y a une certaine manière de prendre les choses par-dessus la jambe chez ce garçon. Jouer fort, bruyamment, en cassant les mélodies (ces sirènes stridentes qui oscillent en permanence) mais s'en moquer, faire comme si ce n'était pas important comme si la vie n'en dépendait pas, car finalement la vie est morne mais vaut mieux en rire. Du coup, des paroles aussi naïves que "je ne regarde que toi mais tu ne me vois pas" prennent une tout autre tournure lorsqu'elles sont lâchées doucement au milieu d'un bordel sonore sans nom. Le morceau "Essaie De Comprendre", un de leur plus célèbre, est symptomatique de l'esprit du groupe : dialogue de mélodies à la guitare, couplet enchanteur, d'une langueur incroyable, rehaussé par des chœurs féminins en arrière fond, tout en étant écharpé par des distorsions foldingues. On vibre au beau milieu d'un univers mutin, infantile et capricieux. Voire passionnel. A l'image des shoegazers. Le morceau se lâche sur la fin et finit complètement sous le coup de crispations fracassantes, avant que les chants savoureux réapparaissent.
Comme si les quatre de Lucie Vacarme disaient aux gens : "Vous avez mal aux oreilles ? Et bien tant pis, parce que nous, on adore ça !".