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26 août 2008

Fiche artiste de Bang Bang Machine



Bang Bang Machine

Il est impossible de catégoriser Bang Bang Machine ; c’est un groupe hors du commun qui a brassé énormément de styles pour avoir le sien propre, unique et incomparable. Tout autant basé sur la dance et l’ambient que sur le psychédélisme, le grebo ou la dream-pop, le groupe n’est pas vraiment dans le shoegaze. Mais il n’empêche que leur goût pour les grandes nappes sonores, l’évanescence et les vocalises de déesse, semble indiquer qu’ils y ont puisé largement leurs influences.
Rassemblés en 1989 à Evesham en Angleterre, Elisabeth Freeth (chant), Stan Lee (basse), Lamp (batterie) ainsi que Steve Eagle (guitare), dont on ne soulignera jamais assez le jeu éclairé et l’inventivité de la composition, ils enchaîneront les galères, quémanderont quelques sous pour de rares sessions d’enregistrement, se dépatouilleront aux manettes en autodidactes, avant d’être enfin reconnus en 1991 grâce à une improbable démo, le culte « Geek Love ». Lamp reconnaîtra : « ça nous aura juste pris trois ans afin d’être enfin sur pied ! »[i]. En effet, la chanson tombe par hasard entre les mains de John Peel. Soufflé par ce style improbable et ce vent de psychédélisme sexy et ravageur, il s’empresse de la diffuser dans son émission.  Il faut dire qu'il y a de quoi : un rythme robotique, une basse prenante, des refrains éclatants, un mélange subtil entre le sens de l'accroche de la pop anglaise et ce son hybride électro, des boites à rythme héritées de la dance music et de Madchester, des guitares folles... Et puis la voix d’Elisabeth Freeth, diva incroyable, qui se fait tour à tour enjôleuse ou vigoureuse. Un véritable appel à l’évasion et à l'hédonisme, écrit sous forte dose de LSD.  John Peel dira d’eux : « Même s’ils ne font pas d’autres albums, ils auront achevé là bien plus que nous tous au cours de notre vie. »[ii].  « Geek Love », tiré de la nouvelle de Katherine Dunn, traitant du milieu du cirque, inclura également quelques samples du film « Freak » de Todd Browning. Le single fut n°1 à sa sortie, Fire Records le plaça parmi les vingt meilleures chansons de tous les temps, et il permit au groupe de signer sur Ultimate, avant d’enchaîner de nombreux concerts, notamment avec The Telescopes ou Catherine Wheel. Pour Elisabeth Freeth : « On a fait quelques apparitions dans des émissions de télé et on a commencé à avoir pas mal de fans en Angleterre et ailleurs en Europe. C’était vraiment une période fantastique. »[iii]
Leur premier album, Eternal Hapiness sortira en 1994. Bien plus qu’un trip, il en sera la définition. Un véritable appel à l’évasion et à l'hédonisme, écrite sous forte dose de LSD. Lamp expliquera : « Je pense que la raison pour laquelle notre musique marche, c’est que nous naviguons dans des styles différents. (…) On a toujours dit qu’on devait se diversifier le plus possible. »[iv]
Stricto senso, on peut débattre longtemps pour savoir si ce groupe fait partie du shoegaze ou non. Un peu trop rock, un peu trop électro, peu importe, il y a la voix, et ce même attrait pour la surenchère. Ce qui est à noter, c’est que ces musiciens vivaient leur psychédélisme. Malheureusement, l’album n’eut aucun succès. Steve Eagles regrettera : « On a complètement oublié nos chansons. Elles n’ont jamais vu la lumière du jour et on avait presque fini par se convaincre qu’elles étaient perdues à jamais. »[v]. Un deuxième album, Amphibian en 1995, plus orienté rock, faisant la part belle aux guitares, n’y changera rien, Bang Bang Machine se sépare sans que personne ne s’en rende compte.



[i] Lamp, source illisible, [en ligne] https://www.facebook.com/Bang-Bang-Machine-171987049554681/photos/
[ii] Propos de John Peel rapportés par Kate Yates, [en ligne] https://www.facebook.com/Bang-Bang-Machine-171987049554681/photos/
[iii] Elisabeth Freeth citée par Kate Yates, op. cit.
[iv] Lamp cité par Ben Willmott, sur Pulse, 29 mai 1992, [en ligne] https://www.facebook.com/Bang-Bang-Machine-171987049554681/photos/
[v] Steve Eagle cité par Neil Watts sur Evesham Journal, [en ligne] https://www.facebook.com/Bang-Bang-Machine-171987049554681/photos/

1 avril 2008

Bang Bang Machine : Eternal Hapiness

Eternal Happiness de Bang Bang Machine

Coup de coeur !


Sortie : 1994
Produit par Graig Leon
Label : Ultimate


Sans conteste, le groupe a réussi à concilier les ambiances éthérées de la dream-pop au rythme infernal et au goût pour le psychédélisme de l’ambient, initiant bon nombre de groupes par la suite en Angleterre. « Give you anything » est superbe à ce titre : son riff méchant, accrochant, son rythme groovy et surtout son refrain génial, avec son petit hoquet inimitable dans le chant, sont les ingrédients d’un mélange de majesté et de douce folie dont les effets persistent bien après l’écoute. La musique de Bang Bang Machine est si addictive qu’on en redemande encore et encore.
Parfois épique (ah ! les neuf minutes cosmique de « 16 years », véritable voyage à lui tout seul), souvent épatant (« Lovely Lily »), l'album confirme le talent irrésistible de ce groupe à marier douceur et vertige. C'est la moindre des choses lorsqu'on est capable de tailler des hymnes survitaminés (« God based angels on you »), tout en passant du vaporeux au virevoltant en quelques secondes et sans vergogne. Il faut dire qu'il y a de quoi : un rythme robotique, une basse prenante, des refrains éclatant, un mélange subtil entre le sens de l'accroche de la pop anglaise et ce son hybride electro, des boites à rythme héritées de la dance music et de Madchester, des guitares folles... Un véritable appel à l’évasion et à l'hédonisme, écrite sous forte dose de LSD. La mort du punk est contenue là, comme l'annonce d'une nouvelle ère, celle du chant de la danse et de la futilité. Ce n'est plus qu'un tourbillon : des titres planant, dansant, atmosphériques parfois, bourrés d’harmonies vocales de toute beauté, de rythmes robotiques et de saturations.
Même si globalement, au travers des boites à rythmes, Bang Bang Machine voue un culte immense à l’ivresse que peut procurer la musique artificielle et l’univers des boites de nuits, le groupe se love bien souvent dans une lenteur cosmique. Et que dire du chant de la mythique Elisabeth Freeth ? Pure, légère, envoûtante, déstabilisante, grave, cette voix de diva de la nuit nous transperce et nous chamboule. On se mettrait à genoux devant une voix aussi sublime. C’est le cas de « A Charmed Life » où la voix céleste de Elisabeth Freeth superpose son lyrisme à la langueur du tempo, s’égrenant à l’aide d’une basse ronde, style reggae, et de slides aériens. On s’abandonne et on se laisse transporter, il n’y a plus qu’à suivre ce chant emporté, majestueux, ces éclairs de guitares saturées, ce riff répété, ces slides rêveurs et ces « houhous ! » irrésistibles (« Technologica »), hymne parfaite à l’hédonisme. Le monde de Bang Bang Machine, chimérique s’il en est, est celui du refus de se plier aux exigences sempiternellement décevantes de la réalité. En témoigne « 16 Years », qui fait référence à Stefan Kizko, accusé à tort de l’agression et du meurtre de Lesley Molseed, fait divers sordide qui fit les unes en Angleterre.

A noter, deux titres placés en bonus : le single « Geek Love » en version longue, et un « Godstar », punchy et lumineux, hommage aux Rolling Stones, reprise du groupe culte Psychic TV, pour terminer l’album dans l’irrévérence.