Astreal
Sans doute le groupe le plus représentatif de la scène indépendante de Singapoure. Anciennement Breed, il change de nom et de style lorsque arrive la chanteuse Melissa Lim en 1992. A partir de ce moment-là, avec Muhammad Alkhatib (guitare), Will Da Silva (basse) et son frère Alwin Lim (batterie), ils décident de reprendre le style de leurs groupes favoris : My Bloody Valentine, Lush ou encore Curve. Cela durera quelques temps jusqu'au départ de Melissa en 1999.
William prend alors la guitare tandis qu'il recrute Ginette Chittick au chant. Les lives deviennent de plus en plus énormes et expérimentaux. Mais le groupe souhaite s'enfoncer dans le post-rock et l'électro pour aller au bout de leur démarche, ce qui lassera William. Divers départs et remplacements durant le début des années 2000 mettra un coup d'arrêt au groupe. Qui reprendra ses activités en 2017 pour le plus grand plaisir de leurs fans.
Shoegaze pour "regarder ses chaussures". Ce terme anglais fut employé pour désigner les groupes rock qui apparurent dans les années 80-90, menés par My Bloody Valentine ou Ride, et qui pratiquaient une musique remplie de saturations et de mélodies sucrées, à base de vocalises béates. Ce blog musical est entièrement dédié au mouvement shoegaze et comprend toutes les chroniques des productions cultes de cette période.
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23 avril 2015
6 janvier 2015
Astreal : Ouijablush
Ouijablush de Astreal
Date : 1997
Production : Muhammad Alkhatib
Label : Pony Canyon
Date : 1997
Production : Muhammad Alkhatib
Label : Pony Canyon
Un univers artificiel, dessiné d'entrée par des distorsions qui surgissent progressivement du silence, puis un rythme en mode turbo jaillit subitement et des saturations dévalent (« Just a dream »). On dirait une ambiance de boite de nuit à l’époque où le trance goa faisait fureur en Asie. Seulement la voix est là, savoureuse, calme, reposée et ensorcelante. Melissa Lim est celle qui confère toute la magie à la musique cosmique d’Astreal. Elle chante toujours de façon si douce quoiqu’il arrive. Elle devient alors une figure centrale, autour de laquelle toutes les mélodies gravitent, sorte de référence entre fille de l’air et incarnation mystique.
Le groupe convoque les astuces synthétiques, beat electro, sample et clavier, pour accélérer le tempo mais l’évanescence reste de mise. « Stay Awake », que John Peel programmera lors de ses émissions, est une adorable chanson typée indie pop, évoquant Talulah Gosh ou Heavenly, mais avec des beat programmés assez rapides. Même chose avec « Vir-Uno », où les ordinateurs permettent d’accélérer le rythme et de s’offrir des saturations constantes. A chaque fois, Melissa Lim rayonne de par sa majesté. C'est tous nos sens qui se noient dans cette (fausse) innocence vaporeuse.
Féérique, spatiale et pleine d'emphase raffinée, la musique de cette formation culte de Singapour (qui s’est reformée vingt ans plus tard !) met en scène une sorte d'apologie de la rêverie. Avec les nappes grésillantes du splendide « Wait » et son petit riff entêtant qui appelle à s’évader, on stoppe tout blocage, on élimine tout ce qui est toxique et on décolle vers un nouvel espace apaisé et poétique, emporté par les chants, masculins et féminins, tranquilles et sucrés.
La mollesse est d’autres fois à son comble tout comme le raffinement. Les titres nuageux et ensorcelants sont remplis de claviers atmosphériques et d'instruments dessinés comme des volutes complexes et étranges (le splendide « Barbed Wire »). Influencé par la dream-pop de Pale Saints ou Slowdive, le groupe délivre une vision très personnelle de la beauté. Quelque chose d'infiniment profond comme d'infiniment apaisant aussi. « To the velvet » offre un tryptique basse / guitare féérique / guitare sèche à la beauté reposante, comme sait aussi le faire Sugar Plant. Tandis que « June 12 » garde un rythme lent avant que des tempêtes sonores viennent le secouer.
Sublimée par la voix sylphidienne et angélique de Melissa Lim, la musique d’Astreal est avant tout un hommage, authentique, à l’espoir. L’album se conclut d’ailleurs sur une note plus insouciante et juvénile. « Take my hand », plus frivole, est basé sur un clavier cheap, qui rappelle les années 80, et dévoile des mélodies délicates et menues, presque joyeuses. On dirait un morceau twee. Derrière la volonté d’évasion et de contemplation d’espaces nouveaux, il y a avant tout cet optimisme qui habite le groupe.
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