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26 février 2018

Fiche artiste de Ultracherry Violet

Ultracherry Violet

Les trois hommes de Washington DC, Dan Marx, Dugan Broadhurst et Danny Ingram, ont signé sur la label Bedazzled en 1992. Comme The Curtain Society, Difference Engine dans le shoegaze, ou Siddal, An April March, Mistle Thrush, Strange Boutique dans le gothique, ils ont participé à la renommée du label.

14 février 2018

Ultracherry Violet : Ultracherry Violet EP

Ultracherry Violet

Sortie : 1992
Autoproduit
Label : Aucun

"Losing my friends", avec ces échos de cloches d'église, rêveuse, cette voix légèrement traînarde et vaporeuse, puis ces saturations tranquilles, distille un parfum légèrement mélancolique. On le devine lorsque la chanson se suspend, qu'on entend presque plus rien, puis les déboulées reprennent pour tout écraser. 
Ultracherry Violet est presque un groupe masochiste. Il aime parler de sujets blessant, de ses doutes existentiels et de ses angoisses, de légèrement trembler au moment de passer au micro. Et de recouvrir le tout par des saturations lourdes et violentes. La batterie cogne durement et ne s'arrête jamais, héritage du post-hardcore que le groupe semble apprécier, et le rythme est souvent hachuré. C'est flagrant sur le dérangé "Wayve", inlassable et au riff anguleux.
C'est à peine si on distingue encore les restes de pop de ces jeunes américains qui n'en étaient qu'au début : "Yawn to smile" semble en posséder les codes (refrain enjoué et reprise en choeurs), mais Dungan Broadhurst n'est pas encore assuré dans son chant tout en douceur. Et de toute manière la chanson plie sous le poids des guitares. Quant à "This girl I know", si l'intro est le signe d'un onirisme certain, tout comme les voix ou les échos, la noirceur des riffs ne laisse que peu de place à l'engouement.
Sur cette cassette autoproduite, le groupe livre là quelques titres ébouriffants. A la croisée entre le shoegaze et un post-rock plus dur. Qui aurait mérité sans doute un autre sort que d'être logé parmi les curiosités introuvables.

Ultracherry Violet : Remember EP

Remember EP de Ultracherry Violet

Date : 1993
Producteur : Tony French
Label : Bedazzled

Même si « Remember » s’ouvre sur des nappes flottantes et un chant tout en souffle, Ultracherry Violet distille une espèce de violence sourde absolument confondante. Les guitares saturées, énormes, tombent lourdement, de tout leur poids, sur des incantations volatiles. Les trois hommes de Washington DC, Dan Marx, Dugan Broadhurst et Danny Ingram, semblent victimes de leurs propres déferlantes, tant le mur du son qu’ils ont façonné leur échappe et écrase tout. Ce n’est pas le maigre passage assagi, alimentée par une seule basse, qui offre une respiration. 
Cette tendance à l’écrasement et au montage cathartique finit par instaurer une ambiance confondante, chère au label Bedazzled, maison-mère durant les années 90 de tous les amoureux d’évasion et de gothisme.
L’autre morceau est encore plus effrayant. « Anything is feasible » est lent, obscur, sombre, puis l’arrivée de la batterie introduit une grosse tempête de guitares, ralentie, sûre d’elle-même. Les voix sont apprêtées, chevrotantes, soufflées, lyriques. Puis on a le droit à une coupure pour un passage flottant et rêveur, agrémenté d’une basse sourde et angoissante. Puis un nouveau déluge arrive, infernal, purgatif. Avant de se conclure par des distorsions, ponctuées par une batterie frappée durement et calmement. C’est le chaos, mais le chaos maîtrisé, ce qui est encore plus impressionnant, comme une démonstration lovecraftienne.  Cela fait longtemps que c’en ait fini pour les paroles…
On finit l’écoute avec la chair de poule, un peu sonné, par ce vacarme d’une telle beauté glaciale.

28 mars 2016

Ultracherry Violet : I fall to pieces

I fall to pieces de Ultracherry Violet

Sortie : 1994
Produit par Tony French
Label : Bedazzled

Le groupe s'est enfoncé dans l'obscurantisme et la complexité. Les moments de violence se font plus rares, mais lorsqu'ils surviennent, ils commettent bien plus de dommages. Et cela parce que justement, ils surgissent après des moments de silence ou de calme ou de dérives soporifiques. Le tempo peut d'ailleurs ralentir presque jusqu'à l'arrêt. Les notes de guitares sont espacées, à peine grattées, pour se prolonger dans le silence, sans qu'il n'y ait d'ailleurs de sons de batteries, à part quelques cymbales frappées doucettement, le chant est atonique, ça joue sur les crescendo en faisant monter l'intensité, avant de la suspendre, puis tout à coup, sans sommation, les guitares lourdes sont lancées et écrasent tout ("I think you're lying to me"). Ces moments où le groupe joue avec les nerfs de l'auditeur s'étendent souvent sur plusieurs longues minutes, au-delà des cinq, six, parfois sept minutes. Une vraie torture psychologique. 
Les intros sont obscures, pesantes et distillent un climat hostile, proche du post-rock ou de la dream-pop la plus contemplative. Parfois même, il n'y a plus de chant. Juste des instrumentaux ténébreux et gresillant ("Post-Wing and Prayer"). Référence au sein du label culte Bedazzled, on devine toute l'influence qu'a pu exercer le combo sur des formations de shoegaze et space-rock comme Jessamine, Bethany Curve ou 7% Solution.
Lorsque le groupe se défoule, on a le droit à des furies, proche de l'emo ("Mexico Song") ou confondant de noirceur (l'hyper saturé "Remember"), mais jamais le désenchantement n'est jamais très loin. Bien vite, la mollesse dans le chant l'emporte, les suspensions durent de plus en plus longtemps et les chansons prennent un petit air de jazz maladif ("Losing my friends").
Ces garçons font subir à ceux qui les écoutent les mêmes souffrances dont ils sont victimes eux-mêmes. Rien n'est lisible, rien n'est gagné d'avance, rien n'est lisse. Lorsque l'époustouflant et impressionnant "I'm gonna burn" démarre, avec sa basse frénétique, ses déboulées de saturations et son chant soufflé, le propos est clair. Mais lorsque les riffs s'épuisent et que les coups à la caisse prennent un rythme beaucoup plus martial, le ton change et c'est comme si on s'enfonçait encore plus dans le marasme existentiel. Les vocalises sont toujours suaves mais cette fois-ci, elles se font plaintives et déclamatoires. Puis c'est la reprise de la frénésie et tout ce qu'on distingue derrière ce mur du son dingue, ce sont des hurlements de fous, qui s'éteignent d'un coup, en laissant derrière eux, des distorsions fantomatiques.
Un album difficile et effrayant.