14 décembre 2011

Les débuts des Jesus and Mary Chain (première partie)

Construire sa légende

Lorsque Londres vit arriver les frères Jim et William Reid, le monde cria au scandale. Les concerts ne dépassent jamais un quart d’heure. Avec leurs copains, ils avaient monté un groupe venimeux, terrible, qui accouchait de mélodies inaudibles laissant des stigmates pour des semaines, un groupe qui maîtrisait à peine trois accords mais qui les secouaient sous des larsens à n’en plus finir, un groupe abonné aux drogues les plus dures et aux pulsions auto-destructrices. Il faut peu de temps pour que la bien mauvaise blague devienne vite un culte. Les rumeurs filent bon train et le mythe commence à se répandre comme une trainée de poudre. On parle d'un groupe aux instruments rudimentaires, dont le son est impossible à écouter sans se détruire les oreilles et qui préfèrent tourner le dos au public !
Mais The Jesus and Mary Chain (car tel était leur nom) était bien plus qu’une simple affaire de poivrots. Beaucoup ont décelé dès ces premiers instants, ces ébauches de sons noisy, ces tentatives maladroites de provoquer, une trace de génie, cette sorte de fulgurance à écrire des mélodies et à sentir la musique comme personne d’autre. Pour Neil Taylor, célèbre journaliste et un des premiers à les avoir couverts : « j’avais écrit un article sur leur premier concert au Three Johns club à Illington. On avait été à peine vingt et une semaine plus tard déjà deux cents personnes se revendiquaient d’y avoir assisté. Pour moi, ils étaient la plus grande sensation que j’ai écoutée depuis Joy Division. ». Seulement, pour l’instant, difficile de partager un tel avis, puisque chaque show finissait en rixe, souvent intrépide. Et la réputation sulfureuse du groupe se façonne plus autour de la brutalité que de leurs chansons.
Joe Foster, fondateur de Creation Records, s’en souvient encore. A propos d’un concert en 1985 qui a fini par mal tourner, il témoigne : « C’était le chaos et la folie. Dave du groupe Biff Bang Pow et moi on s’occupait d’accueillir les gens à l’entrée. Je suis rentré pour vérifier un ampli durant le concert et là, j’ai vu Jim Reid qui était en train de se faire jeter dehors par certains abrutis du club de rugby qui voulaient se battre dans la rue avec lui. Je me suis jeté dans la mêlée comme si j’étais Iggy Pop et on a réussi à s’échapper, seulement pour être empêché de regagner le concert par les gars de la sécurité, avec qui on a du se battre aussi ! Ça a dégénéré et la salle a été saccagée. Karen Walker a reçu une bouteille lancée par le public. Je l’ai emmenée aux urgences. Mais là-bas elle a été reconnue et attaquée par un fan qui avait été blessé durant le concert lui aussi ». Ce qui résume bien l'esprit dans lequel baignait le groupe écossais.
The Jesus and Mary Chain explosa les habitudes conventionnelles en un ahurissant mariage entre le blanc et le noir. Le blanc d'une certaine splendeur miraculée et le noir d'une violence sans borne et sans limite. Pour revenir aux fondamentaux qui font tout : drogue et sexe, mâtinés d'un peu de drogue encore, pour la légèreté. Le résultat est déconcertant : les acouphènes durent bien plus longtemps que leurs concerts.
Mais ce n'est pas un souci, car le génie se reconnaitra dans ces quelques accords que les frères Reid connaissaient sur le bout des ongles, et surtout sur leur façon de les détourner pour les réduire en lambeaux sous un déluge sonore brutal. Un retranchement qui s’accompagne de peu d’effort pour être conciliant avec le public. Les cheveux dans les yeux, tournant le dos pour boire et fumer, captivés par les amplis, les membres du groupe ajouteront de manière ostentatoire un manque d’intérêt pour le spectacle.
Cependant, ces sales gosses ont déboulé à l'heure où on n'attendait guère plus grand chose du rock. Ce qui a été vécu presque comme une libération. « La musique de cette période nous consternait, reconnait Jim, beaucoup de gens ont cités les groupes qui nous ont influencé, mais il y en avait aussi beaucoup qu’on détestait et qui nous ont poussé à monter un groupe aussi ! Je me souviens que le NME était gaga de Kid Creole & the Coconuts. Et on a pensé « On les emmerde ! ». Cela n’avait aucun sens dans les pages du NME. Il semblait qu’il y avait de plus en plus de groupes merdiques autour de nous. Alors nous avons pensé : « merde, il n’y aucun groupe dont j’ai envie d’acheter les disques, alors allons-y, faisons-le nous-mêmes et montons un groupe ! » ».
Pourtant il est difficile d’émerger dans la ville d’East Kilbride, une des villes écossaises construites après la guerre, peu connu pour son activité musicale. Jim évoque : « ce n’était pas forcément un mauvais endroit pour grandir, mais c’était plutôt ennuyeux. Si tu étais dans la musique, personne ne venait t’aider et tu sentais par contre que tout se passait ailleurs. On a découvert le punk au travers les pages du NME et on s’est empressé d’acheter les disques. Pour nous, cela venait d’une autre planète. »
Car on retrouve avec The Jesus and Mary Chain quelques similitudes avec le crédo punk : un instinct visant à tout saboter, ses performances, ses chansons, les autres, soi-même. D’ailleurs ils seront comparés très vite aux Sex Pistols. Renversant les poncifs mielleux de la pop anglaise, ils galvauderont les règles et consacreront leurs temps à jouer en impro, avec peu de moyens et une technique rudimentaire.
A superposer avec leur origine prolétaire. Car si le premier concert eut lieu en 1984, la première étape franchie fut de d’abord quitter leurs boulots respectifs. Issus des classes modestes d’Edingbourg, ville qui n’ont jamais quitté durant leur enfance, ils se tournent vers là où tous les jeunes se tournent en ces temps de chômage : l’usine. William explique : « On travaillait à l’usine. Jim était chez Rolls Royce Aéronautique lorsqu’ils fabriquaient les pièces pour l’avion de Boeing, et je travaillais moi dans une fabrique de feuilles de métal, ce qui était un job terrible car j’avais toujours peur d’y perdre mes doigts. »
Les frères Reid auraient pu continuer indéfiniment s’il n’y avait pas eu dans le même temps la naissance du punk. « Quand on a entendu les Sex Pistols, cela a changé totalement notre attitude. Avant les Sex Pistols, les Clash et les Ramones, je croyais que pour être musicien il fallait être aussi bon que les Beattles ou les Rolling Stones. Le punk a été une révélation pour nous. Tout ce dont on avait besoin, c’était une guitare pas chère, quelques cordes et beaucoup d’imaginations. ».
Malgré le dégout de leurs parents, les frères se mettent en marge de la société et la première année sabbatique se transforme en deux, trois puis quatre années erratiques. William se souvient : « c’était étrange. Je n’aurai jamais cru faire de la musique ensemble. Je ne voulais pas être dans un groupe avec mon petit frère mais lorsqu’on écrivait des chansons, elles se ressemblaient tellement que ça semblait une évidence. ». Ils enregistrent dans leur chambre, avec un 4-pistes, mais la structure de base ne sera achevée qu’avec la venue de Douglas Hart, jeune bassiste qui partageait les mêmes goûts. « J’avais l’habitude de trainer avec Jim, raconte Doug, pourtant plus jeune de quatre ans, mais William était souvent dans ses parages. Ils avaient une chambre minuscule et n’arrêtaient pas de se battre. ». « On a très vite adopté Douglas parce qu’il était un des rares dans East Kilbride a être dans le monde de la musique, avoue Jim. Il semblait que tout le monde allait dans la même direction, et que ceux qui allaient en sens inverse étaient faciles à repérer. Ils n’étaient pas nombreux. On a bien eu Murray Dalglish comme batteur mais ce n’était qu’un gamin (16 ans à l’époque), il n’était pas réellement comme nous, il n’avait jamais travaillé avant. »
Avec cette première monture, ils travaillent sur leurs compositions et mettent en place ce son si caractéristiques, à base de larsens et de distorsions. Jim se souvient : « nous avons emprunté un centre communautaire comme salle de répétition. Les mardi soirs, ce seraient de vieilles dames qui joueraient au bingo, et la nuit suivantes, ce serait nous qui jouerions. Il y avait un demi-mile entre le centre et là où nous habitions, et il fallait amener le matériel là-bas. On a alors fixé des roulettes sous les amplis et nous les avons poussés sur la route avec les guitares posées dessus. Les gens pouvaient regarder de leur fenêtre et voir des types maigres avec des lunettes de soleil s’échiner à bringuebaler leur putain de matériel sur la route. On devait aller jusqu’à là-bas, jouer pendant une demi-heure puis rentrer chez nous. »
Influencés par le Velvet Underground, les frères progressent lentement et au bout de cinq ans, ils ne possèdent qu’une poignée de chansons décentes. Ils enregistrent une démo bricolée chez eux et les soumettent à London Records. Lorsque la maison de disque les appelle pour leur demander leur nom, ils proposent « The Poppy Seeds ». La maquette n’impressionne guère. Ils se mettent alors d’accord sur le fait que la prochaine chose à faire était d’organiser un premier concert. Mais pas chose facile à Glasgow. « A l’époque, il y avait une scène musicale dont on ne faisait pas partie ; il était très difficile de mettre un pied dans la porte. Ils voulaient tous des jeunes blancs qui pratiquaient une musique proche de la soul (comme Orange Juice ou Joseph K – note de l’auteur) et ce n’était pas notre style, alors personne ne nous autorisé à jouer en concert. Nous commencions à être découragés
Il n’y eu qu’une seule personne qui reconnaitra derrière cette pagaille une volonté de rester fidèle à ses idéaux et de s'ériger en contre-modèle, et au delà, un talent certain. Et cet homme-là, c’est Alan McGee.
Ce jeune rouquin d’à peine 20 ans, écossais lui aussi (ceci expliquant cela), qui gérait un club londonien et un groupe à peine connu, Biff Bang Pow, n’allait pas se rendre compte de la révolution qu’il allait lancer.
Sur la foi d’une simple cassette transmise par un copain, il les invite à se produire sur scène. Une simple bêtise, ou un coup de sang, l’histoire ne sait pas trop, peut-être une décision à mettre sous le coup de la bière, mais qui devint par la suite un coup de génie.
C’est ainsi que le premier concert historique a eu lieu le 8 juin 1984 au Living Room.
Cette prestation organisée par Alan McGee, qui allait être déterminant pour la carrière de Jesus and Mary Chain, n’aurait jamais eu lieu sans l’intervention de Bobby Gillepsie. Douglas Hart raconte l’histoire : « On avait essayé de faire quelques concerts sur Glasgow alors on a donné notre cassette à un type. On n’a pas pu enregistrer davantage de chansons alors la face-b était constituée d’une compilation de chansons de Syd Barrett qu’on aimait bien. Le type ne nous a pas apprécié et a refusé de nous inscrire pour sa soirée, mais il a donné la cassette à Bobby Gillepsie, plus pour la compilation que pour nos chansons. Sauf que Bobby a écouté nos chansons. Il les a aimées et comme il y avait mon numéro de téléphone inscrit sur la cassette, il a cherché à nous joindre. Un jour, alors que je rentrais de l’école, ma mère m’a dit : « Un type a appelé pour votre cassette. Je lui ai demandé s’il vous connaissait et il m’a répondu « pas encore ». Je l’ai pris comme un bon signe. Lorsque Bobby nous a rappelé, il nous a dit qu’il aimait bien notre musique et qu’il allait en parler à un ami à lui, Alan McGee. Peu de temps plus tard, Alan McGee nous a réclamé chez lui, à Londres. »
Malgré les années, Jim Reid considère encore que cette demande, ils la devaient plus à Bobby qu’à leur talent. « Je pense que Alan McGee l’a plus fait par faveur envers Bobby ». Ils décident malgré tout de se lancer et s’installent à Londres. « Si on ne le fait pas maintenant, on ne le fera jamais. »
Voilà ainsi les membres de Jesus and Mary Chain sur la route durant la journée, pour jouer le soir au Living Room de Londres. Arrivés fatigués par la route et passablement ivres, les esprits se sont échauffés lorsqu’ils ont découvert que leur premier concert ne se ferait pas dans une salle prestigieuse, mais à l’étage d’un pub de poivrots ! Jim Reid se souvient : « Fondamentalement, ce fut une journée chaude et on tournait en rond dans Londres en attendant d’effectuer nos réglages de sons. En parlant de ça, c’était juste une blague ! On était dans une chambre au dessus du pub et on n’avait le droit qu’à une chaine stéréo ! On a fait nos répétitions et on était passablement sur les nerfs. Pendant les deux minutes où nous avons rencontré Alan McGee, nous n’avons pas cessé de nous chamailler et de nous gueuler dessus. Il a du nous prendre pour des fous. D’autant plus lorsque nous avons commencé à jouer et à être autant anti-rock ».
D’après ceux qui y étaient, la set-list était composée de reprises, notamment une version méconnaissable du « Vegetable Man » de Syd Barrett ou « Somebody to love » des Jefferson Airplanes. Le groupe joua les yeux fermés, sans se préoccuper des rares personnes présentes, venus siroter une bière en attendant le vrai groupe qui devait se produire à l’étage un peu plus tard. Et le son était à ce point pourri que c’était à peine si on distinguait quelque chose, hormis une bouillie sonore. Avec les membres complètement saouls et un retour d’ampli absolument incontrôlable, les gens ont cru à une blague. « Alan McGee a du nous prendre pour des fous, de vrais psychos. On venait d’avoir une mauvaise journée et le son était affreux. On a fait tout ce chemin depuis Glasgow pour faire ce concert et on a passé notre temps à nous engueuler ! ».
Le groupe était d’ailleurs tellement persuadé d’avoir tout fait foirer, qu’ils furent plus que surpris lorsqu’ils apprirent qu’Alan McGee leur proposait de sortir un single. Pour Jim : « on était d’un naturel méfiant envers toute forme d’enthousiaste, si bien qu’on a cru qu’on entendrait plus jamais parler d’Alan McGee. Mais lorsqu’il a appelé le lendemain, on s’est dit « waou, c’est vraiment en train d’arriver ». Jim continue les souvenirs : « Alan était vraiment enthousiaste, il commençait à nous traiter comme des génies. On pensait s’être tiré une balle dans le pied mais il nous parlait déjà d’albums et de contrats. Il était à fond. »
Sentant le buzz arriver, Alan McGee commence à organiser de multiples concerts dans la capitale. Dès lors qu’un groupe se présente dans un des nombreux pubs du quartier populaire du Camden, il s’arrange pour y coller le sien en première partie. Le bouche à oreille fonctionne vite. Bien aidé par la platitude musicale à l’époque (on était en 1984, autrement dire un trou noir dans l’histoire du rock anglais), le combo venu d’Ecosse allait apporter un vent de fraicheur. Le culot allait leur servir. Ils réveillèrent le public qui commençait à trouver le temps long.
Très vite les Jesus And Mary Chain se verront attribuer la réputation de psychopathes, de terroristes, venus dynamiter le monde trop lisse du rock à coup de décharges soniques et de larsens déflagrateurs. Seulement, croyant découvrir une nouvelle sensation, le public ne fait face qu’à une caricature. Les dommages collatéraux seront nombreux : on viendra aux concerts de ce jeune groupe plus dans l'espoir d'y voir une bonne bagarre que pour écouter de la musique. Car les frères Reid sont coutumiers du fait : devant la colère du public, qui ne comprenait pas qu’on puisse jouer avec de tels distorsions, le groupe répondait par des crachats, des insultes bien senties, des disputes et des démolissions de matériel, auxquels les gens étaient finalement conviés, achevant le pseudo-concert dans une jouxte sans nom. La plupart des participants sont choqués, jusqu'aux programmateurs qui pourront stopper un concert au bout d'une chanson à peine pour prier le groupe de dégager manu militari. Les gérants de salle eurent tôt fait de ne pas se risquer à les mettre en tête d’affiche, sous peine de voir leurs locaux saccagés…
Fin de l’année 84, The Jesus and Mary Chain doit se produire à l’Institut des Arts Contemporain. Comme d’habitude, des bouteilles volent au travers de la salle, ce qui ne manquera pas d’être détourné et décrit comme un début d’émeute. Plusieurs associations puritaines se sont d’ailleurs liguées pour assurer l’annulation de certaines prestations. Le tabloïd The Sun écrira même un article accusant les concerts du groupe que de n’être qu’un concentré de drogues et de violences. Ce qui était à moitié faux. Les écossais étant réputés pour monter sur l’estrade chargés d’amphétamines. Les membres du groupe seront même arrêtés pour possessions de drogues et passeront la nuit en prison en décembre. Jim Reid confessera bien plus tard avoir consommé du LSD.
Malgré tout, on décela du potentiel. L’énergie déployée contrebalançait à ce point la nonchalance que les prestations se transformaient en éjaculation précoce de talent.
Le deuxième concert, the Three Johns pub à Islington, fut chroniqué par Neil Taylor, journaliste au NME. « Depuis longtemps, je n’avais vu un groupe avoir une telle présence sur scène. L’autre fait dont je me souviens à propos de ce concert, c’est que la salle était quasiment rempli d’hommes de Rough Trade ». Une ruse d’Alan McGee… Ce dernier, alors premier manager, invitait patrons de labels et journalistes pour alimenter sa réputation, laissant le concert dégénérer sous leurs yeux. Stratégie payante puisque les magasines parlent de plus en plus du phénomène, se demandant bien quel son allait avoir le premier album.
Mais Alan McGee attend la sortie d’un single, avant d’éventuellement financer l’enregistrement d’un album. Pendant ce temps, sous les conseils de son père réclamant davantage d’argents des concerts, le jeune Dalglish quittera le groupe. Pour le remplacer, ils penseront alors à rappeler leur copain Bobby Gillepsie, celui qui avait transmis à leur démo à Alan McGee. Sans davantage passer de temps à répéter et alors que Bobby ne sait absolument pas jouer de la batterie, ils se rendent compte que Bobby était l’homme qu’il manquait. Douglas Hart raconte : « on est allé répéter avec Bobby à Glasgow de manière improvisée. Il était capable de jouer sur deux caisses seulement tout en restant debout. C’était génial parce que nous avions toujours demandé à Murray d’en faire moins. Lorsque Bobby nous a rejoint, on n’a pas davantage répété mais l’impression était bonne, c’était magique. »
Après avoir fait quelques concerts dans Londres, Alan McGee leur prête l’Alaska Studio, local dédié aux groupes de Creation Records à l’époque des débuts. Quelques mois auparavant leur seule expérience d’enregistrement avait été dans leur chambre. Avec peu de budget, ils ont été obligés de jouer toute la nuit, pour bénéficier de tarifs moins chers. « On devait travailler de minuit jusqu’à sept heures du matin mais cela ne nous dérangeait pas ; c’était déjà génial. L’ingénieur du son qui était là faisait passer le son derrière de gigantesques haut-parleurs Tannoy et tout sonnait de manière incroyable. On a fait cette version de « Upside Down » mais au final cela ressemblait à du Dire Straits. On ne comprenait pas pourquoi jusqu’à ce que quelqu’un nous fasse remarquer qu’avec ces haut-parleurs, on sonnerait comme du Velvet Underground. Donc on a été obligé de revenir et de mixer la chanson. »
Le résultat c’est un déluge… Les guitares dans le rouge sont là pour crever les tympans, rien de plus, aidées en cela par des réverbérations et des effets à profusion. Dès l'intro, tout en bruit blanc, vrillant les oreilles, tout est dit : l'accessit à la beauté ne sera pas chose aisée, et ne se fera pas sans perdre des illusions.
Le vinyle, enregistré pour la modique somme de 250£, s'arracha à prix d'or. Il fut considéré comme une météorite dans le monde musical de l'époque, et bien peu s'en remirent. Une telle avalanche de feedback à s'en casser les oreilles se situait à l'exact opposé des canons imposés d'habitude. Les chiffres atteignent 35000 ventes, le single se classe dans les dix premières places des charts indépendants et y reste plusieurs mois, en faisant un des singles les mieux vendus des années 80, et apportant le premier succès au label Creation Records, dont le patron n’est autre qu’Alan McGee. La légende était née.

1 commentaire:

Uniti a dit…

Tout simplement merci, peut-être la critique du dernier My Bloody Valentine ?