16 mars 2012

Des Garçons Ordinaires : S/t



Des Garçons Ordinaires

Sortie : 1993
Produit par Damien Bertrand
Label : Cornflakes Zoo


Une musique fraîche, hautement personnelle et décalée, aux sonorités à la fois délicates et suggestives. Grâce à ce groupe culte français, c'est toute une frange de timides et d'introvertis qui reprend espoir. Pour une fois leur poésie trouve un écho. Sur le divin "Flower Power" (classique absolu de l’indie pop à la française), Des garçons ordinaires osera mêler des trompettes sans que celles-ci ne se transforment en fanfare infernale mais au contraire en réminiscences d'une volupté inégalable. Ceci grâce à un sens de la cajolerie mélodique absolument enchanteur. Le chant de cette chanson et sa douceur pénètre l'âme et y trouve parfaitement sa place comme la bande-son de tous les malheurs et les peines de cœur. La pop inoffensive de ces garçons ordinaires met du baume et réconforte.
Les romantiques transis apprécieront l’entrainant "Nice Dream", l’évanescence de "Sixteen Cannons", ou les guitares sèches, la basse rondelette et géniale, et cette ambiance tissée par les arpèges qui rappelle le style twee de The Orchids ou d’autres groupes de l’école Sarah Records sur "La la la". Le groupe tentera des arrangements délicats sur "Galaxy", avec des samples de violons, des grosses guitares et effilochant la voix jusqu'à des souffles très suaves, sans s'attirer la honte, tout simplement parce que cette chanson vaut à elle seule tout ce qui a été fait en France. Pour la toute première fois les timides auront le droit à la parole.
Et contrairement à ce que pouvaient penser beaucoup de gens à l'époque, les timides ont des choses à dire. Et savent aussi manier les guitares à la perfection pour tisser de magnifiques mélodies légères et joliment excentriques. Des garçons ordinaires ont ainsi remis au goût du jour une sensibilité apprêtée et désireuse de s'envoler dans un monde romantique et innocent, au milieu d'un monde rock bouffie comme jamais dans ses prétentions mercantiles et agressives.
A la recherche de la chanson pop parfaite, Des garçons ordinaires livrent ici des romances un poil laconiques, mais surtout extrêmement duveteuses et portés par une grande candeur. Beauté étrange, car toujours décalée, souvent soutenue par des saturations étonnantes, mais portée par un halo de lumière sincère. Entre accent pop et voix douces, Des garçons ordinaires ne cessent de jongler, obnubilés à trouver l'harmonie juste, l'ambiance la plus adorable possible, les arrangements les plus modestement surprenant. Les saturations mordantes sur "Funk them all" ou bien le riff prenant et entêtant, l’alternance guitares douces et grosses guitares sur le superbe "Freud’s Hairstyle Technique " sont les ingrédients de ces mini-symphonies de poches, qui ne font même pas de bruits tant elles sont douces. On se damnerait à l'écoute d'un titre comme "Bass Drum", sa divine intro, son riff splendide, ses déboulées vertigineux de guitares qui cachent presque le chant freluquet, sa mélodie à faire pleurer !
A la recherche de la chanson pop parfaite donc. Et on se demande, avec un drôle de ressenti (un mélange d'attachement et de tendresse pour ce groupe), si ce n'est pas avec "Sometimes we smile" que la quête est la plus proche d'aboutir. Les mots ne sont pas suffisamment forts pour décrire l'effet que procure cette chanson : recouvrement parfait d’un moment de grâce à coup de râles affrétés et susurrant et de discrets slides à la guitare acoustique, quasiment emportés et noyés par les saturations.

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