28 janvier 2012

Suredo : Swell EP




Swell EP de Suredo

Sortie : 1992
Produit par Mike Herrström
Label : Ceilidh Productions

On a souvent reproché au shoegaze un certain manqué de lisibilité. Une tendance à rendre la pop plus bruyante et compliquée. Le choix d’un chemin plus tortueux, évanescent, sans fil directeur, au mépris d’une mélodie simple et claire, a pu en effet être mal perçu par les amateurs, davantage réceptif à l’évidence et à une logique carrée.
Mais ce sont ces mêmes travers qui font du shoegaze un genre si unique et si décalée. Une utilisation si particulière des guitares, qui scintillent comme des étoiles, ou tremblotent comme des loupiottes, de façon à distiller une ambiance rugissante et perverse. C’est comme si la beauté voulait s’enfuir, se muer en une autre forme, qu’elle se laissait envahir de glissades.
Les accélérations à la batterie, les intrusions de saturations, les successions de petits arpèges, le mur du son incroyable qui se développe, les interventions féminines, les changements incessant de rythmes et d’ambiances, donne une couleur incroyable à un titre pourtant aussi dynamique que « Harmonizer ».
Au cours de cet EP de seulement quatre titres, qui respectent intégralement le style shoegaze alors en vogue à cette époque, Suredo fait de vrombissement, de hachures, de recouvrement, d’intrusions, des moments de pures grâces infernales. « Levitate my heart » est une vraie démonstration faisant la part belle aux guitares, successivement claires, spatiales, langoureuses, lourdes, déformées, rugissantes, bizarroïdes, métalliques, parfois en même temps. Les mélodies, pourtant claires, s’y noient, se perdent, s’y fondent avec délectation et avec une grâce sans pareille.
Ce premier EP, encore proche de My Bloody Valentine, est un manifeste talentueux en faveur de la pop, brouillon, débraillé et jeune. Cela regorge d’enthousiasme, à l’instar de « Inside your eyes » : guitares claires, chant doux et léger, traversé de saturations qui dérapent, glissent et suintent de mille éclats abrasifs, pour installer et offrir au refrain les apparats qu’il mérite.
« Sonic Atmosphere » (qui porte bien son nom) est un vrai sommet, une des plus grandes chansons shoegaze jamais écrite, totalement représentative du courant, où tout y est. La mélodie est addictive, avec son chant soufflé et ses voix féminines sucrées, elle devient d’ailleurs davantage jubilatoire à mesure que les distorsions viennent s’ajouter ou que la batterie ne se réfrène plus de cogner. Ce titre euphorique est la preuve d’une telle audace ! C’est tout autant complexe qu’ingénu. Il n’y aucune limite aux explosions de guitares, ce qui rend les choses si magiques, on attend plus qu’une chose, c’est d’être entièrement recouvert par ces saturations tout droit sorties d’un rêve.
La scène indé suédoise, à ses débuts, regorgeait de groupes talentueux, adeptes d’un shoegaze vivifiant, électrique, frondeur. Suredo en faisait partie.

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