10 juillet 2011

Blindside : Endless EP


Endless EP de Blindside

Sortie : 1992
Produit par Nick Batterham
Label : Summershine

Ce qui rend Blindside si attachant, c’est leur volonté de vivoter dans un monde merveilleux qui les dépasse allègrement. On sent dans leur musique chevrotante, une grande fragilité, et ce malgré le mur du son imposant qu’ils ont su constituer. C’est que avec leurs guitares électriques et sans autre moyen (pas de claviers, pas de violons, pas de mirifiques artifices), le groupe de Nick Batterhan essaye malgré tout de construire un édifice majestueux, gorgé de lyrisme, d’importance et de majesté. Et c’est avec autant de maladresse effrénée que de volonté farouche que cette musique touche au céleste, approche une gravité sans égale, très précieuse et apprêtée. Trébuchant, sans être tout à fait sûr d’eux, les musiciens se lancent malgré tout vers les sommets, et Nick Batterhan gonfle la voix, la charge de théâtralité, de douceur et de suavité, sans se prémunir d’un manque de justesse absolument irrésistible. Les saturations partent dans tous les sens, comme les coups de batteries, on sent une tension intégrée à chacune des chansons, comme si cet amoncèlement de saturations annonçait quelque chose d’imminent, quelque chose d’extrêmement fondamental et se parait alors d’un romantisme surréaliste. Un romantisme bafouillant, encore mal dégrossi et emporté par l’élan, un élan juvénile, naïf mais excisé de toute malveillance.
Blindside devient alors un groupe précieux pour qui on ne peut s’empêcher d’éprouver beaucoup de tendresse. Ce tout premier EP (et sa pochette sublime), encore fougueux et tâtonnant, annonce en tout cas un désir de s’immerger dans un univers qui n’existe pas, en forçant le ton, en n’hésitant pas à en faire trop, en faisant preuve de gaucheries et en se lançant dans un mur du son incroyablement discordant avec les propos solennels et séraphiques.

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