14 juin 2011

Suárez : Hora de no ver


Hora de no ver de Suárez

Sortie : 1994
Produit par Suárez
Label : FAN Discos

Dès ce premier album, Rosario Bléfari, leader de Suarez, affiche son style : elle joue de manière complètement décontractée, déconstruit ses morceaux avec beaucoup de fraîcheur et possède surtout un sens inouï pour la mélodie. Sans oublier une voix hors du commun, beaucoup de douceur et un grain sapide très particulier.
On sent que les conditions d’enregistrements ont relevé de l’amateurisme mais ces chansons plaisent de par leur caractère tarabiscoté, distordu, expérimental parfois. Les membres de Suárez s’amusent comme des enfants (« Nuestro amigo asiático »), passent au mixeur une jolie mélodie (« Susme »), improvisnte et triturent leurs guitares (le xylophone a vraiment mais vraiment beaucoup de mal à s’imposer face au capharnaüm qu’est « El ídolo »), reprennent divers styles (le final « Sonido Cotopaxi » est volontairement plus lent, plus langoureux, répète la même mélodie, se fond progressivement sous les bourdonnements), fabriquent avec trois fois rien de vraies tubes en puissance, ou bien nous surprennent vraiment (la chanson cachée est un folk bancal, presque fantomatique, avec quelques airs de dub et de trip-hop).
Entre punk déjanté, shoegaze lo-fi et rock façon bout de ficelle, Suarez s’est constitué un style inimitable. Certaines chansons, montées à l’économie de moyens, sont pourtant d’une puissance évocatrice ébouriffante, comme « Mañana » qui débute comme une chanson romantique, presque fleur bleu, et se finit dans un acharnement sonore et un défouloir de distorsions à casser les tympans. Ou encore « Morirían », superbe ballade à la guitare sèche, avec la voix de Rosario Bléfari, qui fait des ravages, mielleuse mais parfois rugissante, ou encore ses traversées de guitares saturées qui peuvent dérailler à tout instant.
Avec son groupe et sa spontanéité attachante, Rosario Bléfari devient dès lors une icône en Argentine.

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