7 juin 2011

Aspidistra : Sunrise EP


Sunrise EP de Aspidistra

Sortie : 1990
Produit par Aspidistra
Label : Lust Recording

Du shoegaze joué par des fous furieux, ça donne comme résultat un vrai tourbillon. Le rythme est tellement emporté et le son si crasseux qu’on a l’impression que les musiciens eux-mêmes perdent la main sur la déferlante qu’ils ont lancés, à grand coup de saturations et de tempo effréné.
Le chant a beau essayer de rester laconique et doucereux, ce sont les écorchures des saturations et le grain dépouillé de la production qui filent le tournis : « Stunned » n’est qu’un amalgame de crépitations quasiment informe et bourdonnant. Pourtant la mélodie reste délicieusement typée indie pop. Et les guitares s’envolent loin.
Cela replonge instantanément à l’époque des débuts brouillons du mouvement shoegaze, notamment à Newcastle, avec Feral ou The Lavender Faction. Lorsque tous ces groupes, pour se faire voir, sortaient uniquement leurs singles en vinyles ou en flexi-discs, et qu’ils écumaient les bars, faute de moyens. On sent dans ce single la naïveté de la production et la fougue de secouer, tant pis pour les approximations ou les à côtés sonores (« Ignite » est court, vif, relâché mais écorche les oreilles).
Si les membres d’Aspidistra cherchent avant tout à signer la pop-song parfaite sans se poser plus de questions que ça, sans soigner le rendu, ni chercher à adoucir le volume des guitares, on se retrouve avec des saturations crispantes et une batterie massacrée. Et le propre du shoegaze est d’arriver à extraire de ce marasme coquin et juvénile, LA mélodie céleste, celle qui envoute et remporte tous les suffrages. La guitare mirifique du splendide « Happy Sunday Stories » flirte avec les étoiles, avant qu’un tonnerre de saturations lui tombe dessus. Et c’est cette ambivalence étrange entre l’acharnement électrique et l’allégresse angélique qui rend ces chansons primesautières superbes.
C’est un premier essai, et ça s’entend, ce qui n’empêche pas le groupe d’avoir signé un hymne shoegaze, symbole de la première vague anglaise, avant même que le shoegaze ne soit vraiment connu (nous sommes en 1990, rappelons-le), et encore, est-ce que le shoegaze a réellement un jour été connu ? Ainsi « Sunrise », avec son rythme tressautant et ce chant en retrait discordant avec ce déversement de guitares quasi-intarissable n’usurpe en rien son titre de petit bijou.

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