15 mai 2011

The Lavender Faction : In my mind EP


In my mind EP de The Lavender Faction

Sortie : 1990
Produit par David Lusty
Label : Lust Recordings

Le shoegaze repose sur un principe simple : ne pas faire de bruit pour faire du bruit.
Tout s’efface devant les guitares, les coups de caisse et la vigueur naïve d’une aspiration juvénile, et le regard se baisse, les voix s’adoucissent et la fierté s’évanouit. Difficile ensuite d’imposer au public du charisme. Et souvent le mouvement shoegaze a été regardé avec condescendance. Comme s’il fallait, pour susciter l’attrait, avoir une attitude de poseur et une clarté séductrice dans le son.
Pourtant, dans le shoegaze, l’ambition démesurée existe et elle se manifeste par un assemblage extravagant d’instruments électriques et rythmiques. Les tourbillons extraits, particulièrement fascinant, témoignent d’une fougue, presque indomptée. Mais toujours diluée par une posture tranquille, évasive et apaisante. Ce contraste renforce davantage cette force. Le shoegaze manie les codes du rock et les sublime, en ne se refusant rien, mais sans s’afficher, sans utiliser cet impact pour en tirer profit.
The Lavender Faction, groupe qui n’a jamais connu le moindre succès, bénéficie alors d’une simplicité essentielle. Loin des tracas commerciaux, loin du succès, le groupe se contente d’aller à l’essentiel. Evidemment, c’est sous-produit, évidemment, pour l’instant, les guitares s’emballent, mais une certaine nonchalance dans le chant permet d’aboutir à des chansons géniales de fraîcheur, un peu grossière mais aussi un peu voilé. On trouve autant de douceur cajolante que de défonce instrumentale dans des titres comme le génial « In my mind » (et son tumulte mordant) et comme « Harbour Me ».
C’est une reconnaissance qu’on oublie si vite : le shoegaze, c’est une affaire de guitare. Les gens qui ont pu regarder d’un mauvais œil ce mouvement ont occulté ce fait, ces entrelacs de guitares distordus, cette impulsion géniale à laisser les amplis à fond, cette fougue emportée, pour pointer plutôt l’attitude et la mise en scène. En ne répondant pas aux standards poseurs, les musiciens shoegaze sont retournés aux fondamentaux. De même qu’en abaissant le volume sonore du chant, léger et presque fatigué (« Something I see »), The Lavender Faction remet en avant les guitares, la basse et la batterie. Et c’est encore ce qu’il y a de mieux.

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