13 mai 2010

Fiche artiste de The Brian Jonestown Massacre


The Brian Jonestown Massacre

Il faut avoir assisté, au moins une fois dans sa vie, à un concert des Brian Jonestown Massacre. Pour voir Anton Newcombe prêter sa bouteille de wisky au public et menacer d’un coup de poing celui qui ne veut pas la rendre. Ou alors gueuler sur ses roadies, les insulter, les traiter de moins que rien, jusqu'à ce qu'ils craquent et quittent la scène en plein concert. Pour contempler, ébahi, ces longues pauses où les membres du groupe accordent leurs guitares, dans une nonchalance frustrante. Pour entendre ces longues plages évasives et brouillonnes de saturations sans fin. Pour goûter à ce psychédélisme d’amateur, toujours sur la corde raide, prêt à rompre à tout instant, comme si cela ne dépendait même pas des musiciens, trop défoncés pour répondre de quoi que ce soit.
C’est lors des lives surtout qu’on comprend à quel point Anton est un taré, un ciboulé, un frappé du cerveau, mais aussi un génie, comme peu on n’a connu et comme peu on connaîtra par la suite.
Avec son groupe, il cultive l’art du sabotage, cherchant ses intros, se bourrant la gueule sur scène, improvisant, chantant de manière aphone, vociférant ses roadies, comme il cultive l’art de la mélodie parfaite. Il faut le suivre, ce bonhomme, et nombreux sont ceux qui auront fini par ne plus le supporter (dont Peter Hayes, qui s’en est allé formé Black Rebel Motorcycle Club, ce qui n’est pas rien tout de même !). Pourtant tout est là mais Anton préfère rester dans le milieu underground, ne pas se compromettre comme l’ont fait selon lui, ses anciens amis des Dandy Warhols, avec qui il jurait révolutionner le monde à coup de concerts baroques et fumeux à Los Angeles, tambourins de sorties, orgies sur scène et seins à l'air. Les labels lui claquent la porte au nez, la réputation poisseuse file bon train, les problèmes d’argent s’accumulent, les squats aussi, les bagarres sont monnaie courante lorsqu’on se déplace à un concert des Brian Jonestown Massacre, et on peut même, avec de la chance, goûter au poing d’Anton lui-même. Seule la drogue ne manquera jamais à l’appel. A son insu, Anton Newcombe fabrique un mythe autour de lui : malchance, erreur de casting, label sur la paille, concerts annulés, caractère sulfureux, paranoïa, mégalomanie. La légende veut que c’est Anton lui-même qui sabote ses propres concerts dès qu’il apprend que des patrons de gros labels sont dans la salle.
Le succès ne viendra donc jamais.
Resteront donc près d’une dizaine d’albums auto-produits, des multiples faces-b, de nombreux albums (dont plusieurs sortis la même année) voguant entre le shoegaze des débuts, le folk, le rock made-in Rolling Stones, le pastiche de My Bloody Valentine, les délires sixties ou encore le garage, mais surtout d’incroyables mélodies, imparables et magiques.

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