3 mars 2010

Long Fin Killie : Houdini


Houdini de Long Fin Killie

Sortie : 1995
Produit par James Watson
Label : Too Pure


La musique de l’écossais Luke Sutherland est tout proprement inqualifiable : naviguant dans un style rêveur tout en s’appuyant sur une rythmique dub ou africaine et en faisant appel à des violons celtes, des arrangements orientaux ou à des guitares dans la pure tradition shoegaze, on rentre de plein pied dans le post-rock. C’est répétitif (ça c’est pour l’influence kautrock) mais en même temps c’est totalement bancal (ça c’est pour l’influence free-jazz).
Une musique comme celle-là, si risquée, si cosmopolite, on n’oserait jamais s’en revendiquer, de peur d’être complètement rejeté. Seulement voilà, 1/ Luke Sutherland était un génie et n’avait peur de rien, 2/ il était servi par des musiciens impeccables, notamment David Turner, batteur extraordinaire qui n’est pas pour rien dans l’ambiance hypnotique de l’album, et enfin, 3/ c’était une époque où les artistes défricheurs avaient tous les droits (et on ne remerciera jamais assez le label Too Pure pour cela).
Grâce à tous ces éléments conjugués, on a la chance inestimable de découvrir des plages sonores complètement atypiques, rassemblant des arrangements aussi antinomiques que des guitares acérées ou bien en dentelle, des casseroles, des trompettes, des violons, une mandoline, un bouzuki ou encore un saxophone. Le minimalisme confère une drôle impression de flotter tout du long. Impression renforcée par la voix bizarrement envoûtante du chanteur Luke Sutherland, dont la voix black se fait voilée, soufflée et légèrement androgyne.
De surcroît les paroles sont géniales, volontairement lyrique et emphatique, contribuant à augmenter l’irréalité planante sur l’album. La répétition des motifs, dans l’optique d’une sorte de transe multiethnique (tout aussi celte qu’africaine), qu’elle serve de défouloir ou de repos contemplatif, se voit parfois secouée par des éclairs saturés impromptus ou des vibrations de violons frénétiques.
C’est complexe, étrange, assez abscons mais il faut se laisser porter par ces vagues, ces hoquets suraigus, ces explosions brutales de cuivres, de cordes ou de guitares, cette tendresse infinie, ce goût du cirque et du folklore. On touche alors la finesse incroyable de cet album hors-norme qui a tant compté dans le renouvellement des codes du rock de l’époque.

1 commentaire:

Francky 01 a dit…

Salut et bravo, superbe chronique au style d'écriture que j'aime vraiment.

Je ne connais ni ce groupe ni cet album. Avec la description que tu en fait, j'ai vraiment envie de l'écouter. J'ai essayé de le trouver en streaming sur deezer, grooveshark ou woorme mais nada !

Allez à + + +