19 septembre 2009

Bailter Space : Robot World


Robot World de Bailter Space

Sortie : 1993
Produit par Bailter Space
Label : Flying Nun


Même si le style est clairement plus orienté vers la pop qu'à leur début, avec une sorte de hauteur et de légèreté que semble prendre le groupe néo-zélandais, pour des morceaux vibrant, dynamiques, embrouillés aussi, mais toujours âpretés d’une sorte de distance suspecte vis-à-vis du bruit engendré (« Begin » ou «Ore »), Bailter Space est avant tout un adepte du noise.
Et ça s’en ressent particulièrement sur des titres extrêmes, aux distorsions fracassantes comme « Be on time » ou le pressé « Get lost ». Les voix déformées, crachées dans un micro transformé, hachent des paroles répétitives, violentes et agressives, sous un déluge de guitares acérées. Le tempo est beaucoup moins ronds, anguleux et coupant bien souvent. Bailter Space a toujours été très porté sur la rudesse, voire parfois l’annihilation de toute forme d’évasion, en se refusant toute sortie de secours. La chanson « EIP », dans un style oppressant, en est la preuve, en répétant un motif des plus abscons.
Mais sur cet album, à la croisée des chemins dans leur carrière, on trouve trace également d’un alliage entre le saccage primaire et la paresse. C’est comme si Bailter Space prenait de la distance. Qu’ils prenaient du recul par rapport à la notion de bruit. Capable de le générer mais aussi de s’en défaire. De regarder les choses s’imposer, comme le tempo lourd à la batterie, les saturations constantes des guitares, la partition souvent réitéré pendant des minutes, le tout avec un chant détaché, soufflé et adoucie. A l’écoute de « Make », éthéré sous un déluge tranquille, ou « Orbit », chargé au niveau sonore, mais empreint d’une sorte de détachement, on a l’impression de finir aliéné. Car la percussion ne se fait pas forcément dans la surenchère, mais plutôt dans l’insistance, ou plutôt, pour être plus précis avec le style de Bailter Space, dans la persistance.
Jusqu'à atteindre une sorte de plénitude, sur le superbe "Remain", sommet tranquille de shoegaze, où tout y est.

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