28 octobre 2008

Seely : Julie Only



Julie Only de Seely

Sortie : 1996
Produit par John Mc Entire
Label : Too Pure


Seely écarte volontairement les saturations, ou du moins leur égratignante propension à tout vouloir écraser, pour ne garder que des formes tout en rondeur.
Il ne subsiste plus alors que l’élégance d’un chant langoureux, invoquant l’esprit du shoegazing, légèrement atone, mais d’un onirisme mielleux. Avec la pudeur retenue qui sied si bien à un échange intime et confidentiel, que ce soit les tonalités féminines ou la suavité du chant masculin, dont bien souvent les souffles s’accordent à merveille, les voix maintiennent un degré de langueur élevé.
Des guitares délicates, des chants bulleux et une batterie rassurante par son application. Se refusant de se laisser crouler par des explosions qui ne voudraient rien dire, Seely ne dépasse pas le cadre de leur univers. Un monde bienveillant, légèrement rêveur et dérapant. Les guitares sèches, souvent utilisées, apportent une touche chaude aux chansons, de part leur retrait et leurs cordes fébrilement caressées. Singer la précipitation sans avoir le cœur pour tout saccager serait inutile, alors Seely fait dans le calme et l’élégance (« Crystal Clara »). Des titres boisés (« Sealskin »), ou délicats (« Shine »), qui à peine laissent les guitares se charger d’électricité, comme par excitation toute passionnelle (le superbe « Bitsa Jane »). Ils témoignent d’un enclin à privilégier la légèreté qui accompagne les berceuses. Les xylophones (« Bubble Bath »), tambourins ou les sons acoustiques ont donc le droit de cité ici.
L’album gagne en sérénité, mais également en tristesse, dérivant et stagnant dans une retraite vaporeuse qui ferme la porte à l’optimisme mais assure une protection lénifiante et éternelle face à la violence ordinaire. A titre d’exemple, le sublime « Bugles », avec sa voix laconique, son tambourin, ses guitares acoustiques et surtout son rythme syncopée à la batterie, évoque curieusement le groupe californien Swell.
Feutrés, tout en gardant du piquant (« Exploring the planets »), les chansons de ce premier opus, sans surprise, délient une monotonie érigée au rang d’art. Parmi celles de fin, la combinaison « Wind & Would » (et ses arpèges éreintés magnifiques proches de sommets poignants) et « Inside » (et son slide trippant) égalent les plus pures déclamations d’égarement. Elles terminent en tout cas l’album sur une rêverie somptueuse.

1 commentaire:

mlopvet a dit…

Je voudrais juste rajouter que les Américain de Seely sont les premiers à rejoindre le label anglais Too Pure. Ce label qui a produit le premier album de PJ Harvey (Dry en 1992). Ce qui est étrange est d'entendre la voix de PJ Harvey sur la piste 'Crystal Clara' de cet album produit 4 ans après qu'elle ait quitté Too Pure.