19 octobre 2008

Difference Engine : Breadmaker



Breadmaker de Difference Engine


Sortie : 1994
Produit par Will Russel
Label : Caroline


Derrière ce flot de guitares, toujours finement travaillé, se cache une propension au laconisme. Pas de façon éclatante, ni même reconnue, mais plutôt de manière latente, embryonnaire, traces que l’on devine à peine dans cette façon de céder devant les mélodies. Difference Engine refuse de les porter vers le haut, le groupe baisse les bras et autorise les déclins, les humeurs, les mollesses.
Drapée d’attente, refusant de s’opposer à un mur du son qui s’abat de temps en temps sur elle, la musique de la formation de Rhode Iland, peut parfois glisser vers une description de l’abandon (le réveur « Tsunami » et les doux murmures de Margie, inquiétant et troublant), un état de lucidité extrême qui renverse les rapports de force et donne de l’espace aux sens.
Ceux-ci se déploient alors lentement, à coup de quelques cordes grattées divinement (les sept minutes élégiaques de « Flat »), de basse rondelette et profonde (« 5 Listens »), de chants abattus, mais incroyablement doux (le superbe « And Never Pull »). Ils ne prennent pas le pouvoir, ils n’en ont pas l’ambition, ils se contentent de s’exposer outrageusement comme des lambeaux abîmés de tendresse, d’anciens espoirs évanouis ou de mélancolie. Rien ne s’élève, ne se rebelle, mais le tout compose un ensemble délicieux de climats indolents mais gracieux, souvent très étrange et en décalage.
Appliqué dans son étalage, le groupe prend bien soin de composer des chansons au sein desquelles les auteurs eux-mêmes semblent s’oublier. Face au spleen ambiant, la raison s’avoue vaincu. C’est donc une beauté dénuée d’intérêt, non corrompue, qui se livre alors. Les montées en puissance (le tortueux et intense « Bugpowder ») prennent une résonance tout autre. Difference Engine détourne la suavité de ses compositions pour dresser un parcours alambiqué, sublimant le caractère cafardeux qui imprègne l’ensemble.
Démarrant dans l’instrumentation incisive, l’album glisse vers la déliquescence, pour se conclure sur une litanie noire et rêveuse, parcourue de vagues instrumentales qui noient le tout, sans jamais le ramener vers le rivage. La musique de Difference Engine n’a aucune envie de rejoindre la lumière. Elle préfère naviguer en eaux troubles, sans choisir, sans décréter de son état émotionnel, refusant de trancher, car trancher serait déjà annuler et pervertir ces émotions.
Réflexion, soulagement face à l’abandon, misère matérielle, aspiration étouffée, ce rassemblement emmène la contemplation vers un état où la paresse devient fascinante : on y trouverait presque du réconfort dans autant de froideur.

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