10 juillet 2008

Orange : S/T



Orange

Sortie : 1994
Produit par Bart Thunder
Label : Dewdrops


Impossible de cerner cette voix : splendide, irréelle, elfique, divine, elle peut se faire tout aussi bien susurrante, qu’éclatante. Les voyages dans les vocalises étendues lui font perdre tout timbre humain pour atteindre une féminité complètement fantasmée, que seules les déesses pourraient partager avec elle. Quelques miaulements qu’on devine espiègles déclenchent des stimuli déraisonnables, mais bien souvent une grave majesté vient apaiser les propos et les envelopper de souffles lyriques. Sonya Waters se fait joueuse et gracile, difficile de la suivre, et pourtant on ne peut s’empêcher d’être sous le charme. Bien souvent doublée, cette voix royale se gonfle et s’envole, dans des sommets absolus et époustouflant. Le rapprochement avec l’humain s’estompe. Cette voix sublime, sans âge, tout aussi bien celle d’une petite fille que d’une reine antique, dépasse les contours habituels pour nager dans un océan de beauté gothique, au-delà de la bienséance. Magiquement boursouflé, son chant fait des courbettes, des pirouettes, des montées, des bonds dans les aigus, des loops de danseuse vocale et tant d’autres choses encore, qu’on croit rêver.
Immédiatement pénétrant, cette voix gracieuse ne laisse pas indifférent. Captivé par ses arabesques et ses fanfreluches, on se laisse séduire.
Au service de ces frasques, une musique à tomber, dense, féerique. Les guitares réverbérées se font recouvrantes, sans jamais attaquer cette voix ou la diminuer, pour une addition qui s’amplifie bien souvent dans une éclatante gerbe tristement majestueuse. Les intro au clavier semble sortir d’un conte pour enfants (« Daisy ») et les guitares d’une tristesse élégante et retenue (le laconique « Blue Budd » qui se réveille soudain en un crescendo bouleversant). Pourtant d’une accroche persuasive («Starwheel »), les mélodies complexes, chatoient et brillent, mais tout en ondulant ou se faisant recouvrantes. Un climat fantasmagorique et lointain se dessine, à la manière de la cold-wave des Cocteau Twins (« Hinderburg »), tout en jouant sur la densité, appuyant ses propos à grand coup d’explosions de batterie ou de guitares spleenesques, à la manière de Slowdive (« Feoija »).
Au milieu de cette succession de poésie romantique inouïe, il n’y a plus qu’à céder devant l’incommensurable beauté de ce timbre qui résonne fort au milieu d’un tumulte magique de grâces et de lignes harmoniques soyeuses. Sorte de mini-symphonie raffinée et aérienne.

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