8 juillet 2008

Teenage Filmstars : Rocket Charms


Rocket Charms de Teenage Filmstars

Sortie : 1993
Produit par Baby Jesus
Label : Creation


Pour Teenage Filmstars, le psychédélisme, le vrai, c’est lorsqu’à la fin des concerts, les musiciens jouent à triturer leur guitare et les collent contre un ampli.
Encore plus radical que son prédécesseur, « Rocket Charms » cristallise la musique rock jusqu’à sa forme la plus brute. Ce n’est plus qu’une succession de distorsions biscornues, d’effets de pédales usés jusqu’à la corde et de mixage trituré. D’ailleurs, sur « Pressure », exit la batterie, la basse, il n’y a que des guitares bancales, pour une sorte de vombrissement intense.
Les reverbs évoquent des bruits d’aspirations, de soufflerie psychotropes, à la manière des cithares, pour un effet de transe exigeant. Les saturations glissent et se déforment, pas de mélodies, juste des riffs bizarroïdes répétés sans fin (« Tension »). Les voix, si elles apparaissent, sont toutes aussi déformées, glissent et s’évaporent (« Frantic »), apparitions shootées et artificielles. Pour le reste, ce n’est que marasme, sans queue ni tête, pas de mélodies, juste des distorsions, qui enveloppent et charment. Avec « Lapse », la batterie écrasante et les guitares saturées, secouant, les têtes sont chamboulées jusqu’à la perte de raison. Du bruit. Des larsens. Souvent des fausses notes. On dirait que Ed Ball a cédé le pas sur la folie. Et sur les habituelles conventions. Et surtout qu’il a pris des tonnes d’acides, gobées par milliers.
Sur la deuxième face du vinyle, c’est carrément du n’importe quoi, morceaux expérimentaux, proche de l'ascétisme. Ambiance lugubre de films d’horreur à la John Carpenter sur le déstabilisant mais excellent « Alone ». Un clavier famélique sur « Lost », aux vagues réminiscences asiatiques, pour un parfum d’ambient. Le bruit du vent sur « Dark », sous lequel viennent se poser quelques touches de piano, des mots triturés par ordinateur et des bruits improvisées. Difficile. L’écoute des dix minutes de « Nothing » sera une épreuve, avant d’aboutir à un climat relaxant, avec sa cithare, ses slides et son clavier fantomatique. Un peu à l’image des titres particulièrement concis et dépressifs données aux chansons, ce second album tranche par son allure dilatée. Extrême dans la forme.
Sale, sismique, gorgé de feedback, sans forcément de buts, ni de sens, cet album peut dérouter les non initiés. On dirait des ondes grésillantes, jusqu’au dénuement le plus total, jusqu’à l’improvisation droguée, jusqu’au silence, soit l’expression la plus absolue du psychédélisme.

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