6 juillet 2007

Fiche artiste de The Veldt


The Veldt

The Veldt a été sans doute victime des préjugés. Dans le monde du rock, il s’agit de rentrer dans des cases, et dès lors que l’on ne correspond plus à ce qui est conforme, on devient une énigme.
Malheureusement pour eux, les éléments ont fait que les étiquettes leur correspondaient parfaitement. L’essentiel de leur carrière fut donc employé à s’en débarrasser. Sans succès, évidement.
Formé en 1986 par les frères jumeaux Daniel et Danny Chavis, rejoints par le batteur Martin Levi deux ans plus tard, le groupe vient de Chapell Hill, une toute petite ville de Caroline du Nord. Non seulement le groupe fut rapidement associé à la scène de l’époque, avec Polvo ou Superchunk, pratiquant un punk lo-fi sauvage, alors qu’il n’avait rien à voir avec ce style, mais en plus on les rangea vite dans la catégorie de « black band ».
Certes, la majorité des membres de The Veldt sont blacks, mais les frères Chavis ont toujours détesté être comparé à Living Coulour ou Fishbone, formations qu’ils respectaient énormément mais dont ils se sentaient peu d’affinité. Ce qu’ils regrettaient surtout, c’est que personne ne se focalisait réellement sur leur musique.
Une musique personnelle, noisy et rêveuse, résultats des goûts de Daniel pour Jimmi Hendrix et de Danny pour les groupes anglais, dont Echo and The Bunnymen. Après avoir enregistré un mini-album sur Mammoth Records, grâce notamment à l’aide à la production de Lincoln Song (Cocteau Twins, AR Kane), et ce, malgré des difficultés financières et de contrats, le groupe recrute enfin un bassiste à plein temps en la personne de David Burris. S’en suit une tournée en Angleterre avec Cocteau Twins en 1992, et également des premières parties des Jesus and Mary Chain.
Seulement le public était surtout là pour voir des blacks jouer du rock, chose suffisamment rare pour déclencher de la curiosité chez les gens, alors que le groupe ne désirait simplement que de l’intérêt. Simple phénomène à observer ou erreur de casting, le public étant surpris d’entendre une musique dure, envoûtante et sexy, de la part de musiciens qui ne ressemblaient absolument pas à leur cliché de blancs aux cheveux longs. De plus leur style n’avait rien à voir avec ce qui se faisait aux Etats-Unis à l’époque. The Veldt avait tout pour passer pour une incongruité musicale. « Chapell Hill est une sorte de communauté. Si tu ne sonnes pas comme eux, ils ne veulent pas que tu en fasses parti » reconnu Danny Chavis. The Veldt fut donc vite exclu, et ne dépassa pas le cercle de quelques initiés.
C’est dommage, car beaucoup de gens passèrent à côté de leurs sublimes chansons, notamment celles de leur album « Afrodisiac », sortie en 1994, sur Mercury, de la puissance de leurs concerts et de leurs textes, tous très poétiques, et tournant autour des femmes, thème de prédilection pour deux frères élevés par leur mère et leurs tantes. Pour Daniel, leur sensibilité vient du fait qu’ils savaient comment les hommes agissaient et ce que leur mère devait supporter. Comme il l’explique lui-même : « Je devais comprendre son point de vue car elle était notre seule providence ». Et malgré les difficultés, les déceptions et les coups ratés, le groupe préféra en rire, « comme notre mère l’aurait souhaité », ce qui n’est pas pour rien dans leur maturité et leur sens de la dérision, en témoignent les nombreux jingles radios comiques qui ponctuent leurs albums.
Et une autre caractéristique essentiel du groupe, c’est ce refus d’adoucir sa palette musicale pour correspondre aux attentes des gens, plus portés sur le mainstream, ces « gros culs de crapauds », comme aime à les nommer Daniel. Si bien que leur dernier album, en 1998, sorti sur leur propre structure, sombra dans l’anonymat, et que les querelles des frères jumeaux devinrent telles qu’elles sonnèrent le glas du groupe.
Finalement les préjugés furent les plus forts.


Discographie du groupe :

-
Marigolds

- Afrodisiac

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