22 juin 2007

The Nightblooms : S/T




The Nightblooms

Coup de coeur !

Sortie : 1992
Produit par : Steve Gregory
Label : Paperhouse


On croit, à l'écoute de ce vacarme et de cette pop jouée tambour battant et à cent-à-l'heure, qui déboule après un bourdonnement qui évoque le décollage d’un avion, que l'on va être balayé, ravagé, puis dès que cette voix fantastique, susurrante, molle, légère, suave, dépose sa douceur sur cette ardeur, on sent qu'on va être transporté très loin.
On est surpris par ce mélange de douceur et d’agitation, si caractéristique du courant shoegaze des années 90, dont The Nightblooms était un des plus doué sans pouvoir cependant se faire connaître au delà du cercle d'initiés, la faute pour être originaire d’un pays qui n’était pas l’Angleterre.
Cette musique est indomptable, indéfinissable, non réductible. Elle fuse, explose, ralentit, s'envole, s'allège avant de s'endurcir. Les chansons sont toutes irrésistibles ("Slowly Rising", "A Thousand Years" ou "Starcatcher" ; il faudrait les citer toutes en fait). On ne sait jamais où aller (la montée en puissance de "59#2" et ses dialogues furieux). Il n'y a qu'à se laisser porter par ces mélodies savoureuses, cette dynamique entraînante, ce chant, souvent doublé (celui d'Esther Sprikkelman), sans aucun doute une des plus belles voix féminines de tout le mouvement. On a sans cesse l'impression que cet ensemble fragile et monté avec presque rien va s'écrouler ; seulement ça teint debout, ça se rattrape à chaque fois, et chaque vacillement est en fait le moyen de faire surgir une nouvelle mélodie ou une ligne de chant originale.
Enregistré en condition live, ce qui donne ce son un peu rêche et brouillon, mais aussi un cachet indéniable, cet album symbolise tout ce que la musique peut avoir de précieux dans sa véracité, sa spontanéité, sa franchise, sans mentir ni se travestir. Elle est le moyen d'offrir des expérimentations ("Butterfly Girl" et ses huit minutes envoûtantes), des voyages nouveaux, une alliance de sons nouvelle (les cithares de "Blue Marbles"). Mais elle permet surtout de sentir tout ce qu’il y a de vibrant à vivre et partager une musique qui ne s’embarrasse de rien, se fait juste porteuse de mélodies indolentes. Un charme prodigieux opère: entre rock bancal et lyrisme éploré, un équilibre se créé. La musique de The Nightblooms, en plus d'être toujours aussi raffinée et délicieusement énergique, se fait directe et chaleureuse. Les émotions suscitées n'en sont que plus palpables, vibrantes et authentiques. Ce premier opus éponyme est un terrain chaotique où se rencontrent une écriture pop insouciante et un rock résolument tendu, physique. L'apparente frénésie se transforme en beauté attendrissante lors d'un puzzle captivant.
Cette musique est belle à pleurer. Et elle était l'œuvre de quatre jeunes gens dans leur petit studio.

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