1 février 2008

Revolver : Cold Water Flat


Cold Water Flat de Revolver
Sortie : 1993
Produit par Nigel Hilroy
Label : Hut

Après de nombreux déboires dont une première séparation, Revolver revient un temps pour la confection de son premier album, qui finalement ne marchera pas et qui entraînera le groupe vers une dislocation définitive.
Car Cold Water Flat, paru en 1993, annonçait la mort du shoegaze, un genre déjà essouflé à l'époque.
Mêlant une tendance compulsive à saturer le son et à brancher les guitares au volume le plus bruyant, avec une approche de la musique constamment orientée vers la recherche d'un équilibre aérien et magnifique de lyrisme céleste, le groupe anglais signera là la sentence inconsciente d'un style. Le groupe, qui aurait pu céder aux sirènes du succès commercial, cherchait l'impossible en se détachant par tous les moyens du vacarme sonore qu'il produisait autour de lui.
D'ailleurs, on ne peut pas dire qu'ils rencontrèrent le succès, les gens préférant qu'on ne leur livre aucun secret. Personne n'achetait les disques des groupes de cette vague shoegaze et les gens se rendant aux concerts, et en repartaient plus avec des oreilles explosées par le son noisy que par l'impression d'avoir partagé quelque chose. Refusant de tirer les gens par la main, le shoegaze finit totalement incompris.
Cold Water Flat acheva cette descente aux oubliettes. Avec des titres sans aucun refrain, remplis d'éclairs énervés et de passages suspendus où Matt Flint joue les équilibristes de sa voix de chérubin, cet album confondant perturbe les plus réfractaires. Les percussions, guitares acoustiques, piano et autres flûtes, sont conviés à un ballet fantasmagorique, semant l'étrange et l'incongru dans ce voyage musical hors norme. Beaucoup plus mature que sur leurs singles, ces titres sont aussi moins évidents. L'ambiance est aussi volubile que planante, déviant facilement vers de purs moments de bonheur saturé. Déstabilisant et atypique, cela achèvera l'insolence d'un genre, alors considéré comme hautain et pédant. L'album ne se vendit quasiment pas, comme c'était le cas pour presque tous les disques de shoegaze, qui sortirent pourtant à la pelle ... et trop à la fois. Le public, médusé, oublia même jusqu'à l'emplacement de la tombe de ce genre entéré, et Revolver ne s'en remit pas. Préférant tout arrêter plutôt que changer de style comme d'autres avant eux (Ride, The Boo Radleys, The Verve, ... avec plus ou moins de réussite), le trio anglais se saborda.
Heureusement, la magie que suscite encore leur musique dépasse le cadre de la date, et chaque écoute de ces titres incandescents et innocents garde encore intact tout leur éclat inimitable.

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