19 novembre 2008

Submarine : S/T


Submarine

Coup de coeur !

Sortie : 1994
Produit par Keith Clerverley
Label : Ultimate


L’album démarre sur les chapeaux de roue avec un bon blues énervé et cradingue (« I can’t be satisfied »), aux guitares stridantes et au groove incroyable. Un style tout en recouvrement et énervement, une façon de prendre en otage l’espace sonore par des riffs gras et un son énorme (que l'on doit à Keith Cleversley, des Flaming Lips). L’effet de trip n’en est que plus saisissant encore. Véritable leçon de rock psychédélique, avec fumette, fuzz et fanges noisy, l’album de Submarine est étonnant : pas une seule faiblesse !
La transition avec « Electric Bathing », qui porte bien son nom, est imparable. Les chants déformés et semblant venir de l’espace et les bandes passées à l’envers créent une impression de flottement, aussitôt démolie par un assaut de distorsions incroyables et de riffs violent. Nerveux, tendu et pourtant éminemment psychédélique dans l’esprit, capable de suspendre le tempo pour mieux surprendre, cette chanson se laisse complètement aller.
Du coup, lorsque les quelques notes superbes de « Jnr. Elvis » retentissent dans un climat de torpeur, on est déjà bien loin, en train de planer, et la voix qui résonne et déclame des propos d’une douceur saisissante, parait venir de loin. C’est une impression de flottement qui nous saisit, renforcé par le rythme à la batterie lent et appliqué et les glissements des guitares. De temps en temps des avalanches de riffs saturées viennent exploser l’ensemble pour laisser exploser le stock émotionnel contenu en chacun de nous, dans une gerbe éclatante et kaléidoscopique. Le retour au calme se fait juste comme il faut, comme une descente d’acide.
A partir de là, complètement chamboulé et adhérant à l’univers opaque de Submarine, on se laisse pénétrer par le style superbe de « Empty », chanson magnifique, d’une majesté à couper le souffle, avec ses riffs saturées, sa paresse, ses chœurs d’anges camés jusqu’aux yeux.
« Lips and finger » assure la transition parfaitement, en reprenant le tempo indolent précédent mais en l’allongeant encore, et en s’épanchant sur une mélodie inouïe. Les guitares envahissent la chanson par moment mais s’effacent bien vite pour une suspension en apesanteur, avant que la ligne mélodique ne reprenne ses droits pour nous enchanter davantage. Somptueux avec son final tout en éclat et en surenchère, ce morceau langoureux et noisy serre les cœurs. On ne peut s’empêcher de retenir sa respiration. La conclusion où des « lalalaa » de drogués essayent de surnager par-dessus par un immense déballage shoegaze est tout bonnement d’une beauté absolue, quand bien même celle-ci se trouve être pernicieuse.
Le grand déballage sonore qu’est « Never be alright again » vrille la tête. Tout est lâché, sens dessus dessous. Ça crache, ça se veut brumeux, ça sent l’arrogance à plein nez, mais ça a surtout le mérite d’être accrocheur.
Et alors qu’on se remet à peine de ce voyage, l’album se termine en apothéose, avec l’extraordinaire et merveilleux « Pading », extrêmement lent et calme, mais dont le chant fatigué et doux, les réminiscences shoegaze, le claquement régulier de la cymbale, la délicate mélodie à la guitare sortie tout droit du ciel, les échos de violons d’une tristesse déchirante, charment immédiatement. L’arrivée des guitares fait rêver. Celles-ci s’imposent et emmènent l’auditeur ailleurs, un monde psychédélique, où des trompettes surviennent et où tout n’est que beauté. Le crescendo est saisissant et aboutit à une majesté saisissante, entêtante, qui fait des allers et venues.
Le titre suivant, le fameux « Jodie Foster », frappe encore plus fort. Démarrant sur des saturations mais sur un rythme indolent, celui-ci invite une guitare sèche à venir sublimer la grâce du morceau. Le chant est complètement ailleurs, plus aussi mordant que sur les autres, quasiment suave, soufflant des propos laconiques, tandis que les guitares vont venir emplir l’espace au cours d’une montée en puissance intense. Exaltantes comme étourdissantes, ces dernières minutes achèvent le voyage en une longue ostentation. Le climax atteint est tout bonnement incroyable et il faut bien de longue seconde où ne reste que la guitare sèche pour s’en remettre.
C’est sur une mélopée en fanfare que l’album s’achève : accompagnant un riff accrocheur, les instruments vont s’additionner un par un, tout d’abord les cymbales puis les caisses, puis les tambourins et une seconde guitare tout aussi magnifique de beauté triste, avant d’inclure trompettes et cuivres, puis des saturations noisy. Le sommet psychédélique que représente « Alright Sunshine Song » représente la dernière étape du voyage. Un voyage dont on aura peine à se rétablir tant les beautés traversées auront été confondantes. Submarine, au travers sa musique, se calque sur les effets psychédéliques, d’où une certaine opacité, mais aussi une grâce sans pareille. Cette tendance à tout envelopper sous des vagues noisy ne fait place à aucun moment de faiblesse, mettant surtout en valeur une écriture terriblement marquée par les brumes psychotropes et une certaine propension à laisser faire les choses.

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