26 août 2008

Fiche artiste de Bang Bang Machine



Bang Bang Machine

On ne s’attend pas, ballotté par ce beat dansant et tranquille, à tomber ainsi sur un riff d’une telle beauté, tant et si bien que ce gimmick qui semble tomber directement du Paradis surprend. Pris au dépourvu, le cœur se fend, et on se laisse bercer, la tête ailleurs, par l’arrivée de cette voix féerique, suave et profonde, qui déclame des paroles au pouvoir séducteur immédiat.
C’est ainsi que s’ouvre « Geek Love », exprimant avec une majesté sans pareille l’univers artificiel et nocturne de la formation du Worcestershire. Sur fond noir, une déesse blonde platine, aux lèvres pulpeuses d’un rouge écarlate, apparaît flottante, et déjà, on est subjugué. Diva du disco aux gants en cuir rouge ou bien prêtresse gothique à la robe éclatante, presque aveuglante, la sublime Elisabeth Freeth joue sur les genres. A la manière de son groupe en somme, qui mélangera la grâce du shoegaze avec les affres hédonistes des raves et de la dance en vogue à cette époque.
A ce titre, « Geek Love », qui additionnera au fur et à mesure de plus en plus de guitares et de zebras électriques, restera comme le sommet du groupe, un tube éternel, un court moment de grâce absolu, comme pendant ces quelques minutes où Elisabeth Freeth lancera ses « To love. Never to be in love » de manière répétitive jusqu’à l’épuisement. Beaucoup l’oublient mais « Geek Love » fut n°1 en 1992, et Fire Records plaça ce single parmi les vingt meilleures chansons de tous les temps. John Peel dira même à propos d’eux : « Même s’ils ne font pas d’autre disque, ils auront achevé une chose que même nous ne pourrions pas accomplir dans toute une vie ».
Il est dommage que leur unique album paru en 1994 (dont la pochette fut dessinée par David Hughes) fut éclipsé par Oasis ou Blur, car la collection de titres reflète parfaitement les envies de coller ensemble rythme artificiel et douceur hypnotique. Leur style sera définitivement unique, et il est inutile d’espérer retrouver un jour un tel concentré de magie. Ainsi qu’une poésie unique et incongrue, s’inspirant de la culture populaire anglo-saxonne. « Geek Love », inspiré de la nouvelle de Katherine Dunn, traitant du milieu du cirque, inclura également quelques samples du film « Freak » de Todd Browning, qui fit tant de polémique à sa sortie. Quant à « 16 Years », la chanson fait référence à Stefan Kizko, accusé à tord de l’agression et du meurtre de Lesley Molseed, fait divers sordide qui fit les unes en Angleterre. Sous des dehors futiles et versant dans les boites de nuits, Bang Bang Machine sait jouer aussi avec l’imaginaire populaire.
Rassemblés en 1989 à Evesham en Angleterre, Elisabeth Freeth (chant), Stan Lee (basse), Lamp (batterie) ainsi que Steve Eagle (guitare), dont on ne soulignera jamais assez le jeu éclairé et l’inventivité de la composition, se sépareront malheureusement à peine quelques années après, suite surtout à des problèmes avec leur label Ultimate.

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