12 août 2008

The Curtain Society : Life is long, still


Life is long, still de The Curtain Society

Sortie : 1996
Produit par The Curtain Society
Label : Bedazzled


On traverse la musique de The Curtain Society comme si, au final, il ne s’était rien passé. L’album file au fur et à mesure vers une abstraction, quelque chose de lent à se déliter, mais graduelle dans la perte des repères et des points de fixation.
La teneur de ces titres ne pourra donc exister ni avant, ni après, mais bien pendant l’écoute, car il s’agit, en laissant défiler ces secondes de béatitude égarée, de faire prendre naissance à des retenues, des slides lointains, des timidités, des fugues, des glissages, des coulées, qui en dehors s’effaceront bien vite. Les mélodies sont si lentes qu’elles ne font que glisser. Le déploiement vers l’extension est présent, laissant exploser les guitares, tout en évitant les vagues et un impact trop secouant. On a le sentiment dès lors de vivre des hallucinations, des apparitions fugaces, un brouillard de lyrisme languissant. The Curtain Society s’essouffle et en fait de l’art.
Le solo poignant à la fin de « Amber », le velouté des voix, l’éclatante et virevoltante pudeur étalée sur « Je regrette rien », l’aveu cinglant de défaite avec le court « I refuse », prononcé étonnamment doucement pour un propos neutre, la percussion effleurante de « Stealing Shakespeare » (et ses distorsions), bon nombre d’éléments élève l’esprit et le bouleverse, pour aussitôt s’effacer de la conscience, du fait de leur trop faible consistance matérielle. La musique des américains a atteint une telle légèreté qu’elle ne laisse plus de traces. Il ne subsiste que des échos, des vestiges de divagations monotones (« Apnea », les sept minutes expérimentales de « Higher Star ») ou des climats indolemment élégiaques. The Curtain Society peut parfois arriver à la réserve telle que l’annulation éteint la mesure des chansons, diminuant ainsi leur impact.
C’est aussi cette sortie vers l’absence de déclamations qui les mènera sur des sentiers somptueux (« Riverful »). Aboutissant à un paroxysme, non pas dans l’intensité, mais dans la majesté et l’élégance des tenues. L’incroyable finesse dans les additions des instruments les uns aux autres pour former un ensemble gracieux se prend comme une apparition inouïe («Mouthwithout » dont le riff lancinant et sirupeux est un délice suprême) dont il ne restera qu’un vague souvenir de quelque chose de sublimement plein.
De la même façon que cet album a mis beaucoup d’année pour sortir, arrivant du coup bien après les retentissements du mouvement shoegaze, The Curtain Society ne souhaite pas s’appesantir, mais s’étirer, se répandre, ruisseler, goutter et glouglouter, le temps d’une sublime chanson à la guitare sèche (« Life is long, still »), pour ensuite se retirer sur la pointe des pieds.

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