25 juin 2008

Flying Saucer Attack : S/T


Flying Saucer Attack

Sortie : 1993
Produit par David Pearce
Label : Heartbeat


Tout d’abord la pochette, devenu mythique : une vue sur l’atmosphère et ses couches en un dégradé pictural hypnotique. Un appel à l’étrange.
Le contenu l’est tout autant. Sous-produit, brouillon, voire sous forme d’ébauche, ce premier album exerce un énorme pouvoir de fascination. Difficile d’accès, voire même rebutant, il n’en est pas moins exigeant avec l’auditeur. Les guitares sont bruitistes au possible, elles emplissent l’espace et le monopolisent presque, crachant des parasites, jusqu’à étouffer les voix, qu’on entend à peine d’ailleurs. Cette couche sonore opaque efface toute trace de clarté. Face à ce mur du son rebutant, il faut fermer les yeux et se laisser aller.
Etrange, surprenant, le premier album de Flying Saucer Attack est surtout exigeant. Volontiers agressif dans ses propos, du fait d’un brouillage assourdissant et quasi-constant, il mélange esprit abscons et torturé avec simplicité mélodique, dont l’évidence parfois crève les yeux.
L’ouverture déroutante immisce dans les oreilles un fond bizarre constitué du bruit ronflant de machine rétro-futuriste, avant qu’une douce mélodie à la guitare vienne oser faire une apparition. Ça sonne ancien, lo-fi, on a même l’impression d’être tombé sur une vieillerie, ou alors quelque chose qu’on connaît déjà, sans réussir pourtant à mettre le doigt dessus, et pourtant c’est totalement nouveau. L’entrée de la section rythmique (ultra simpliste et imperturbable) permettra l’ajout de charmantes distorsions, fatiguées mais qui ne s’effaceront à aucun moment, recouvrant totalement le chant doux et discret, venu apporter une touche infiniment rêveuse au morceau (« My Dreaming Hill »).
OVNI musical, ce premier essai explore de nouveaux horizons. La bande de Bristol expérimente et va plus loin, en matière de son et de bruit, que ce qui a été fait jusque là dans le shoegaze. La démarche est jusqu’au-boutiste au possible, quitte à noyer ses propos. Et ce n’est pas l’écrasant crépitement sonore qui éclaircira la teneur de l’album. Ce qui prime, c’est l’absence de retenu dans les distorsions, transformant les chansons en apparition quasi-fantomatique (« A Silent Tide »). Car ici, la volonté est de faire exploser les frontières du genre, le rock en général et les guitares en particulier, qui sont détournées à l'extrême pour des structures compressées jusqu'à atteindre de longues plages de saturations sans fin. Sous les crispations et les grincements, des voix susurrent doucement des paroles aussi volatiles qu'inaudibles.
Reprenant le travail de My Bloody Valentine, du krautrock ou de Brian Eno, là où ils l'avaient laissé, ce disque étalon jette les bases d'une expérimentation nouvelle, ouverte aux délires les plus planants comme à l'aventure la plus exigeante. Le résultat est long en bouche, difficile d'accès, tortueux et avare en signaux, sorte d'enfant-monstre hybride et métallique.
Pourtant cette musique sombre et sismique cache nombre de curiosités pour l'époque: du post-shoegazing industriel (« Wish »), des morceaux tribaux à base de bongos, de l'ambient (« Popol Vush », qui évoque tant l’espace qu’une transe cosmique) et même une reprise étonnante et incongrue de « The Drowners » de Suede, bijou poppy passé au mixer.
Traversé de plages obscures, instrumentales et inquiétantes (« Moonset »), l’album éponyme de David Pearce est aussi, et avant tout, une (re)découverte de la beauté éperdue de certains moments de flânerie (l’aérien « Make me dream »), derrière une indolence extrême dans la manipulation des instruments de manière à tout recouvrir de nuages électriques et de signaux non écrêtés.
Sans le savoir, Flying Saucer Attack venait de créer un album de pré-post-rock...

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