9 avril 2008

Starfyler 59 : Gold


Gold de Starflyer 59

Sortie : 1995
Produit par Jason Martin
Label : Tooth & Nail

Jason Martin continue son dialogue avec ses démons intérieurs et livre un deuxième album (sans titre, sans indication, on l’appellera « Gold » par soucis de commodité) plus lent, plus calme, mais plus troublant aussi. Viscéralement miné par la défection et le désespoir, voire même une forme de mauvais goût à vouloir tout recouvrir de coulées glauques de guitares lourdes, cet opus laisse des sillons de distorsions derrière lui comme on négligerait de marcher en trainant des pieds. Assommant et refilant instantanément le cafard, l’écoute est un chemin de croix, pas évidente au premier abord mais subjuguant de véracité et de noirceur.
Il vaut mieux éviter d’écouter cet album un soir de déprime.
Présenté comme la confession d’un spleen maladif, la musique de Starflyer 59 se cramponne et rampe lentement : il n’y a pas une seule once d’élévation, de légèreté, à peine de quoi respirer (« You’re mean » ou « Somewhere when you heart glowed the hope »), uniquement des agonies interminables. Au milieu d’un son énorme et particulièrement impressionnant lorsqu’il fait place à des guitares d’une lourdeur confondante (« Duel Overhead Cam »), Jason Martin apparaît comme un koala neurasthénique qui ne tenterait même pas, par flemmardise, de se faire entendre au milieu de ce vacarme. Sa voix est toujours aussi singulière, absente, laconique, fantomatique...
Bien souvent le tempo de plomb s’interrompt brusquement pour laisser place à un désert sentimental où il ne reste plus que le chant morne de Jason Martin et une solitude sans nom. Les morceaux virent à la monotonie dépressive, et lorsqu’elles se décident de suivre les complaintes de son auteur, deviennent le dépôt fantastique d’une aspiration à la douceur (le divin « When you feel the mess » et son superbe instru de fin qui s’égrène et se délite).
L’échange est presque cru, intime : Jason Martin se fait tellement suave qu’il faut se pencher pour l’écouter. Les gimmicks de l’adorable « Messed up over you » fascinent, tandis que la lenteur ambiante engourdit, jusqu’aux râles dignes d’une agonie. Une fois en torpeur, les mélodies n’ont plus qu’à céder la place à l’insistance de la batterie et à un solo de guitare, récurrent, revenant tel un mantra, à la beauté somptueuse et refusant de terminer le morceau (qui va au-delà des six minutes du coup) pour transporter l’auditeur vers une part d’évasion.
Répétition de petites mélodies grattées sur les cordes du bout des ongles, voix malade, avant d’être brusquement dévasté par des avalanches lourdes de guitares et de distorsions. Des titres comme « A Housewives Love Song » ou « Indiana » ne sont que les dépositions d’une tristesse consternante qui se retrouve dans les guitares, distordues et qui se languissent comme des âmes en peine. Dévasté de part en part, regroupant des replis sur soi quasiment psychopathologique, se laissant faire, sans aucune réaction, sans aucune rébellion, se laissant recouvrir d’une glue de saturations. Ces chansons crues et saisissantes de noirceur apparaissent comme un témoignage horrible du mal-être rongeant son auteur.
Bourrée de produits pharmaceutiques, la musique de Starflyer 59 fait froid dans le dos. Et du coup les passages planant (le dernier et tout tranquille « One Shot Juanita ») sont encore plus suspects et inquiétant…

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