11 mars 2008

Half String : Eclipse Oval Hue


Eclipse Oval Hue de Half String

Sortie : 1993
Produit par Dan Nelson
Label : Independant Project Records


Refusant de se laisser aller aux explosions et préférant développer des plages privilégiant les espaces, Half String voue tout son amour à ses débuts au rock ample et ouaté.
C'est comme si les guitares cristallines, la basse, les coups de batterie n'avaient aucun but précis, car les instruments cèdent vite à la contemplation. De temps à autre, ça semble bien se mouvoir et désirer une prise sur la réalité, comme une sorte de revendication de sa propre existence, seulement, le chant trop suave ou bien les flots de délicatesses finement tracées rappellent toujours que le groupe est traversé par une mélancolie qui obligera constamment les acteurs à renoncer. Renoncer au combat, car inutile d'avance. En fait, on n'a jamais le temps de savoir exactement où le groupe veut nous mener, et progressivement, on se rend compte avec enchantement, qu'il n'y a pas de direction précise. Half String n'est pas un groupe punk, ce sont des esthètes, des lunatiques. Ils se contentent juste de regarder défiler les choses.
Le voyage dure longtemps : on traverse des accalmies étranges où les repères vacillent, car manquant de structure précise pour s'appuyer ("Sun Less Sea" et ses arpèges cristallins), des moments où règne un peu de lumière, mais blafarde ("Pelican"), des montées en puissance incroyables, qui évoquent les grâces shoegaze que le groupe revendique ("Maps for sleep" qui se coupe brusquement pour céder la place à une voix magique de douceur), ou bien des apparitions fantomatiques (l’instrumental presque tribal "Slow Engine Kill Over" enregistré sur une 4-pistes).
Et même les moments de pure beauté, comme le single "Eclipse", avec sa guitare lancinante, ses textes emplis de doute, sa batterie monolithique, son atmosphère aérienne, ou bien le merveilleux "Hue" et son intro sorti d'un rêve, paraissent à chaque fois manquer de souffle épique, préférant s'exposer dans l'authenticité la plus austère.
Non pas qu'il faille en conclure une musique frugale, bien au contraire, mais ici l'instrumentalisation, l'art des effets qui relèverait presque de l'orfèvrerie, l'emploi de la retenue comme valeur primaire, tout concourt à dépeindre bien des nuances, bien des richesses, des rebonds en intensité mais tout cela avec un détachement incroyable et une élévation quasi-céleste. Le ton est toujours posé, le jeu finement travaillé à coup de superpositions implicites de lignes rythmiques, d'harmonies de guitares occupées à soutenir une ambiance plutôt qu'à imposer leur son électrique, et on est vite ébahis devant cette majesté hypnotique (« Oval » et son refrain de toute beauté).
Au cours de ces morceaux, qui composent ce recueil des trois premiers EPs, on voit bien que les ambitions de Brandon Capps se situent ailleurs, plutôt dans le domaine de l'apaisement, du repos, voire de la méditation.
Et ainsi de donner au passage, sans le vouloir, sans y réfléchir, une définition du post-rock : une façon d'aborder la musique plus comme quelque chose de beaucoup plus grand et de moins manipulable que ce qui a été perçu auparavant. Brandon Capps se rapproche ici plus de For Against, voire aussi Bark Psychosis que des assauts soniques de Ride, dont il était pourtant fan. Avec à chaque fois, le même effet : une sensation de flottement. En fait, Half String abandonne même l'idée de sens : il n'y a aucun sens à ces singles, juste une rêverie. On peut qualifier cela d'abandon, de lâcheté, mais avec ces yeux nouveaux, la beauté apparaît, non travestie par les attentes ou les espoirs, la beauté pure, cristalline, celle qui se dévoile le temps d'une fraction de secondes, au détour d'une voix, d'un arpège virginal, d'un souffle...

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