7 janvier 2008

Springhouse : Postcards from the arctic


Postcards from the arctic de Springhouse

Sortie : 1993
Produit par : Joe Chicharelli
Label : Caroline


Force est de constater que ce deuxième album fait rentrer le groupe dans une nouvelle dimension. Beaucoup plus fort, percutant et maîtrisé que son prédécesseur, Postcards from the arctic est presque un vrai miracle, tant les chansons atteignent un degré supérieur.
Tandis qu’on aurait pu croire que persister dans l’ampleur et la préciosité aurait noyé la valeur du groupe, c’est justement l’enclin à envelopper toutes les chansons dans une majesté et une intensité sans pareille qui confère toute leur qualité.
Bien que commençant par des arpèges fabuleux, « Asphalt Angels » s’élève dès lors que la batterie se fait plus insistante et que les guitares saturées rentrent en scène. La musique de Springhouse se fait percutante, véritable tourbillon merveilleux, qui dévaste tout sur son passage à l’image de ces déferlantes de guitares, voire même de ces riffs coup de massue (« Enslave Me »), sans que cela ne retire ne serait-ce une once de la magnificence du style du groupe. On se laisse éblouir par ce punch, cette conviction à jouer de l’avant, à assumer ce côté luxueux.
Visiblement, et le groupe le reconnaît lui-même, cette nouvelle étape a été possible grâce à l’apport de leur nouveau producteur, Joe Chiccarelli, connu pour avoir signé le premier album Everclear d’American Music Club. « Il nous a apporté le son clair et brillant qu’il nous manquait sur notre premier opus » reconnaît Mitch Friedland. Avec lui, ils auront à leur disposition un équipement studio ramené de Londres et le trio n’hésitera pas à s’inspirer du mur du son des groupes shoegaze pour draper leurs chansons. « On a eu la chance de trouver exactement les instruments pour accompagner le son si unique de la guitare de Mitch et Joe était tombé sur nos précédents enregistrements et était déjà fan, ce qui nous a beaucoup aidé à travailler ensemble » racontera Larry Heinemann.
Les quatre hommes se mettent d’accord : ne pas hésiter une seule seconde sur la surenchère. Tous les morceaux gagnent ainsi en puissance évocatrice, à coup d’accords chatoyant, de batterie martiale, de musique féerique et de vigueur poétique.
Des titres comme « Alley Park » prennent le temps de se poser doucement, de développer ses nuages de mélancolie et de finesse, tout juste traversés d’arpèges délicieux et d’un chant affrété, avant qu’une véritable tempête sonore ne vienne éclater sourdement en un tonnerre saturé et un grondement de caisses (on connaît le talent de Mitch, mais le jeu de Jack à la batterie fait des prouesses sur cet album). Les airs prennent sous ce nouveau souffle une envergure impressionnante et s’élèvent, poussés par les agitations, vers une majesté tempétueuse.
Trop violent pour de la pop, trop doux pour du rock, la musique de Springhouse est une bulle à part, probablement le seul moyen pour les membres du groupe d’échapper aux contraintes de leurs activités respectives. Elle se définit graduellement, puis explose littéralement, avant de retomber au cours d’éclaircies divines. C’est passé sous des tonnes d’effets (c’est à peine si on distingue la mandoline et les violons sous les saturations du magnifique et poignant « Worthless ») que ces poèmes se font les plus éloquents. Une sorte d’exutoire émotif (parfois Mitch semble y mettre toutes ses tripes, à défaut d’avoir une voix parfaitement assurée) pour démultiplier ses états d’âmes. Le single « All About Me » ou « Misjudgment » sont peut-être robustes, elles n’en demeurent pas moins des chansons qui explorent les amours perdus, l’enfance, les souvenirs et les doutes existentiels, bref toute une facette plus fragile, avec ces petites guitares sèches, ces chœurs doublées et ces mélodies enchanteresses. « Le thème principal de l’album traite de l’âpreté de la vie à New-York, explique Jack (c’est lui qui chante sur la ballade semi-acoustique « Time to go »), l’arctique est une métaphore à propos du désert sentimental que peut représenter une ville comme New-York ». L’anonymat, le stess, la course à la consommation, tout ceci s’adapte mal à la mentalité des musiciens, qui aspirent à se rapprocher au plus juste de leur idéaux. « New-York n’est qu’un monde où tu ne fait que dire à ton voisin : « j’y arriverai mieux que toi » » admet Jack Rabid.
Alors Springhouse met tout ce bouillonnement intérieur en musique, se libérant d’un certain musellement, presque jusqu’à déborder (« Shattering Gold » qui débute par une rythmique cold-wave, mais dérive vite en explosions saupoudrant).
Ce mur du son ainsi obtenu confère à ces titres longs, imposants et royaux, une richesse somptueuse sous des dehors pesants et amplifiés. Et l’infinie poésie du groupe prend alors tout son sens.

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