28 septembre 2007

Fudge : The Ferocious Rhythm of Precise Laziness


The Ferocious Rhythm of Precise Laziness de Fudge

Sortie : 1993
Produit par Fudge et John Morand
Label : Caroline

Essayer de résumer la musique de Fudge est une tentative bien vaine.
Pour un groupe américain, qui plus est, basé à Richmond, les guitares sonnent beaucoup trop claires, les voix trop douces, et pourtant certains passages se livrent à des explosions, en prise avec le concret, dévoilent des riffs bien sentis et soubresauts brûlant, sans pour autant patauger dans la lourdeur. Clairement Fudge semble avoir envie de signer là un ensemble de titres pop efficaces et mélodiques, et pourtant son album ne ressemble à aucun autre !
On le sent, on le devine, aux lignes suivies qui refusent de choisir délibérément un camp, que Fudge se laisse tenter aussi bien par le shoegaze anglais, que par les tendances indie américaine. De la power-pop, certes, mais qui passe sans accrocher, à cause d’une identité pas assez marquée. Et puis, progressivement le charme agit : l’atmosphère de « Peanut Butter » intrigue et séduit, ensuite ce sera le volontiers direct « Wayside » qui stimulera les récepteurs auditifs, avec son refrain à gros sabots, ses grosses guitares libératrices, son fuzz gras irrésistible. Le groupe, quand bien même ne s’amusera jamais à alourdir d’un demi-gramme son chant, gardera toujours les pieds ancrés au sol, pour donner un souffle plus rock à ses compositions. Ce sera le cas par exemple avec « Pez » ou « Drive », à la batterie particulièrement mis en avant, aux riffs évoquant tant le grunge que l’emorock et aux refrains simples, voire simplistes.
Cependant Fudge ne voudra rien faire comme personne, ou tomber dans la facilité, ce qui lui vaudra quelques choix peu judicieux, comme le passage groovy de « Wayside », les claviers fous et ses chœurs grotesques qui gâchent un peu le final de « Mull » ou le dub expérimental « 20 – Nothing Dub », tout à fait dispensable. Mais ce goût pour sortir des sentiers battus de la pop mélodique se ressentira au cours de morceaux absolument splendides, aux climats mi-tendus, mi-évasifs, absolument jouissif.
On retiendra tout d’abord « Oreo Dust », qui ouvre l’album de manière excitante, avec cette voix douce mais claire et distincte, ces réverbs distordues, cette batterie, et surtout son refrain éclatant, qui explose à la figure, avant de vite être coupé par un relâchement et de reprendre à nouveau, etc…
Puis également l’épique « Astronaut », dont les guitares semblent en totale liberté et se laissent aller alors à l’expression de plusieurs humeurs : tantôt tranquilles, tantôt fougueuses. Accords doux qui accompagnent un chant gracieux et léger, égrenages de notes à la guitare sèche ou bien vortex électriques : on trouve de tout et l’ensemble s’enchaîne pourtant à merveille. Par moment, les guitares peuvent exploser en gerbes saturées, scellant ainsi l’emprise du groupe sur l’auditeur. Après, il ne sera plus question de le lâcher, le laissant dériver lentement au cours d’un passage aérien, soutenu par un harmonica magnifique, qui s’achève en déflagration inouïe.
Fudge surprend. Là où attendrait plus de prise de position en faveur d’un rock simple et efficace, le groupe fait l’inverse et enchaîne les morceaux fougueux à d’autres plus rêveurs et attentistes. Après un « Mystery Machine » par exemple, catchy à souhait, le groupe poursuit avec un doucereux « Mull » accompagné de violons et aux voix doublées et virginales. Difficile à suivre donc, pour ceux qui voudraient qu’on balise le chemin.
Mais Fudge n’en est pas là, et s’amuse. Avec ses références, avec sa simplicité et son écriture, qui tout en s’appuyant sur une certaine réalité, n’oublie pas parfois de rêver un peu, le groupe affiche une attitude dilettante mais exquise. Au regard de « Snowblind », un final dont on ne pouvait pas mieux rêver, concluant l’album sur un contre-pied : une envolée lyrique, soyeuse, au riff triste dont le slide hypnotique finit par se perdre dans un souffle de vent.

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