13 juin 2007

Ultra Cindy : The Mermaid's Parade


The Mermaid's Parade de Ultra Cindy

Coup de coeur !

Sortie : 1994
Produit par Ultra Cindy et Mark Miley
Label : Earthling Release


Aussi surprenant que cela paraisse, The Mermaid’s Parade passa complètement inaperçu à sa sortie. Et il n’est pas plus connu maintenant ! Sans doute, est-ce la date de parution qui explique que cet album fut vite rangé dans les bacs de seconde mains, voire de troisième. En 1994, tout était déjà dit, et Ultra Cindy ne faisait alors que copier ses modèles, Ride et compagnie.
Seulement le combo américain signe là un ensemble de chansons particulièrement réussies, romantiques et émotives, et cela est suffisamment rare pour le souligner.
Baignant tout d’abord dans un univers qui laisse venir l'expression des choses, Ultra Cindy les explore à tout venant, avec une émotion palpable et à fleur de peau, aidée en cela par une rythmique très appuyée, variée, et dont la basse joue ici un rôle déterminant de raccrocheur. Les chansons restent tendues tout du long, éclatent par moment, mais sans jamais détruire cette impression de nager dans des sphères toujours quelque peu romantique, parfois naïves. « Ferver pitch », « Eusebio », très émotive avec ses voix douces mais vindicatives, ou « Starblazers » sont de courtes et nerveuses chansons, à rapprocher d’un style proche de Revolver par exemple, plaisant aux âmes en mal de rage adolescente.
Mais à mesure de l’avancée dans l’album, on décèle une complexité qui augmente. Le discours n’est plus aussi lisse. Et petit à petit on perd les repères. L’impression que Ultra Cindy passe inaperçu à la première écoute finit par disparaître. Le caractère subtil des chansons et leur rêverie prennent de l’importance au fil des tentatives répétées pour apprivoiser l’album. On décèle alors des petites mélodies qu’on n’avait pas remarquées au départ et on se laisse prendre par le ton envoûtant de l’album.
The Mermaid’s Parade est en fait bâtie selon une structure en déliquescence, les morceaux devenant de plus en plus longs et de plus aériens. Le déclic se fait à partir de« She said to me » répétée inlassablement et aidée par la voix féminine de Jina Yi sur « Neat », terminant ainsi la chanson sur un abandon, un prolongement, une fuite. On bascule sans s’en apercevoir vers une émotion, cette fois-ci plus rentrée, plus en dedans. Au fur et à mesure que l’album avance, le groupe laisse tomber les codes du genre et laissent de plus en plus d’espace à l’évasion, aux passages instrumentaux, aux alternances, au rebonds et aux fuites, ainsi qu’à la souplesse. Ainsi « Crinoline » n’est qu’un déferlement tourbillonnant entrecoupé d’accalmies subites, faisant varier les climats et perdre la tête. Les chants aspirés et légers se répètent, restent inflexibles, malgré le déchaînement autour d’eux, et glissent lentement vers l’envol. Le dernier coup d’estocade est porté par « Near perfect », excellente, plus en longueur, plus rêveuse et compliquée.
Ne parlons même pas des paroles soufflées « She’s my best friend to the end » sur « Dean henry », où l’on atteint alors des sommets d’évanescence. La seconde partie de l'album fait la part belle à des morceaux tout aussi travaillées et magnifiques, mais plus lentes et plus tristes. Les mélodies prennent le temps de s'installer, sans s'empiéter les unes sur les autres, pour de tendres passages atmosphérique à la vénusté miraculeuse, comme au cours d'odes poétiques. On s'y laisse bercer, complètement emballé par cette magie unique, qui ne se répète jamais et explore sans cesse de nouveaux horizons.

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