26 juin 2007

Smashing Orange : 1991


1991 de Smashing Orange

Sortie : 2005
Produit par Stephen Pala
Label : Elephant Stone


Que serait-il advenus des premiers singles des Smashing Orange si le label Elephant Stone n’avait pas eu l’heureuse idée de les réunir sur une compilation ? Sans doute auraient-ils été perdus, n’ayant jamais été sortis sur le sol américain.
Comme son titre l’indique, ce recueil rassemble tous les titres sortis cette année là, à l’époque où le groupe venait faire partager son goût pour le shoegaze en Angleterre. C’est donc l’occasion de retrouver cette vision si unique du genre, fortement influencée par le psychédélisme et le rock garage, le groupe se revendiquant des Electric Prunes ou des Chocolate Watchband.
Parmi les pionniers de l’armada américaine du mouvement, les Smashing Orange figurent en bonne place. Eux qui en quelques EP's, sortis en 90 et 91 sur Ringer Lactate et Native, avaient déjà tout dit: un goût certains pour le bruit, la sauvagerie sonique et un talent inouï à composer de grandes chansons enivrantes, efficaces et hypnotiques. C'était histoire de se chauffer avant le tonitruant album The Glass Bead Game. Après, changement de style, on virera peu à peu vers le grunge et le psyché, avec l'album No Return In The End, produit par Jack Endino en 94. Mais cette compilation ne s'attache qu'au moment où le groupe avait attiré l'attention des illustres groupes anglais comme Ride ou Revolver (d'ailleurs la formation a vite fait des tournées en Angleterre, notamment avec le groupe d'Ispwitch, les sublimissimes Bleach) ainsi que celle des magazines rock, grâce notamment à leur tube « My Deranged Heart ».
Et à l'écoute des chansons magiques qui composent ce recueil, on comprend pourquoi. Le ton est relâché, le batteur maintient un tempo psychédélique, les guitares sont déchaînées et les larsens, effets fuzz et pédales steel abondent dans cette surenchère sonore. « Not very much to see » ou le tourbillonnant « Sugar » sont de vraies déflagrations sonores, crasseuses et pourries.
Les mélodies sont pourtant là, derrière la crasse et la souillure, des miracles de fraîcheur: les refrains sont prenants et les harmonies évidentes (« Just before I come » ou « Any further, it’s all over »). L’ambiance peut se faire carrément vaporeuse, lorsque le ton ralentit et que la paresse prend le dessus. Ainsi « Strange young girl », où est conviée à chanter Sara Montejo, la petite sœur de 16 ans à l’époque, est une longue traînée de lendemain de fête, où les esprits s’égarent et se laissent dériver par facilité pour approcher une certaine poésie.
Ces purs bijoux pop sont enveloppés dans un écrin sortie de la boue, riche en réverbs dégueulasses et autres pédales de distorsions, dignes des premiers albums de Dinosaur Jr (« Slivewinter » ou « Felt like nothing »). Les musiciens ne semblent même pas se rendre compte de leur fureur branleuse qu'ils libèrent autour d'eux. Ils feignent l'indifférence, parfois jusqu’à la nonchalance. Témoignages d’un laisser-aller psychotrope, les fuzz masquent le désabusement des chants, souvent traînards et complètement camés (« Only complete with you »). C'est cet équilibre toujours fragile, malgré la vindicte de la revendication, qui confère à cette musique unique une grâce agressive de toute beauté.
Ce qui met le shoegaze des Smashing Orange définitivement à part, c'est son ambivalence sans cesse redéfinie: un psychédélisme magnifiée et une magnificence brutalisée.

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