22 juin 2007

Chapterhouse : Whirlpool


Whirlpool de Chapterhouse

Indispensable !

Sortie : 1991
Produit par Chapterhouse, Ralph Jezzard et Robin Guthrie
Label : Dedicated

On a tous un album précieux, qu’on garde auprès de nous, et vers lequel on revient inlassablement. Whirlpool est de ceux-là.
La grâce insolente de ces cinq garnements, au talent précoce, est rattachée à des souvenirs magiques de communion avec leur musique. Une sorte de transmission subliminale d’insouciance, dont on se gargarise d’en avoir les échos.
Il y a quelque chose de fascinant dans cette dangereuse liaison entre la rêvasserie pure et la pulsion destructrice. En détournant de manière vicieuse les mélodies acidulées pour en faire un mur du son lunaire et tournoyant, Chapterhouse réussit à faire scintiller un aura de mille feux abrasifs. Leur musique, à la fois naïve et profondément mature, est propre à créer un terrain de jeux divin et ensorcelant. Impossible de s’en passer.
L’envie d’en découdre se fait pleinement ressentir et l’on assiste au démantèlement chansons mirifiques à grand coup d’explosions bruitistes et infantiles, avec jubilation. Les tempos sont très dansant, voire transcendantal (« Breather »), tout en conservant une utilisation frénétique des guitares pour des arabesques féeriques. Quant aux voix, elles restent jusqu’au bout, légères, détachées, soufflées, presque asexuées. Derrière ce détachement narcotique se fait jour une grâce inégalée qu'on pensait perdue à tout jamais, surnaturelle et fantasmagorique. On a comme l’impression que Chapterhouse se transforme en vague énergétique qui fluctue et inonde l’espace. Les nappes vocales (à noter la délicate intervention de Rachel Goswell sur « Pearl ») s'entrelacent, se mélangent, se diluent avec les éclairs saccadés et les extensions de guitares tranchantes pour donner corps à un ballet subtil, instable et vaporeux. On est sur la corde tendue tout du long, entre songe aérien et torture bruitiste (« Falling Down »). Les morceaux refusent les schémas simples, et sont remplis de chausse-trappes mélodiques, avec passages psychédéliques, coupures, petites surprises avec rythmique très dansante, et éclairs saturés aussi brusques que surprenant (« Autosleeper »). Les chansons tirent parfois vers l’abstraction pure, comme le sublime et aérien « Treasure » ou « Guilt » et son passage transcendantal s’achevant dans un vombrissement sonore.
Car l'esthétisme a toujours un caractère subversif, on apprend ici que la pureté ne se trouve pas forcement là où on cherche et que ces adolescents éternels et géniaux préfèrent s'en détourner pour mieux la redéfinir. Ainsi « If you want me », qui démarre avec une toute petite mélodie, un xylophone et une jolie voix douce et fluette, installant petit à petit de plus en plus d’instruments, une batterie, des claviers, jusqu’à s’arrêter d’un coup… puis reprendre plus fort, plus majestueux pour un vrai moment de pure magie, s’achève pourtant dans une déferlante de saturations qui emporte tout : les voix qu’on n’entend plus, les mélodies, les arrangements. Seul réside ici la magie de faire du bruit pour atteindre des voluptés hypnotiques.
Whirlpool est l'union miraculeuse entre le psychédélisme éthéré et la tendresse névrosée, qui ne semble signifier rien d'autre que sa propre existence.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai racheté il y a peu la réedition 2006 de ce CD complétée des titres présents sur les divers EP du groupe...malheureusement , la version originale ( donc soft) de SOMETHING MORE a disparue..au profit de la ( non moins belle) plus rageuse version..dommage que les 2 version n'aient pas cohabitées..

Emmanuel

Anonyme a dit…

"Blood Music" est également très réussi, même si un peu moins éthéré."Greater Power" vaut bien les morceaux de "Whirlpool", vous ne trouvez pas ?
Je suis en tout cas très content d'avoir ces deux albums en CD.
A noter, ça s'est peu sû (car beaucoup de leurs fans n'ont aucune culture musicale) que INDOCHINE a éhontément pompé "Breather". http://www.youtube.com/watch?v=d4BeKpWjQok RDV à 4:24...et oui !