30 avril 2007

Majesty Crush : Sans Muscles EP


Sans Muscles EP de Majesty Crush

Sortie : 1994
Produit par Mikael Nehra
Label : Vulva

Après l'échec commercial et le flop financier de leur label Dali Records, le groupe a du se réfugier chez Vulva (encore un nom tendancieux, surtout associé à son logo, un coquillage dont les plis columellaires évoquent des lèvres), histoire de ne pas sombrer. La bande de Detroit y signera le maxi Sans Muscles, où il reprendront le titre "Uma" (dédié à Uma Thurman), issus de leur album Love 15, mais paru sous le nom "Bestower Of Blessing", à cause des droits. On ne peut pas dire que le groupe ait eu beaucoup de chance. Et ce ne fut pas ce maxi qui sauva les meubles.

Pourtant les titres y sont tous ici excellents, énergiques et grandioses, à l'instar de "Seine" ou du hit "If JFA Were Still Together", qui part du principe que JFA n'est pas un groupe hardcore mais une branche armée chargée de protéger les actrices de John Hinckley, comme Jodie Foster. C'est clair, David Stroughter a toujours navigué dans ses délires et autres fantasmes, le décalant toujours d'un cran par rapport à la normalité. Ce pur génie frappadingue a su rendre ses chansons particulièrement prenantes, basant son chant sur le tempo, groovy lors des passages lascifs, rayonnant lors des refrains éclatants. Ses paroles sont de vrais textes farfelus et remplis de sous-entendu, s'accommodant des renversements de climat des chansons, basculant d'une ambiance calme à une tempête de guitares."Space Between Your Moles" est un titre assez confondant, complètement relâché et contemplatif, typique du style shoegaze, au cours du quel la voix de David Stroughter se fait complètement douce, éthérée, prolongeant toujours son souffle, derrière des nappes de saturations hypnotiques.

Majesty Crush n'a jamais su calquer son style sur les modes de son époque et de sa nation, mais il aura réussi comme aucun autre à rendre ses chansons intenses et émotionnelles. "Ghost Of Fun", à l'intro cosmique où rentre une basse ronde et chaude avant que des guitares n'explosent comme des déflagrations d'étoiles, sert d'écrin idéal au chant de David Stroughter, susurrant, voilé, soupirant, comme s'il gémissait en faisant l'amour. De temps à autre le ton s'assombrit pendant une décharge de saturations et d'adrénalines. Mais il revient toujours vers celui de l'évasion et de l'ensorcellement.

David Stroughter émerveille parce qu'il emmène loin, très loin, l'auditeur dans des virées psychédéliques. Peut-être est-ce la faute aussi à son rapport avec la drogue, qui a coulé Majesty Crush. Qui sait ? David Stroughter est un artiste perturbé, très difficile à suivre. Les membres ont tous fini par quitter l'aventure. Et Sans Muscles restera le dernier témoignage du combo.

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