23 octobre 2009

Fiche artiste de The Telescopes


The Telescopes

Parler des Telescopes, c’est parler des drogues. L’un ne va pas sans l’autre.
D’abord réponse violente puis subissant les ravages de la déliquescence esthétique, jusqu’à devenir totalement éthérée, la musique du groupe de Stephen Lawrie se morfond de plus en plus dans le psychédélisme, dont elle peut d’ailleurs en être une définition.
L’écriture de « Taste », ramassis dégueulasse de son noisy à faire exploser les tympans (imaginez un Jim Reid hurlant tout ce qu’il a dans les trips sous couvert d’un mur de trois guitares), a commencé d’ailleurs juste après que Stephen Lawrie ait survécu à une overdose au Tryptazol. Comme il le raconte : « J’ai utilisé la guitare comme un catharsis. Je gueulais par-dessus des distorsions que j’avais créées à partir de mélodies que je connaissais déjà. C’est devenu The Telescopes ».
Rien de plus simple : il suffisait donc de jouer.
D’ailleurs, la première chanson enregistrée, avec Dave Fitzgerald et la divine Joanna Doran, est en fait une ébauche de « Suicide », carnage de fuzz et de distorsions sur plus de dix minutes. Par la suite, et au grès des concerts, divers batteurs effectueront des va-et-vient, avant que la formation ne se stabilise avec les arrivées de Dominic Dillon et Robert Brooks. Ensemble, le but sera de faire le plus de bruits possibles.
Pour cela, Stephen Lawrie s’installe dans une piaule minable, « où chaque locataire y a vécu des expériences bizarres », au point même que selon lui, « même un chien, s’il était fouttu là-dedans finirait par avoir peur ». Il était donc tout à fait logique que la plupart des chansons de Taste soient écrites durant cette époque. Hormis un directeur des pompes funèbres, ils n’ont aucun voisin, ce qui leur permettra de jouer sans retenue.
La succession de concerts, très remarqués, finira par attirer l’attention du label Cheree Records, qui leur propose de publier leurs chansons. C’est ainsi qu’un split avec Loop, autre groupe psychédélique, sera offert avec le magazine « The Sowing Seeds ». Les premiers singles, « Kick the wall » et surtout le célèbre « 7th# Disaster » sortiront dans la foulée. La BBC les invitera alors pour enregistrer quelques Peel sessions.
Mais pour enregistrer leur premier album, c’est avec le label américain What goes on, que le groupe signera, label rencontré après un concert avec les Spacemen 3. Taste sortira de façon fracassante en 1989, accompagné d’un extraordinaire single, qui fera le tour de l’Angleterre, « The Perfect Needle », pourtant écrite en dix minutes un samedi soir.
Considéré alors comme une des formations les plus furieuses et les plus excitantes à voir en live (pour se replonger dans cette ambiance, il existe un live « Trade mark of quality », sorti en 1990 par le label Fierce), c’est tout naturellement qu’ils passent un deal avec le fumeux Alan Mc Gee, boss du label Creation. Avec lui, les concerts, les orgies, les séances drogues s’enchaînent et The Telescopes publient alors une série tout bonnement époustouflante de singles (en fait la formation de Bent aura plus été un groupe à single), aussi excellents les uns que les autres, que ce soit « Everso » ou encore « Flying », où à chaque fois, le groupe se plonge tête baissé dans l’évanescence du psychédélisme, abandonnant petit à petit le son noisy pour gagner en préciosité. Les titres se font plus caressant, enveloppant et usant de procédés qu’on n’avait plus entendu depuis l’époque hippie : tambourins, voix cajoleuses, cithare, etc… Le journaliste parlera d’un « fragile sens de l’élégance et de la mélodie ». Mais la folie est telle qu’aucun album n’est en vue pour l’instant. The Telescopes écrivent des chansons, entre deux concerts, comme ça leur vient et les publient aussitôt, sans que le label Creation ne se soucie du marketing ou de la promotion du groupe, qui finira donc par rester dans l’ombre.
Pourtant en 1992, il y aura bien cette espèce d’album, déliquescent et feutré, dont on ne trouvera pas de nom, hormis « the untitled second », bien qu’il soit souvent appelé également « Higher N’ Higher », mais Alan Mc Gee ne fera rien pour le mettre en avant, préparant l’arrivée de Oasis. Sans savoir s’il est totalement sincère ou simplement hypocrite, il déclarera à propos de cet album : « c’est un classique perdu pour les temps futurs ». Il faut l’opiniatreté du label Tristar pour le sortir en 1994, mais ce fut trop tard, le mal était fait : The Telescopes finit par splitter, hérité par des concerts plus épuisant qu’utiles.
Même si le groupe a plus continué à exister sous la forme d’Unisex, il rebondit à la surprise générale, autour de Stephen Lawrie et Joana Doran, avec un troisième album, en 2003, aussitôt suivi d'un quatrième l'année suivante, tout deux très remarqués car expérimentant dans un registre encore plus abscons. Malgré le temps, l’esprit du taré mais génial Stephen Lawrie continue donc d’être sur la Lune.


Discographie :

- 7th # Disaster EP

- Taste

- To kill a slow girl walking EP

- Precious Little EP

- Everso EP

- Celeste EP

- Flying EP

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The Telescopes

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