2 juin 2007

Blind Mr Jones : Tatooine


Tatooine de Blind Mr Jones

Sortie : 1994
Produit par Chris Hufford
Label : Cherry Red


C’est intriguant mais le violon transcendantal et les quelques « Hey hey hey », lancées comme ça à l’aveuglette, de manière douce et presque fatiguée, plonge aussitôt dans une ambiance incroyable, tranquille, presque zen, que les éclairs de guitares ne viendront même pas perturbé.
Dès ce premier morceau, fantastique, envoûtant et qui reste dans la tête pendant des heures, on sent que tout au long de l’album, on naviguera en eaux paisibles, proche d’un psychédélisme moderne.
Blind Mr Jones fait preuve d’une maturité extraordinaire, présentant des classiques immédiats (« Disney world »), des morceaux attachants (« See you again », sa basse magique ou son refrain ! Quel refrain !) ou bien des complaintes brumeuses (« Drop for days »), sans défaillir à aucun moment dans la qualité. Quelque chose de plus dramatique vient s’immiscer dans leur composition, à l’instar de cette flûte fantomatique qu’on retrouve sur « Viva fisher », soutenue dans la tristesse par des violons. Est-ce là le prix à payer pour passer à l’âge adulte ?
Clairement, Tatooine est l’évidence d’un cap franchi : plus réfléchi, moins enlevé, plus lent et moins bruyant. Fini les espérances adolescentes et sa suffisance qui mettait un point d’honneur à vouloir satisfaire des folies de grandeur. Les membres de Blind Mr Jones savent bien maintenant que cela n’est pas possible. La prise de conscience s’accompagne alors d’un défaitisme indélébile.
le travail de production sert idéalement cet album qui se retrouve doté d'un son clair et limpide rajoutant ainsi au caractère léger et enlevé de cet opus. L’urgence devient secondaire ici, et on n’hésite pas à mettre en avant une sorte d’état d’esprit plus contemplatif, voire même bucolique, comme sur « Big plane » et sa guitare sèche. Les voix sont toujours aussi douces et éthérées mais elles soufflent cette fois-ci un vent d’apaisement. Qu’auraient donc à dire ces anglais ? Ils savaient pertinemment que leur temps était passé et qu’on n’allait guère s’occuper d’eux.
C’est bien dommage car en 1994, tout était déjà fini, la mode était passée. Alors les membres de Blind Mr Jones ne chantent que pour eux, et pour le plaisir d’une certaine musique : tempérée, reposée, comme sûre d’elle et de son pouvoir d’attraction.
Car avec ces chansons calmes, au charme instantané, comme « Please me » ou le sublime « Mesa » qui conclu l’album, on côtoie un univers simple, lumineux et mélancolique, où jamais on n’osera monter de ton. Et il est stupéfiant de voir à quel point le groupe a mûri et a gagné en qualité d’écriture. L'album s'écoute d'une traite, et s'apprécie selon l'humeur de l'instant, pour y goûter à chaque fois un moment de sérénité.

2 commentaires:

Marbrefort a dit…

Oui,c'est clairement un chef-d'œuvre de la pop anglaise,presque aussi bon que Horsedrawn Wishes de Rollerskate Skinny,en tout cas bien meilleur que Massive Attack.

Ecouter Surfer Baby et son "I get around" rotatif,contrepoint idéal à "Disneyworld".
Tout l'album est parfait.
Un,sinon "le" sommet de la Dream Pop.

David

Dimitri a dit…

J'ai découvert ce disque il y a seulement quelques années, je l'ai acheté à 20 centimes, un peu par hasard (en me fiant au label et à l'année de parution).Quel choc ! Je suis plus habitué à dégotter des albums médiocres à ce prix mais là...Morceaux excellents, un vrai album qui s'écoute de A à Z, de "Hey" à "Mesa" (sublime!), la boucle se boucle. C'est devenu un de mes albums shoegaze préférés...Si quelqu'un venait me donner leur premier album (que je ne connais pas)au détour d'une rue, je ne serais pas surpris...:)