8 mai 2007

Fiche artiste de Kitchens of Distinction



Kitchens of Distinction


La rencontre entre Dan Goodwin, Patrick Fitzgerald et Julian Swales prend plus l'allure d'un mythe que d'un récit authentique: selon les dires, elle s'est faite dans un sauna turc, une autre fois dans un temple sataniste à Amsterdam, ou encore dans un festival reggae en l'honneur de Burning Spear. Toujours est-il que ces trois musiciens décident de monter un groupe et de choisir comme nom un slogan publicitaire.

En Angleterre ils se feront alors de manière attachante les porte-paroles de la communauté homosexuelle (leur discours disait en gros qu'il était aussi marrant de coucher avec des garçons que triste de le cacher). Dans la veine d'un shoegazing classieux et très pop, ils livreront quelques albums réussis sans arriver toutefois à percer vraiment. La faute à un style qui refuse la modernité et se complait dans un monde féérique dont les gens finiront pas décrocher.

Pourtant leur début démarre fort, puisque un de leur premier single, "The 3rd time we opened the capsule" deviendra emblématique de ce style si particulier, raffiné mais aussi très maniéré. Leur premier album, paru en 1989, bien qu'imparfait encore, recevra pourtant une critique encore plus élogieuse que celle des Stone Roses. Mais à l'époque, il ne savait pas toutes les difficultés qui les attendaient.

Au cours de leur première interview, mené par David Quantick, journaliste au NME, Patrick Fitzgerald, déclare en toute honneteté être gay. Dès lors, le groupe devient l'effigie de toute la communauté anglaise qui ne s'était plus reconnu dans un groupe depuis les Smiths. Mais cette notoriété soudaine révèle bien vite son revers pervers, dans la mesure où en aucun cas, Kitchens of Distinction cherchait à créer un style différent. Malgré tout, afficher son homosexualité au sein du monde du rock indé était une démarche absolument novatrice, mais elle provoqua chez les gens la curiosité de rechercher dans leur musique en quoi elle pouvait être différente. Cette approche irrita au plus point le groupe, qui se désola d'être à ce point mal compris. Selon Patrick Fiztgerald, "le côté gay signifiait pour les gens, que la musique était forcément différente. Il n'y pas d'homosexuels dans le rock, sinon, ils sont dans la dance music. Nous étions donc des curiosités face à l'image des traditionnels buveurs de bières".

Pourtant Kitchens of Distinction se veut avant tout un groupe à la musique très personnelle, dont les textes s'inspirent de sentiments universels, comme l'isolement, la mélancolie ou le chagrin, et les choses quotidiennes liées à l'amour. Mais cette honneteté aura un prix.

Malgré "Strange Free World", sans doute leur meilleur album, sorti en 1990 sur le label A&M, qui leur permettra d'obtenir les services de Hugh Jones, désiré pour avoir produit Echo & The Bunnymen, dont nombre de single se classèrent dans les charts (même "Drive that fast" réussit à déboulonner le "Losing my religion" de REM), Kitchens of Distinction ne depassa jamais le stade du groupe de seconde zone. " On était loin d'être le groupe cool et à la mode. Comment espérer passer en boucle à la radio ?", reconnaissait même Patrick. La particularité du groupe résidant justement dans ce compromis impossible : désirer persister dans un univers onirique et être en phase avec son époque.

C'est d'ailleurs un fan japonais qui décrivit peut-être le mieux le sytle et à la fois la contrariété du groupe : "lorsque je vous écoute, j'ai l'impression d'être dans un monde étrange mais libre". Cette remarque sera à l'origine du titre de l'album.

Persistant dans ses envies de grandeur, le trio anglais signera par la suite un troisième album, plus sombre et ambitieux, mais qui se solda par des ventes pauvres, moitié moins que "Strange Free World". Seulement comment percer face à un public réclamant des simili de Nirvana ? Patrick avouera même : "personne ne comprit l'album". Kitchens of Distinction refusa toute notion même de "cool", et cela les condamna en même temps à un statut de groupe maudit.

Le décalage et l'incompréhension empoisonnèrent jusqu'aux dirigeant de leur label, qui jugèrent leur dernier album, "Cowboy & Aliens", sorti en 1994, "non moderne", alors qu'il s'agissait sans doute de leur plus personnel, car produit par le groupe, et témoignant d'une complicité accrue entre Patrick Fitzgerald et Julian Swales.

La tournée très éprouvante aux Etats-Unies en 1995, acheva le groupe, qui se sépara un an plus tard.
Le succès ne se limitant pas aux ventes, il est juste de souhaiter que Kitchens of Distinction, pour avoir ouvert sa musique à leurs propres délires et abstractions, mérite que ses disques persistent dans les mémoires.

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