8 février 2012

That Uncertain Feeling : 500/600


500/600 de That Uncertain Feeling

Sortie : 1995
Produit par Ed Buller
Label : Dead Dead Good

That Uncertain Felling fait parti des groupes shoegaze les plus snobés. Peu de gens les connaissent. Dans la multitude des sorties anglaises, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé.
Même s’il faut bien reconnaître qu’on n’est pas au même niveau que les plus grands du mouvement shoegaze, That Uncertain Feelling a malgré tout été puni d’avoir sorti son premier album en 1995, date à laquelle le shoegaze était déjà passé de mode. Et c’est bien cela le problème : le groupe paye de vouloir pratiquer une musique datée, surannée et qui de toute manière n’a jamais été attrayante.
L’intro magique de « Exit », avec une basse fantastique, un écho qui semble venir d’un pays lointain, un chant doublé, mais qui reste fier, frondeur, célèbre la magnificence. En faisant entendre une petite guitare perdue, la chanson prouve qu’accorder la place à la magie est crédible. Avant une accélération et une prise de mesures plus radicales. Le déferlement de guitares s’accompagne alors d’une prise de pouvoir. Le groupe s’assume et inscrit sa musique dans un registre plus revendicateur.
A ce jeu là, l’album est inégal, car sa deuxième partie souffre d’une envie d’être plus lisible. « What do you want ? » ou encore « Scar Tissue » ne réussissent pas à proposer une ambiance capable de sortir du lot. On n’y retrouve pas des notes magiques mais ceci dit, le groupe sait user de ses guitares, très abondantes, et ces chansons plutôt courtes, speedés, sont entièrement dédiées à la cause de leur refrain, mis en avant et d’un relief exagéré. On mentionnera tout de même le tout petit riff à la guitare qui termine « A Start and an end », splendide, reposant, évanescent et avant tout libre de tout mouvement. Il est presque dommage que le chant ne soit pas suffisamment calme durant cette chanson faussement chaloupée.
Heureusement, le groupe sait aussi tenter certaines associations, comme les violons qui concluent de façon plutôt décalée le morceau « On Fire » ou comme la conclusion de « Midnight Moves ». On dirait une belle ballade avec un chant un peu triste et une guitare sèche, mais qui se termine bizarrement par la venue d’un rythme acid house, des claviers et de superbes parties de guitares. Si le titre est savoureux, on peut comprendre que ce mélange des genres a pu dérouter certains.
C’est bien le reflet de la musique de That Uncertain Feeling : elle signe la quintessence du shoegaze, cette surdose émotionnelle exprimée à grand coup de guitares folles, comme son crépuscule, en se voulant plus accrocheur, plus lisible.
Par exemple « Weird Sister », génial à plus d’un titre : tout d’abord sa basse et sa structure glacée qui évoque The Chameleons, mais surtout son chant doux et enveloppé, soufflé. C’est là-dedans que va se perdre une guitare magnifique, un peu solitaire et décalée au milieu d’une addition de guitares, sorte de sédimentation fantasmagorique, poussières d’étoiles et saupoudrage mélancolique.
On enchaine avec l’étonnant « On the edge » qui se révèle un vrai hommage au courant Madchester, The Charlatans et Inspiral Carpets en tête. Une rythmique artificielle, accélérée, des claviers abondants, des guitares lunaires, qui servent d’écrin à des vocalises superbes, suaves, angéliques, qui n’hésitent pas à se dédoubler et à sa pavaner dans la légèreté. Un morceau shoegaze qui sort du lot. Et flirte assurément les sommets. On a l’impression de flotter rien qu’en l’écoutant.

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